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27/09/2016

Les agriculteurs du Sud misent sur les indications géographiques

Agriculture & Alimentation

Les agriculteurs du Sud misent sur les indications géographiques

Le poivre de Kampot vient dobtenir l'IGP en Europe.

Jean_Claude_Chesnais_AFD

L’essor des indications géographiques permet aux filières agricoles d’exporter leurs produits du terroir à meilleurs prix. Un enjeu de taille pour les agriculteurs du Sud, dont les produits sont encore très peu reconnus sur le marché européen.

Les produits du terroir en Afrique ou en Asie se tournent peu à peu vers les indications géographiques protégées (IGP), un label de qualité qui leur permet de de partir à la conquête d’un marché européen parfois difficile d’accès pour les pays du Sud.

Au Cambodge, le poivre de Kampot a obtenu il y a quelques semaines le précieux label européen de l’indication géographique protégée (IGP). Cette reconnaissance de la qualité particulière d’un produit lié à un territoire et d’un savoir-faire valable dans les 28 États membres permet aux producteurs d’exporter leur produit à un prix multiplié… par 10.

>>Retrouvez le dossier spécial : L’innovation, planche de salut de l’agriculture dans les pays du Sud

« Grâce à l’obtention de l’IGP, la production a vraiment repris », témoigne Sarang Sok, consultant Ecocert et conseiller KPPA. « Avec l’enregistrement de l’IGP, le prix de vente au kilo du poivre de Kampot est passé de 1,5 dollar à 15 dollars », affirme-t-il.

Prix multiplié par 10

La majorité de la production de ce poivre local est exportée en Europe. « Environ 70% des 63 tonnes que la coopérative a produit cette année est vendus en Europe. Pour l’année prochaine, nous espérons porter la production à 140 tonnes », poursuit  Sarang Sok.

La belle réussite du poivre de Kampot a inspiré d’autres filières, dont celle du sucre de palme. « Aujourd’hui le sucre de palme a une indication géographique au Cambodge, mais nous espérons obtenir l’IGP européen », explique le conseiller.

Aujourd’hui, la base de données des IGP contient plus de 1 500 produits labélisés, donc la majorité provient d’Europe. Les produits français (227),  italiens (282) et espagnols (189) représentent à eux seuls presque la moitié des IGP.

Produits du Sud peu reconnus

Mais les produits des pays en développement sont très peu présents. Hormis le poivre de Kampot on retrouve seulement quelques produits de Thaïlande comme le café Doi Yung, du Viet Nam ou de République  dominicaine avec  le café Valdesia.

Pour l’heure, aucun pays africain n’a labélisé un produit du terroir en Europe.  Mais certains y travaillent, comme la Tunisie avec  l’huile d’olive de Teboursouk,  ou encore la Guinée avec le café Ziama-Macenta, déjà reconnu en tant qu’IG en Afrique.

>>Lire : L’Afrique peut produire la nourriture dont elle a besoin

« Nous travaillons avec les autorités des pays afin de développer des systèmes de reconnaissance nationaux des indications géographiques, mais aussi avec les filières qui souhaitent faire reconnaitre la qualité de leurs produits sur les marchés étrangers et notamment européens comme pour le poivre de Kampot », explique Aurélie Ahmim-Richard, chef de projets à l’Agence française de développement (AFD).

Le travail est parfois long, puisqu’au-delà des démarches administratives l’obtention d’un IGP suppose une véritable amélioration de toute la chaine de production. « Par exemple en Tunisie, nous nous sommes aperçus que le stockage de l’huile d’olive posait problème et qu’il devait être amélioré », explique Aurélie Ahmim-Richard.

>>Lire : La Commission, gardienne des produits du terroir

Pour les filières, le jeu en vaut souvent la chandelle. « Le système des IGP est profitable aux pays du Sud, car il permet de défendre les exploitations familiales et locales », poursuit-elle. Un secteur qui dans certaines régions du monde représente l’immense majorité des emplois et des moyens de subsistance des populations locales.

Organisation africaine

En Afrique, le travail sur l’élaboration du cadre législatif des indications géographiques est déjà particulièrement avancé. « Beaucoup de pays africains ont des systèmes de reconnaissance des IG, mais pas tous », explique la chef de projet. « Mais l’organisation africaine est une des plus avancées ».

En effet, à l’exception du cadre européen, commun aux 28 États membres, l’Afrique est le seul continent au monde à avoir entamé une intégration poussée de son système de reconnaissance, via l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI).

L’OAPI, qui regroupe 17 pays,  « a une vraie longueur d’avance par rapport aux pays asiatiques par exemple, car un produit labélisé dans un des 17 États membres obtient automatiquement la reconnaissance dans les 16 autres », explique l’experte de l’AFD.

L’appui français au travers de l’AFD  pour le développement des indications géographique est pourtant  pour l’instant un des seuls à exister, avec celui de la Suisse.

Contexte

Les Indications géographiques protégées (IGP)  lient la qualité et la réputation d’un produit à un territoire. Elles permettent d’améliorer les débouchés commerciaux, d’augmenter les revenus des producteurs locaux et de mieux gérer les ressources naturelles.

Très présentes en Europe, notamment en France, en Italie ou en Espagne, elles se développent peu à peu dans les pays du Sud, où une grande partie de la population vit de l'agriculture familiale

 

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Plus d'information

COMMISSION EUROPÉENNE

MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE, DE L'AGROALIMENTAIRE ET DE LA FORÊT

AGENCE FRANCAISE DE DEVELOPPEMENT

ORGANISATION AFRICAINE DE LA PROPRIETE INTELLECTUELLE