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29/09/2016

Les agriculteurs français jugent la PAC impuissante face à la crise du secteur

Agriculture & Alimentation

Les agriculteurs français jugent la PAC impuissante face à la crise du secteur

En France, les éleveurs de vaches allaitantes sont très dépendants de la PAC.

Face à la triple crise que traversent les agriculteurs français – laitière, bovine et porcine – la nouvelle politique agricole commune (PAC) ne parvient pas  à fournir des réponses suffisantes. Mais demeure indispensable pour les éleveurs.

Depuis la fin des quotas laitiers en avril 2015 et l’embargo russe, l’agriculture française traverse une dure crise. Que peine à endiguer la politique agricole commune.

En difficulté depuis plusieurs années, la filière porcine française a vu sa situation s’aggraver avec l’embargo russe. Du côté des éleveurs de bovins, les prix ne couvrent guère les coûts de production. Quant aux producteurs laitiers, la fin des quotas en 2015 a exacerbé une crise de surproduction déjà existante.

Face à cette conjoncture, la France agricole n’a de cesse de réclamer des mesures exceptionnelles de la part de Bruxelles et du commissaire Phil Hogan, plus enclin à la recherche de nouveaux débouchés commerciaux hors de l’Europe qu’à l’intervention directe des pouvoirs publics.

>>Lire : L’UE remet 500 millions d’euros sur la table pour le secteur laitier

Le 18 juillet, la Commission a cependant donné son feu vert pour débloquer une nouvelle enveloppe de soutien au secteur laitier, notamment. « Je me félicite de l’octroi par la Commission européenne d’une enveloppe conséquente, en cohérence avec les demandes insistantes de la France depuis des mois » s’est félicité le ministre de l’Agriculture français, Stéphane Le Foll.

Pour les agriculteurs français, ces mesures d’urgence  sont les bienvenues, mais sont aussi le signe d’une difficulté de la politique agricole commune à faire face aux faiblesses du secteur.

Différence de vision

« Avec les fluctuations actuelles des cours, nous savons que le dispositif de la PAC n’est pas suffisant », explique Claude Cochonneau, vice-président des chambres d’agriculture France.

La philosophie de la PAC actuelle, qui couvre la période 2014-2020 est davantage tournée vers les marchés à l’export. « Mais en France, il y a une vraie sensibilité pour occuper le marché local. Sur la question de la capacité exportatrice de l’UE, les avis sont plus partagés » explique le vice-président. « On pourrait imaginer qu’à l’avenir la PAC fasse un peu plus pour les agriculteurs qui se positionnent sur le marché local ».

>> Lire notre LinksDossier : PAC 2014-2020 : le long chemin vers la réforme

Les désaccords sur la PAC relèvent d’une vision radicalement différente entre Bruxelles et  une partie du milieu rural français. « L’Europe a une velléité libérale », reconnait Claude Cochonneau. Loin d’être partagée par la profession. « L’idée que le marché régule, on a bien vu ce que ça donnait » poursuit-il.

Complexité

De fait, la mise en place de la nouvelle PAC ne s’est pas faite sans heurts. En 2015, le gouvernement français avait accordé un délai supplémentaire aux 360.000 exploitations françaises pour remplir leur déclaration de politique agricole commune.

La complexité de la nouvelle procédure ayant entrainé des retards dans les déclarations. Cette année, les déclarations se sont faites plus facilement, mais la complexité demeure un véritable défi pour les agriculteurs français, notamment sur les mesures de verdissement.

>Lire : La nouvelle PAC sème la panique chez les agriculteurs

« Cette PAC, contrairement à l’objectif affiché, n’est pas simple » affirme Thierry Fellmann des chambres d’agriculture. « Les nouvelles obligations en matière de verdissement crée une certaine complexité pour les agriculteurs ».

Pour autant, les aides européennes représentent la majeure partie des revenus des agriculteurs français. « En France et dans d’autres pays en Europe, 80 à 90 % du revenu d’un agriculteur provient des aides. Pour les éleveurs de vaches allaitantes, cette proportion peut monter jusqu’à 150 voire 160 % du revenu » explique Thierry Fellmann.

L’Europe qui assure ?

Les différences de visions devraient d’ailleurs être au cœur de la nouvelle réforme de la PAC. À Bruxelles, la question sur l’opportunité de  continuer à consacrer 38 % du budget de l’Union aux aides agricoles est ouverte.

« On sent bien que pour légitimer la PAC après 2020, il va falloir trouver de nouveaux arguments » reconnait Claude Cochonneau.

Autre piste de réforme, consacrer une partie des aides européennes à l’assurance contre  les aléas climatiques ou de marché, facteur de crises agricoles à répétition. Un modèle qui a déjà fait ses preuves au Canada.

Mais pour encourager les agriculteurs à se lancer dans de nouveau type de culture et à investir, il faudrait consacrer près « d’un tiers du budget de la PAC à l’assurance » explique M. Cochonneau.

Pour l’instant, la part des aides agricoles européenne consacrée à l’assurance face aux risques climatiques ne s’élève qu’à 2 % du budget global de la politique agricole.