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26/05/2016

Le commissaire Hogan tente de rassurer les agriculteurs français

Agriculture & Alimentation

Le commissaire Hogan tente de rassurer les agriculteurs français

Le commissaire européen Phil Hogan s'est rendu à Pris avant l'ouverture du Salon de l'Agriculture.

[European Commission]

En visite à Paris à deux jours de l’ouverture du Salon de l’Agriculture, le commissaire européen Phil Hogan s’est employé jeudi à rassurer les producteurs français, affirmant avoir pris toute la mesure de la crise qui les frappe.

« Nous sommes face à une crise multi-facette qui n’appelle pas de solution unique. Nous allons regarder ce que nous pouvons faire et je crois que nous pouvons faire davantage », a-t-il assuré devant la presse, après son entrevue à Matignon avec le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll.

Soupçonné, voire accusé, d’avoir tardé à considérer la gravité de la situation, marquée par un effondrement des cours du lait et du porc depuis l’été dernier en particulier, M. Hogan a au contraire voulu montrer qu’il mesurait l’ampleur de la crise.

Déséquilibres

« Nous sommes conscients des graves difficultés que rencontrent les producteurs français et européens dans un certain nombre de secteurs », a-t-il expliqué, « et nous sommes convenus de la nécessité d’adopter toutes les mesures appropriées pour remédier à la situation actuelle qui se caractérise par un déséquilibre accru entre l’offre et la demande et la durée de ce déséquilibre ».

>>Lire : En finir avec une crise laitière qui n’en finit pas

Le Commissaire irlandais a notamment évoqué les « difficultés dues à l’embargo russe toujours en vigueur sur la viande de porc et (a) réaffirmé (sa) volonté de discuter avec la Russie d’une reprise rapide des exportations européennes ». Le Président de la Commission Jean-Claude Juncker doit se rendre à Moscou prochainement à cet effet.

« Les agriculteurs sont les seuls à souffrir de cette situation politique, » a-t-il noté.

Cependant, cette bonne volonté a ses limites. Le prochain Conseil européen de l’Agriculture se tiendra le 14 mars et alors que les 28 Etats membres étaient appelés à lui adresser ce jeudi leurs propositions de sortie de crise, M. Hogan a prévenu: « Ce n’est pas à moi de parvenir dès aujourd’hui à une conclusion ».

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Opération séduction

De son côté, Manuel Valls a appelé la Commission européenne à faire des « annonces fortes » en agissant simultanément sur deux fronts: « la limitation de l’offre et le développement des débouchés ».

« La Commission doit prendre pleinement toutes ses responsabilités », a jugé le Premier ministre à l’issue de leur discussion, estimant que « l’Europe connaît déjà suffisamment de crises et de défis, menace terroriste, crise des réfugiés… Il ne (faudrait) pas que se rajoute une crise agricole majeure qui mettrait en cause le projet européen ».

Concernant les deux premières propositions françaises, le commissaire s’est dit « très allant pour la promotion des produits européens sur le marché intérieur et extérieur ». Et a promis que « tous les outils financiers et commerciaux seraient envisagés ».

Faute de pouvoir apporter des réponses concrètes qui ne sont pas de son ressort, Phil Hogan s’est livré à une véritable opération séduction dans le temps contraint de sa visite. Il a défendu le « modèle agricole familial à la française » dont il s’est dit « un fervent partisan »: « L’agriculture française mène la course en tête dans bien des secteurs », a-t-il rappelé en citant aussi les succès des produits du terroir et des appellations contrôlées.

>> Lire : L’intervention de Bruxelles sur les marchés du lait et du porc n’enraye pas la crise

Selon le dernier rapport Eurostat, la France est toujours la première agriculture de l’UE et assure 18% de la production agricole communautaire.

Il a également rendu un hommage appuyé à l’action de MM. Valls et Le Foll, « ardents défenseurs » de l’agriculture française, « actifs et déterminés à proposer des solutions ». Enfin il a confirmé sa venue « en milieu de semaine prochaine » au Salon de l’Agriculture à Paris pour y rencontrer « tous les acteurs » et producteurs français.

Et puis, a-t-il souligné, la France est le seul État membre qu’il honore de sa visite. « Only in France ».

Contexte

L'Union européenne a décidé d'imposer des sanctions à l'encontre de la Russie en juillet 2014, en réponse à l'attitude de Moscou en Ukraine.

Pour la première fois, les sanctions ciblent de larges secteurs de l'économie russe, dont les compagnies pétrolières, les banques et les entreprises de défense.

Avec ces mesures, les grandes banques d'État russes seront exclues des marchés européens. Le secteur du gaz, dont l'Europe dépend fortement, n'est toutefois pas concerné par ces sanctions.

La Russie a répliqué rapidement en imposant un embargo sur les produits alimentaires en provenance des pays occidentaux.  Une situation qui risque de créer des pénuries et une hausse des prix en Russie, et qui affecte aussi le secteur agro-alimentaire européen. Les importations de porc étiaent bloquées depuis fin 2013, pour un motif sanitaire.

Prochaines étapes

  • 14 mars: prochain Conseil européen de l'Agriculture -Bruxelles