Les Italiens s’inquiètent des facilités d’importations pour l’huile d’olive tunisienne

Une année difficile pour les producteurs d'olives italiens. [Pietro Di Bello/Flickr]

La Commission propose de lever certains droits d’importation sur l’huile d’olive tunisienne, afin d’aider l’économie à se relever, au grand dam de l’Italie. Un article d’EURACTIV Italie.

En septembre, la Commission européenne a adopté une proposition législative autorisant la Tunisie à exporter plus d’huile d’olive vers le marché interne pour une période limitée.

L’exécutif a donc porté de 56 700 à 91 700 le nombre de tonnes d’huiles d’olive que la Tunisie peut envoyer vers l’UE sans payer de taxes. Cette mesure faciliterait, selon les représentants de la Commission, la reprise économique du pays, qui traverse une passe difficile.

Cette initiative a été présentée par la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, comme une « mesure exceptionnelle face à des circonstances exceptionnelles » et un « signal de solidarité de l’UE à la Tunisie ». Les eurodéputés, et surtout les Italiens, n’ont cependant pas tardé à réagir.

Réaction italienne

Ignazio Corrao er Tiziana Beghin, eurodéputés du mouvement 5 étoiles, ont dénoncé la mesure qui, selon eux, ne résout rien à la situation globale de la Tunisie, puisqu’elle se concentre sur le secteur de l’huile d’olive. Elle intervient en outre « à un moment particulièrement mal choisi pour la production agricole italienne », soulignent-ils.

Avec la Grèce et l’Espagne, l’Italie est l’un des principaux producteurs d’huile d’olive. Les importations tunisiennes ont quant à elle été multipliée par huit en 2015. Cette concurrence étrangère s’ajoute au problème de la bactérie xylella fastidiosa, qui s’est abattue sur les oliviers italiens cette année, entrainant l’abattage d’arbres et des interdictions de transport.

Autre coup dur pour le secteur oléicole : l’apparition de niveaux anormalement élevés d’acides gras dans certaines huiles des Pouilles et de Calabre, qui empêchent leur classification comme huile extra vierge.

>> Lire : L’Italie lutte contre l’abattage des oliviers malades

Giovanni La Via, le président de la commission parlementaire ENVI (environnement, santé publique et sécurité alimentaire), a également critiqué la mesure, qu’il a qualifiée de « but contre son propre camp », au désavantage des producteurs européens.

Il a été rejoint par le coordinateur du S&D à la commission de l’agriculture, Paolo De Castro, qui avait rappelé que l’initiative ne pouvait pas être concrétisée sans l’accord du Conseil et du Parlement, grâce au processus de codécision.

Vote au Parlement

La détermination des eurodéputés sera mise à l’épreuve le 11 janvier, quand la commission agriculture devra prendre des mesures concrètes, notamment au sujet des importations d’huile d’olive.

Marco Zullo, Rosa D’Amato et Giulia Moi, tous du mouvement 5 étoiles, ont déjà proposé un amendement appelant à la suppression pure et simple de la proposition de la Commission.

Pour Marco Zullo, celle-ci « mettrait les petits producteurs à genoux face à la concurrence déloyale d’une huile produite hors de l’UE à des coûts considérablement moins élevés et introduits à droit zéro [sans taxes d’importation] sur notre marché ».