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19/01/2017

Les agriculteurs européens à Bruxelles pour faire pression sur l’UE

Agriculture & Alimentation

Les agriculteurs européens à Bruxelles pour faire pression sur l’UE

L'UE importe des OGM notamment pour nourrir le bétail

Plusieurs milliers de producteurs de lait et de viande porcine vont manifester à Bruxelles pour réclamer de nouvelles mesures de soutien aux ministres européens de l’Agriculture, réunis lors d’un conseil extraordinaire. 

Quelque 5.000 agriculteurs européens en difficulté, avec des délégations principalement venues de Belgique, de France et d’Allemagne, devraient rallier la capitale belge ce lundi 7 septembre.

Jeudi, des milliers d’agriculteurs français en colère avaient déferlé sur Paris avec plus de 1.500 tracteurs.

Quatre jours plus tard, c’est à nouveau plus de 1.000 tracteurs qui quitteront les campagnes pour la ville, afin de rejoindre cette fois la capitale européenne. Ils risquent de congestionner pendant plusieurs heures les artères bruxelloises entre la gare du Nord et le quartier Schuman abritant les institutions européennes, qui sera placé sous haute protection policière pour l’occasion.

La police belge a d’ailleurs « demandé avec insistance d’éviter Bruxelles en voiture » lundi et les transports publics desservant le quartier européen seront fortement perturbés.

Effondrement des cours du lait et des viandes

L’effondrement des cours du lait et des viandes bovines et porcines a provoqué tout l’été une fronde des agriculteurs européens, du Royaume-Uni à l’Allemagne, en passant par la France, dont le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a demandé fin juillet une réunion extraordinaire avec ses homologues européens. Celle-ci débutera lundi à 14H30.

>>Lire : Les agriculteurs arrivent à Paris pour demander un moratoire règlementaire

L’embargo russe sur les produits agricoles, décrété par Moscou en rétorsion aux sanctions prises par les Européens à la suite de la crise ukrainienne, pèse lourd sur les marchés, alors que la Russie était la destination de 10% des exportations agricoles de l’UE.

Malgré l’été, saison qui voit traditionnellement remonter les cours du porc, les prix ne sont pas repartis à la hausse cette année.

>> Lire aussi : Les éleveurs veulent faire de la crise du porc un sujet européen

De son côté, le marché du lait souffre d’une surproduction au niveau mondial: outre l’absence de débouché en Russie, la faiblesse de la demande en Chine et l’augmentation de la production, notamment au sein de l’UE après la fin des quotas laitiers au 31 mars, ont créé un déséquilibre.

Quel budget pour quelles mesures ?

Plusieurs options seront examinées lundi par les Européens.

Avec l’Espagne, l’Italie et le Portugal, la France compte demander une enveloppe pour venir en aide aux agriculteurs les plus touchés, un relèvement du prix d’intervention sur le marché du lait pour la poudre et le beurre, afin de soutenir les cours en dégageant les stocks, ainsi que des mesures de stockage pour le porc.

Toutefois, l’intervention récente de l’Europe pour que soient retirées 60.000 tonnes de viande porcine du marché au travers d’une aide au stockage privé n’a pas eu l’effet escompté.

Actuellement, le mécanisme de soutien se déclenche au prix d’un peu plus de 21 centimes le kilo de lait en poudre. Il a été activé au cours de l’été dans plusieurs pays, notamment la Lituanie et la Finlande, voisins de la Russie et particulièrement touchés par l’effondrement des marchés.

Problème de surproduction

Il s’agit d’un subtil équilibre: une hausse trop significative de l’aide aux producteurs laitiers pourrait créer un effet d’aubaine et, surtout, ne réglerait pas le problème de surproduction.

Le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, qui doit présenter lundi des propositions après avoir rencontré ces dernières semaines plus de la moitié des ministres de l’Agriculture des États membres, s’était dit fin août « réticent » à cette solution.

>> Lire aussi : L’intervention de Bruxelles sur les marchés du lait et du porc n’enraye pas la crise

Peu friande en général d’une intervention directe sur les marchés, la Commission européenne préfère mettre en avant des solutions comme la recherche de nouveaux débouchés pour les produits européens au travers d’accords commerciaux.

Intervention commune

Même si les solutions envisagées divergent, les Européens semblent s’accorder sur le besoin d’une intervention commune.

Se pose également la question du coût de ces mesures et des ressources disponibles pour les financer.

Seule certitude, le projet de budget de la PAC (politique agricole commune) pour l’an prochain comporte dans sa rubrique « recettes » quelque 440 millions d’euros issus des « super prélèvements », les amendes payées par les producteurs de lait en surproduction par rapport à leurs quotas.

Contexte

L'Union européenne a décidé d'imposer des sanctions à l'encontre de la Russie en juillet 2014, en réponse à l'attitude de Moscou en Ukraine.

Pour la première fois, les sanctions ciblent de larges secteurs de l'économie russe, dont les compagnies pétrolières, les banques et les entreprises de défense.

Avec ces mesures, les grandes banques d'État russes seront exclues des marchés européens. Le secteur du gaz, dont l'Europe dépend fortement, n'est toutefois pas concerné par ces sanctions.

La Russie a répliqué rapidement en imposant un embargo sur les produits alimentaires en provenance des pays occidentaux.  Une situation qui risque de créer des pénuries et une hausse des prix en Russie, et qui affecte aussi le secteur agro-alimentaire européen. Les importations de porc étiaent bloquées depuis fin 2013, pour un motif sanitaire.