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26/06/2016

La régulation fait son retour sur le marché du lait

Agriculture & Alimentation

La régulation fait son retour sur le marché du lait

La Commission a pris des mesures d'urgence pour soutenir le prix du lait

[Santi Molina/Flickr]

La Commission européenne a voulu prendre la mesure du désarroi des agriculteurs en annonçant lundi des nouvelles mesures de soutien, comme le feu vert donné à des limitations temporaires de la production de lait pour endiguer la chute des prix.

Devant les ministres de l’Agriculture des 28 réunis à Bruxelles, le commissaire européen Phil Hogan s’est dit «prêt à proposer» l’activation d’une mesure permettant aux opérateurs du secteur laitier de s’entendre, sur une base volontaire, sur des limitations de la production pour une période de six mois (renouvelable une fois).

L’objectif est de mettre fin à l’effondrement des prix au moment où l’offre dépasse largement la demande dans des pans entiers de l’agriculture européenne, notamment dans le lait et la viande de porc. Le plan d’urgence débloqué il y a six mois n’a pas suffi à soulager le secteur.

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Pour lutter contre l’appauvrissement des exploitations, Phil Hogan a proposé aussi un doublement, pour une période limitée, des niveaux autorisés de stockage pour le lait écrémé en poudre et le beurre, à respectivement 218.000 tonnes et 100.000 tonnes.

Il s’agit de repousser le moment où les éleveurs laitiers seraient contraints d’écouler leur production par des adjudications, et «retomberaient dans cette trappe à baisse des prix», a expliqué le ministre français Stéphane Le Foll, se félicitant de la mesure.

La France a vu ses voeux amplement exaucés puisqu’elle demandait que le plafond soit relevé à 160.000 tonnes pour la poudre de lait, contre 109.000 actuellement.

«Pour la première fois a été pris en compte le fait que nous étions en surproduction et qu’il fallait des mesures pour limiter, modérer, maîtriser la production», a souligné M. Le Foll, selon qui «la plupart, voire la totalité, des propositions françaises» ont été retenues lors de cette réunion de crise.

S’il est trop tôt pour parler d’un accord des 28 en bonne et due forme, le ministre néerlandais Martijn van Dam, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE, a assuré que les nouvelles mesures avaient reçu «un large soutien» des Etats membres. Une nouvelle réunion des 28 doit en débattre en juin.

Invités à proposer de nouvelles pistes après l’insatisfaction suscitée par le plan d’aide de septembre, les Etats membres ne s’étaient pas fait prier : «Il y a eu cent propositions de nouvelles mesures», a précisé M. van Dam.

Elles ont été débattues lundi alors qu’une centaine d’agriculteurs belges manifestaient à proximité des institutions européennes, certains venus avec leurs vaches, agneaux ou porcelets.

«Aujourd’hui nous produisons à perte et nous attendons de l’Europe qu’elle remette en place des mécanismes qui existaient par le passé pour nous empêcher de faire faillite», a expliqué à l’AFP François Lejeune, vice-président de l’Association des jeunes agriculteurs de Wallonie.

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Un Observatoire du marché de la viande

La France, première puissance agricole européenne, a multiplié les contacts avec d’autres gouvernements. Elle estime désormais avoir rallié «une large majorité» autour de ces mesures pour «stabiliser puis réduire» la production de lait, dont les niveaux, exceptionnels en Europe depuis la fin des quotas en avril 2015, contribuent à l’effondrement des prix.

Pour répondre à la crise porcine, M. Hogan s’est dit prêt à envisager un nouveau schéma de soutien au stockage privé des carcasses, ainsi qu’à la mise sur pied d’un Observatoire du marché de la viande (bovine et porcine) sur le même modèle que celui existant pour le lait.

Quant aux aides d’Etat à notifier à la Commission, elles pourront exceptionnellement s’élever jusqu’à 15.000 euros par exploitation en 2016, soit trois fois le plafond existant (15.000 euros étalés sur trois ans), a ajouté M. Hogan, disant avoir entendu les requêtes de «nombreux Etats membres».

Pour le secteur des fruits et légumes les mesures de soutien exceptionnelles consécutives à l’embargo russe qui arrivaient à échéance le 30 juin devraient être prolongées d’un an.

Plusieurs pays réclamaient aussi des crédits à l’exportation, mais la Commission ne souhaite pas accepter de nouvelles dépenses financées par de «l’argent frais», et a des réticences à utiliser «la réserve de crise» européenne, «parce qu’il s’agit de l’argent des agriculteurs».

Le plan d’urgence européen lancé il y a six mois prévoyait notamment 500 millions d’euros, principalement sous forme d’enveloppes nationales d’aides directes aux agriculteurs des secteurs les plus touchés, que les Etats membres peuvent doubler avec des fonds nationaux.

La Commission fait valoir que les aides débloquées n’ont pas toutes été utilisées par les Etats membres.

Réactions

"La mobilisation de l'article 222 de l'OCM pour six mois n'implique qu'une réduction volontaire de la production laitière et non obligatoire. Cette dernière devra être décidée en concertation avec les différents Etats membres et opérateurs privés, et elle dépendra malgré tout de leur bon vouloir. Compte tenu de l'opposition des pays nordiques (pays en forte croissance de production laitière) à cette mesure, je me demande si le risque n'est pas que la France et les autres pays continentaux réduisent effectivement leur production tandis que les pays nordiques continuent leur trajectoire de surproduction. C'est un vrai dilemme du prisonnier, qui n'aboutira pas à faire remonter les prix" a réagi l'eurodéputé PPE Michel Dantin.

 

Martin Merrild, le président de la Copa Cogeca, a reconnu que "le paquet proposé par la Commission représentait un pas en avant, mais qu'il fallait voir comment il s'appliquait. De nombreux fermiers en Europe font face à la piprce crise depuis le début des années 80. Les secteurs du lait et porcin sont en crise grave. Ils ont perdu un marché d'export, celui de la Russie, qui représentait 5,1 milliards d'euros de revenus. Le marché russe doit être réouvert dès que possible. Les mesures actuelles sur les aides d'Etat et les augmentations des prix minimums pourraient aider les fermiers, mais c'est un pas en avant pour une politique européenne commune qui pourrait avoir des conséquences sur les développements internationaux" a assuré le président de la fédération européenne"