Les biocarburants divisent profondément le Parlement européen

La commission souhaite réduire la part des biocarburants issus de cultures agricoles à l'horizon 2030. [Spencer Pugn/Unsplash]

Les députés de la commission environnement proposent d’interdire la production de biocarburants en Europe, quand la commission agriculture suggérait de les favoriser. Les commissions industrie et transport doivent aussi se prononcer d’ici la fin de l’année.

Les députés européens réunis au sein de la commission environnement ont voté,  lundi 23 octobre, des amendements au projet de directive « RED II » visant à interdire la production de biocarburants en Europe. Par une courte majorité de 32 voix contre 29 et 4 abstentions, le rapporteur néerlandais Bas Eickhout (Les Verts) a fait passer une série de modifications à la directive, réunie au sein d’une Opinion

Les modifications visent notamment à interdire toute exploitation de biocarburants impliquant des cultures agricoles destinées au secteur de l’alimentation. Le changement d’affectation des sols, de l’agroalimentaire vers le secteur de l’énergie, est en effet perçu par la commission Environnement comme contraire aux accords de Paris. Ainsi, les biocarburants issus de l’agroalimentaire ne devraient plus bénéficier de soutien financier, sauf s’ils sont produits à partir de déchets. Dans ce dernier cas, ils pourront continuer à être subventionnés, à  condition de ne pas polluer les sols.

Il reste peu de temps pour sauver les biocarburants français et européens

Le président de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux s’inquiète du projet de la Commission de revoir à la baisse la part des biocarburants dans les transports, qui pourrait mettre en danger 70 % de la production de colza européenne.

D’autre part, les députés de la commission environnement ont fait passer des amendements encourageants les États membres à investir dans les énergies renouvelables, comme les énergies thermiques ou solaires.

L’exploitation des biocarburants issus de cultures hors l’agroalimentaire est cependant encouragée par le Parlement. L’énergie produite à partir de bois est ainsi considérée comme durable, tant qu’il est prouvé que sa production ne pollue pas les sols.

Des amendements contestés

Les propositions adoptées en commission environnement ont provoqué de vives réactions de la part des ONG. Birdlife Europe, une organisation de protection de la biodiversité, s’émeut ainsi des amendements visant à encourager les énergies issues de la combustion de bois : « le rapport adopté par la commission autorise un accroissement de l’exploitation des forêts à des fins énergétiques alors que celles-ci constituent des habitats précieux pour certaines espèces » regrette Sini Eräjää, en charge de la politique énergétique européenne pour BirdLife.

Les eurodéputés veulent distinguer les biocarburants européens des autres

La commission agriculture du Parlement européen a voté plusieurs amendements au projet de directive sur les énergies renouvelables. Soutenus par le PPE et les agriculteurs, contestés par certains sociaux démocrates, ces amendements visent à introduire la notion de « biocarburants durables »  dans la directive.

En France, Arnaud Rousseau, président de la fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux, regrette que le projet de directive prenne en compte le changement d’affectation des sols. « Il n’existe aucune méthode scientifique validant les estimations purement arbitraires de ces facteurs », assure-t-il tout en pointant des incohérences dans le texte: « [Plutot que de] favoriser à tous crins les importations de biodiesel de soja argentin […] valorisons les produits issus de nos territoires et de nos filières ».

Les députés PPE, notamment ceux siégeant à la commission agriculture et qui ont déjà rendu leur avis sur le texte, sont particulièrement critiques à l’égard des amendements votés lundi : « Le rapporteur écologiste Bas Eickhout est resté sourd à l’avis de la commission agriculture, voté il y a deux semaines, et s’obstine dans des considérations idéologiques et scientifiquement non fondées » s’insurge Angélique Delahaye.

La députée PPE était à l’origine d’amendements visant à faire reconnaitre comme « durables » les biocarburants européens produits à partir de déchets de l’industrie agroalimentaire. Le rapport qu’elle avait soutenu en commission agriculture n’a pas été pris en compte par la commission environnement. « La plupart des députés de la commission environnement se font les avocats des logiques écologistes binaires voulant opposer agriculture alimentaire contre agriculture énergétique alors qu’elles vont ensemble ! » ajoute-t-elle, rejoignant la position défendue par les industriels du secteur.

Le texte doit encore être soumis au vote des commissions industrie et transport : le vote en commission industrie est prévu le 28 novembre. La commission transport n’a pas encore fixé de date pour se pencher sur le dossier. Mais vu le faible score remporté au sein même de la Commission environnement, il semble pour l’heure peu probable que la proposition d’élimination totale de la production de biocarburants en Europe puisse s’orienter vers une majorité en plénière.