Les éleveurs veulent faire de la crise du porc un sujet européen

La faiblesse des cours de la viande de porc menace des exploitations

La crise du porc s’intensifie après la suspension des cotations sur le seul marché français, à Plérin en Bretagne. Une situation qui expose encore plus les éleveurs français à la concurrence européenne.

Le président de la FNSEA Xavier Beulin a souhaité lundi que le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll s’engage à intervenir auprès de l’Union européenne afin de trouver des solutions à la crise des éleveurs, à quelques heures d’une réunion au ministère.

« Il faut que le ministre cet après-midi prenne l’engagement de faire tout le travail nécessaire auprès de ses collègues européens pour qu’enfin la Commission européenne, face notamment à l’embargo russe qui est une des causes de cette situation dramatique en France et en Europe, puisse trouver des solutions », a déclaré le président du premier syndicat agricole de France sur France 2.

Le marché européen a perdu un débouché majeur avec l’arrêt des exportations vers la Russe, décrété par Moscou avant l’embargo, pour des raisons sanitaires.

Pour la France dont 10 % de la production était vendue à la Russie, la perte de ce marché représente une des principales raisons de la crise, selon les agriculteurs tout du moins.

« La Commission européenne a des moyens, elle a des moyens à la fois sur le plan juridique et sur le plan financier pour intervenir en cas de crise et la crise est profonde (…) elle marque différemment la France parce que nous avons des coûts de revient en France qui sont supérieurs à nos voisins », estime le président du premier syndicat agricole.

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Pour le gouvernement toutefois, le manque de rentabilité de la filière française face à ses concurrents doit avant tout être comblé. L’orientation à marche forcée des producteurs de porc allemands vers la méthanisation de leurs installations, qui leur a permis de baisser drastiquement leurs coûts de production, explique partiellement l’écart de compétitivité. Mais là aussi, les autorités françaises sont responsables : elles ont très peu soutenu les producteurs dans cet investissement.

Réunion de crise au ministère de l’Agriculture

Le ministre de l’Agriculture doit rencontrer aujourd’hui, à Paris, acheteurs de porc et producteurs, afin notamment de trouver une réponse à l’absence de cotation de marché du porc de Plérin, seul lieu de cotation du porc français.

Le marché qui cote une fois par semaine n’a pas pu se réunir la semaine dernière.

« Le conseil d’administration du MPB a pris la décision de reporter la séance de vente, après avoir constaté l’absence de 2 acheteurs majeurs » souligne laconiquement le Marché du Porc Breton sur son site. Or il s’agit du seul « baromètre » sur le territoire français. Faute de quoi les agriculteurs risquent de devoir accepter le prix des autres marchés, en Allemagne ou au Pays-Bas, dont les prix sont inférieurs. Le boycott des deux principaux acteurs du marché met donc une pression supplémentaire sur les éleveurs, dont beaucoup fonctionnent déjà à perte.

Sur le marché européen, déstabilisé par l’embargo russe, l’Allemagne propose du porc moins cher de 28 centimes au kilo par rapport au cours français, et les Pays-Bas 38 centimes moins cher, selon la Cooperl, leader en France sur le marché du porc et qui exporte 35% de sa production. Le gouvernement a proposé un prix plancher de 1,40 euro par kilo, auquel les distributeurs sont opposés.

Les ministres de l’Agriculture de l’UE doivent se réunir le 7 septembre à Bruxelles, et la question des prix du porc devrait être à l’agenda.

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