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24/01/2017

La production bio en Allemagne souffre de la concurrence des biogaz

Agriculture & Alimentation

La production bio en Allemagne souffre de la concurrence des biogaz

Premier déclin de l'agriculture bio en Allemagne.

[Dirk Ingo Franke/Flickr]

En Allemagne, l’espace réservé aux cultures biologiques a décliné pour la première fois en 2014. Une baisse provoquée en partie par les généreuses subventions accordées aux biogaz, qui rendent la culture de maïs plus rentable. Un article d’EurActiv Allemagne.

En 2014, le nombre d’hectares alloués aux produits biologiques a diminué pour la première fois en Allemagne, selon une analyse de la chaine SWR fondée sur les chiffres officiels de l’agence fédérale pour l’alimentation et l’agriculture.

Ce déclin est surprenant, puisque l’agriculture bio n’a jamais été aussi demandée en Allemagne. Depuis 20 ans, la superficie utilisée pour les cultures biologiques a en effet été multipliée par trois.

Le pic a été atteint en 2013, avec 1 060 000 hectares. Pourtant, l’année d’après, ce chiffre a chuté de 1,3 %. C’est la première fois qu’il diminue.

Une diminution dans plusieurs États du nord

La diminution de la culture bio touche surtout le nord du pays. En Basse-Saxe et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, les zones de cultures ont diminué de 5 %. Cette baisse a atteint 8 % dans le Schleswig-Holstein et 10 % dans la Thuringe.

Dans le nord, surtout dans les anciens États de RDA, les grandes exploitations agricoles dominent le secteur. En 2014, de plus en plus d’entreprises ont cependant choisi de retourner à des méthodes plus traditionnelles.

La législation européenne alimente les craintes

L’alliance pour la production d’aliments biologiques (BÖLW) y voit trois raisons. Premièrement, le prix des parcelles pour la culture du maïs a considérablement augmenté à cause des subventions allouées aux biogaz ces dernières années. C’est l’un des défauts de la loi allemande sur les énergies renouvelables, qui promeut la production de biogaz.

Deuxième raison, poursuit BÖLW : le débat sur une nouvelle loi sur le bio à l’UE. « Au début de l’année 2014, la Commission européenne a émis une proposition épouvantable qui a fortement irrité les producteurs », explique Peter Röhrig, directeur de l’alliance.

>> Lire : L’agriculture bio menacée par la future législation européenne

Il revient à présent au Parlement de modifier la « mauvaise » proposition de la Commission et d’utiliser la nouvelle législation pour améliorer les conditions de l’agriculture biologique, estime-t-il. Cela inclut notamment une augmentation des inspections des processus de production bio.

Peter Röhrig estime que les eurodéputés devraient également combattre l’application d’un seuil de pollution des pesticides spécifiques aux agriculteurs bio, qui les rend responsables de l’utilisation de pesticides de leurs voisins.

Enfin, même après la réforme de la politique agricole commune (PAC) le soutien de l’UE à l’agriculture bio n’est toujours pas suffisant, de l’avis de Peter Röhrig. Les agriculteurs ne reçoivent à présent l’entièreté de leurs subventions que lorsqu’ils se sont conformés à certaines règles, mais l’impact de cette mesure reste marginal, estime-t-il.

L’alliance critique aussi la concurrence croissante des produits bio étrangers bon marché, qui augmente la pression pour les cultivateurs allemands dans un contexte de diminution de la superficie bio et d’une demande toujours croissante.

Ces dernières années, plusieurs États allemands ont introduit des programmes d’aides particuliers pour l’agriculture-élevage bio, souligne néanmoins l’association. Il s’agit par exemple de bonus de conversion et de fonds supplémentaires pour les méthodes de culture bio.

L’augmentation de la superficie des cultures bio en Rhénanie-Palatinat et dans le Bade-Wurtemberg montrent bien que ces mesures peuvent être couronnées de succès, assure Peter Röhrig. Il est donc certains que le biologique augmentera à nouveau en 2015.

>> Lire aussi : La filière bio française déçue par un projet de règlement de la Commission

Contexte

Au début de l’année 2014, la Commission européenne a proposé une nouvelle règlementation sur la production biologique. Celle-ci prévoit la clarification des obligations auxquelles doivent souscrire les producteurs en abolissant certaines règles et exceptions, l’interdiction de cultiver du bio à côté d’une exploitation conventionnelle et un contrôle plus strict des produits bio importés.

Ces mesures sont censées restaurer la confiance des consommateurs, rendus méfiants par des cas de fraude et la multitude de labels bio existants.

Selon le ministère allemand de l’Agriculture et de l’Alimentation, 6,4 % de l’ensemble des terres cultivables allemandes étaient gérés selon les principes de l’agriculture biologique en 2013.

Le gouvernement fédéral espère cependant faire grimper ce chiffre pour atteindre l’objectif de 20 % des terres agricoles fixé par Renate Künast, la ministre de l’Agriculture.

En mars 2014, la Commission a proposé un nouveau règlement sur l'agriculture biologique, l'étiquetage des produits bio et la mise en place d'un plan d'action pour l'avenir de ce secteur. D’ici 2017, des règles plus strictes sur la production et l’importation de produits bio devraient entrer en vigueur. Il sera alors sans doute plus difficile pour les agriculteurs-éleveurs de se convertir au bio et certains craignent que beaucoup de producteurs bio ne retournent aux méthodes conventionnelles, plus aisées.

L’agriculture biologique progresse déjà trop lentement en Europe, estiment les détracteurs de la nouvelle législation, qui pensent que le développement du secteur ne devrait pas être entravé par des obstacles légaux exagérés.

En juin, le Conseil a accepté de revoir la règlementation européenne sur le bio. Des plafonds de pesticides ne devraient cependant pas voir le jour. Les limites nationales qui existent déjà en Italie et en Belgique ne s’appliquent plus que jusqu’en 2020. Un contrôle physique sur le terrain devrait également être introduit pour les entreprises bio, qui devront s’y soumettre tous les ans.

Le Parlement européen rendra son avis sur cette proposition à l’automne.

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