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04/12/2016

L’agriculture européenne rêve de l’ère 2.0

Agriculture & Alimentation

L’agriculture européenne rêve de l’ère 2.0

L'agriculture de précision permet d'augmenter la rentabilité des cultures.

Les agriculteurs européens se mettent progressivement aux nouvelles technologies. Mais les lacunes des réseaux internet et le coût des nouvelles technologies agricoles en découragent plus d’un.

L’agriculteur de demain sera connecté ou ne sera pas. Et la transition semble déjà avoir commencé. En 2015, la quasi-totalité des agriculteurs français (98 %) utilisait au moins une fois par semaine Internet pour les besoins de leur activité professionnelle, selon l’étude Agrinautes-Agrisurfeurs 2015.

Information météo, suivi des nouvelles professionnelles du secteur, services bancaires en ligne ou exploitation des données, les outils du numérique sont nombreux à être utilisés par le monde rural.

Et l’Europe a elle-même encouragé cette tendance avec la Politique agricole commune (PAC). En effet, selon les données publiées par le think tank Renaissance numérique, 9 agriculteurs sur 10 remplissent leur déclaration en ligne pour toucher les aides de la PAC.

>>Retrouvez l’interview : « Le numérique doit améliorer la productivité des exploitations agricoles »

Clivage numérique

Malgré ces chiffres, les agriculteurs européens sont aujourd’hui à la traine par rapport à leurs concurrents d’outre-Atlantique. « Par rapport aux États-Unis et au Canada, nos agriculteurs utilisent beaucoup moins de nouvelles technologies et elles sont beaucoup plus chères » regrette Michel Masson, président de la Chambre d’agriculture du Loiret.

GPS, barre de guidage de tracteurs, aujourd’hui ces technologies sont devenues indispensable à la compétitivité des exploitations. Mais leur prix trop élevé sur le Vieux continent entraine des distorsions de concurrences entre l’Europe et les autres grands producteurs agricoles.

Autre handicap important, l’absence de couverture homogène du territoire rural en matière d’accès Internet. Aujourd’hui, la majorité des citoyens européens mal équipés en connexion haut débit vit en zone rurale, où seulement 25 % des habitants disposent d’une bonne connexion, alors que les citadins sont 70 % à être reliés au haut débit.

Si la quasi-totalité des agriculteurs effectue leur déclaration PAC sur Internet, nombreux ne peuvent pas le faire depuis leur exploitation. « Si vous n’avez pas une bonne connexion, vous ne pouvez pas remplir votre déclaration PAC, et vous devez vous déplacer pour le faire ou alors le sous-traiter, ce qui coute de l’argent » poursuit Michel Masson. « Il y a dix ans, ne pas être relié à internet n’était problématique, maintenant c’est un véritable handicap ».

L’accès à l’information en temps réel constitue également un besoin indispensable pour les agriculteurs européens. « Si vous êtes informés 48 heures après tout le monde d’une épidémie qui arrive ou d’une chute des prix, vous serez extrêmement pénalisé » avertit Michel Masson.

Évolution de la PAC vers le 2,0? 

Pour accompagner le monde agricole dans sa transition numérique, la Politique agricole commune (PAC) doit s’adapter aux nouveaux besoins, et notamment accompagner la transition nécessaire de l’agriculture européenne. D’ici 2020, l’UE espère équiper tous les foyers européens d’un accès Internet de 30MB/s minimum.

>>Lire : La PAC doit encourager l’agriculture intelligente

Mais les financements destinés à l’équipement en nouvelles technologies dans le cadre de la future PAC risquent de ne pas faire consensus. « Il faut que l’UE aide les agriculteurs européens à s’équiper en nouvelles technologies. Mais le débat va être compliqué sur cette question, car il y a un écart très important dans le développement des exploitations agricoles », souligne Michel Masson.

La formation

L’intégration des outils numériques au service des techniques agricoles n’est pas seulement freinée par le développement des infrastructures. En effet, le vieillissement de la population agricole en Europe tend à complexifier l’introduction de nouvelles technologies. En 2016, seuls 6 % des  agriculteurs européens avaient moins de 35 ans.

La problématique de formation des agriculteurs aux outils numériques a d’ailleurs été pointée du doigt dans le rapport de l’eurodéputé français Éric Andrieu sur la PAC et l’emploi.

Outre « la nécessité du développement de l’accès au numérique dans les zones rurales pour plus d’emplois », le rapport appelle à investir « la formation aux compétences numériques […] essentielles pour la modernisation des exploitations agricoles ainsi que la création d’emplois et d’entreprises dans les zones rurales ».

C’est d’ailleurs une des clefs de l’avenir de l’agriculture européenne, selon Michel Masson. « Il y a de nouveaux emplois à créer dans le secteur agricole. Il y a des gens, des jeunes qui sont prêts à se lancer dans la carrière d’agriculteurs », affirme-t-il. « Mais ils ne veulent pas travailler comme dans les années 1900 ! »

Contexte

agriculture de précision est fondée sur la gestion optimalisée des apports d’un champ selon les besoins réels des cultures.  Cela implique des technologies d’analyse de données, notamment des systèmes de type GPS, la télédétection et Internet pour gérer les cultures et réduire l’utilisation d’engrais, de pesticides et d’eau.

L'introduction de nouvelles technologies aide les agriculteurs à gérer leurs exploitations durablement, en prenant en compte le « moindre détail ».

Grâce à ces techniques, les agriculteurs utilisent les engrais et les pesticides à meilleurs escient, ce qui contribue à la protection des sols et des nappes phréatiques, tout en augmentant la productivité.  En plus de faire des économies d’énergie, cela entraine également une meilleure qualité de produits.

Grâce à des capteurs, les agriculteurs sont en mesure d’identifier précisément les zones des champs qui doivent être traitées.

Cela diffère des techniques traditionnelles pour lesquelles notamment l'irrigation, les engrais, les pesticides et les herbicides sont répartis uniformément dans le champ, sans prendre en compte les variations des besoins des cultures.