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24/08/2016

Les agriculteurs bio veulent les mêmes précautions pour la sélection des plantes et les OGM

Sciences & Législation

Les agriculteurs bio veulent les mêmes précautions pour la sélection des plantes et les OGM

Un bourgeon de banane régénératif sorti d'un tube.

[IAEA/Flickr]

Les agriculteurs bio tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences économiques et environnementales « désastreuses » que pourraient avoir les nouvelles techniques de sélection des plantes pour le secteur agricole européen.

Dans un document d’orientation publié le 14 janvier, le bureau européen de la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique (IFOAM UE) encourage la Commission à classer les nouvelles techniques de sélection des semences « dans le champ d’action des lois sur les OGM ».

Ces nouvelles techniques « devraient être sujettes à une analyse de risque » et à la « traçabilité et à l’étiquetage obligatoires qui s’appliquent aux autres OGM », explique le document, consulté par EurActiv.

L’exécutif européen devrait décider dans les prochains mois si ces techniques relèvent de la loi des OGM ou pas.

 >> Lire : La Commission s’interroge sur la sélection génétique des plantes

Les nouvelles techniques de sélection permettent d’améliorer les caractéristiques des semences via l’ingénierie génétique. Les partisans de cette technologie considèrent qu’elles ne devraient pas être mises dans le même panier que les OGM puisqu’aucun ADN étranger n’est présent dans les plantes crées à partir de ces technologies.

Effets secondaires « imprévisibles »

Pourtant, selon l’IFOAM UE, les techniques de sélection font appel à des technologies qui agissent au niveau infracellulaire et génomique. « Ainsi, l’IFOAM UE considère qu’elles ne sont pas compatibles avec les principes d’agriculture biologique et ne doivent donc pas être utilisés dans ce secteur. Le document continue sur cette lancée en affirmant que les techniques de modification génétique peuvent déboucher sur des « effets secondaires imprévisibles », estime l’organisation.

« Les organismes vivants génétiquement modifiés ne peuvent pas être rappelé à chaque fois qu’on se rend compte qu’ils présentent un problème. Leur dissémination peut avoir des conséquences négatives et irréversibles sur l’environnement », assurent les agriculteurs bio, qui ajoutent que leur utilisation dans l’agriculture pourrait mener à une pollution du patrimoine génétique et indirectement à une réduction de l’agro-biodiversité.

Pour l’IFOAM, les entreprises de semences organiques et les agriculteurs seront durement touchés si ces techniques sont autorisées sans exigence de traçabilité. « Cela pourrait faire obstacle à l’innovation dans le secteur de la sélection des semences organiques », précise le document d’orientation.

Étiquetage et traçabilité

Puisque les OGM et les produits fabriqués à partir d’OGM ne peuvent pas être utilisés dans la production organique, « la traçabilité et l’étiquetage sont indispensables pour éviter l’utilisation involontaire de cultivars [variété d’une espèce végétale obtenue par sélection], dérivés des techniques de sélection listées par le secteur bio ».

Les agriculteurs biologiques appellent à la « transparence » et à l’« obligation juridiquement contraignante » pour les entreprises de sélection végétale d’afficher les méthodes utilisées. « Sinon, les producteurs de semences et les agriculteurs ne pourront pas faire un choix informé, ce qui pourrait être à l’origine d’une pollution indésirable des semences et des champs organiques », conclut le document.

Contexte

Les nouvelles techniques de sélection se concentrent sur le développement de nouvelles caractéristiques des semences via l'ingénierie génétique.

Ce secteur est considéré comme très prometteur par l'industrie agro-alimentaire et par le centre commun de recherche de la Commission, qui estime dans un rapport que ces techniques « sont même nécessaires pour faire face aux évolutions du monde, et notamment à la croissance de la population et au changement climatique ».

Les partisans de cette technologie considèrent qu'elles ne devraient pas être mises dans le même panier que les OGM puisqu'aucun ADN étranger n'est présent dans les plantes crées à partir de ces technologies. Ses détracteurs pensent que ce n'est qu'une tentative supplémentaire de vendre des OGM aux Européens.

Prochaines étapes

  • D'ici fin mars 2016 : Analyse légale des nouvelles techniques de sélection par la Commission.

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