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23/01/2017

Les agriculteurs arrivent à Paris pour demander un moratoire règlementaire

Agriculture & Alimentation

Les agriculteurs arrivent à Paris pour demander un moratoire règlementaire

Les secteurs du porc et du lait ont souffert de l'embargo russe.

[Danel Solabarrieta/Flickr]

Les premiers tracteurs partis de Bretagne et d’autres régions sont déjà en route pour une manifestation importante à Paris, jeudi. La faiblesse des prix agricoles donne un argument aux agriculteurs qui demandent un moratoire sur les nouvelles normes environnementales.

Après une série de crises qui ont frappé tour à tour les productions laitière, bovine et porcine, la FNSEA, premier syndicat agricole du pays et celui des Jeunes agriculteurs (JA) ont appelé les paysans à crier leur désarroi dans les rues de la capitale « pour éviter que l’agriculture française ne parte en liquidation».

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Les deux organisations ont annoncé au moins »un millier de tracteurs dans Paris» mais les seules fédérations de la région Nord-Picardie assuraient mardi en avoir mobilisé 800 à elles seules, en plus de »quatre ou cinq bus» pour transporter les agriculteurs, promettant un accès difficile aux portes de Paris vers lesquelles convergeront dès 7 heures du matin jeudi les différents convois partis de l’Ouest, du Massif central, du Val-de-Loire, de Bourgogne et de Rhône-Alpes, pour se réunir place de la Nation.

La préfecture de police de Paris a invité d’ailleurs les habitants d’Ile-de-France à utiliser les transports en commun pour gagner Paris.

Le contexte mondial est globalement défavorable aux producteurs français, entre l’embargo russe sur les produits agroalimentaires, la fin des quotas laitiers en Europe et le ralentissement économique de la Chine qui réduit ses achats, le tout provoquant une surproduction généralisée de lait, et par ricochet de viande, quand il faut réduire la taille des cheptels.

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Les éleveurs, les plus touchés par l’effondrement des cours du lait, mais aussi de la viande bovine et du porc et qui subissent la concurrence des voisins européens, ont été rejoints par les céréaliers ou les betteraviers jusqu’alors épargnés, mais dont les revenus plongent à leur tour avec le marché mondial.

La tonne de blé tendre, dont la France est la première exportatrice européenne, a perdu plus de 40 euros depuis début juillet en raison d’une surabondance de l’offre mondiale.

«On a déjà un genou à terre»

Mais les agriculteurs dénoncent aussi la guerre des prix entre les enseignes de la grande distribution, qui tire toute la chaine de production vers le bas.

«Que les entreprises gagnent de l’argent ça ne me gêne pas… Ce qui me gêne c’est qu’ils considèrent les producteurs comme des apporteurs de matière première, qu’ils veuillent toujours acheter le moins cher possible» relève le président de la fédération des producteurs de lait Thierry Roquefeuil.

Les organisations d’agriculteurs réclament donc une aide immédiate pour sauver les exploitations parfois menacées dans leur survie et sortir les paysans du surendettement, qui frappe surtout les plus jeunes: le patron de la FNSEA Xavier Beulin l’a estimée à un milliard d’euros au total.

>> Lire aussi : L’intervention de Bruxelles sur les marchés du lait et du porc n’enraye pas la crise

Par ailleurs, et c’est l’objet initial de la mobilisation jeudi, le monde agricole dénonce un empilement de normes et de contraintes qui l’usent et l’accablent, tant elles changent rapidement. La FNSEA réclame « une pause réglementaire», un moratoire d’un an sur toute nouvelle mesure d’ordre sociale ou environnementale, jugeant que la France »va au-delà des contraintes européennes» dans sa transposition des textes communautaires.

Une situation qui ajoute au marasme: «Ce qui me peine c’est qu’on fasse des efforts sur l’environnement, le bien-être animal, qui ne sont pas reconnus par la société. On est stigmatisé, traité de pollueur. Ce manque de reconnaissance, je ne le supporte plus» confiait cet été Mickael Trichet, éleveur en Loire-Atlantique. «On a déjà le genou à terre».

Jeudi une délégation d’une centaine d’agriculteurs se rendra à l’Assemblée nationale puis au Sénat porter les doléances des paysans aux élus – bien que les chambres ne siègent pas en ce moment.

«Nous espérons des résultats» avertit Sébastien Louzaouen, président des JA du Finistère en route sur son tracteur, et qui prévient: «désolé les Parisiens, les paysans arrivent». »

Contexte

L'Union européenne a décidé d'imposer des sanctions à l'encontre de la Russie en juillet 2014, en réponse à l'attitude de Moscou en Ukraine.

Pour la première fois, les sanctions ciblent de larges secteurs de l'économie russe, dont les compagnies pétrolières, les banques et les entreprises de défense.

Avec ces mesures, les grandes banques d'État russes seront exclues des marchés européens. Le secteur du gaz, dont l'Europe dépend fortement, n'est toutefois pas concerné par ces sanctions.

La Russie a répliqué rapidement en imposant un embargo sur les produits alimentaires en provenance des pays occidentaux.  Une situation qui risque de créer des pénuries et une hausse des prix en Russie, et qui affecte aussi le secteur agro-alimentaire européen. Les importations de porc étiaent bloquées depuis fin 2013, pour un motif sanitaire.