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26/08/2016

Les jeunes agriculteurs, une espèce en voie de disparition ?

Agriculture & Alimentation

Les jeunes agriculteurs, une espèce en voie de disparition ?

Un jeune fermier et ses vaches.

[European Commission]

Les moins de 35 ans ne gèrent que 6 % des exploitations agricoles. La nouvelle politique agricole commune veut aider près de 180 000 jeunes agriculteurs à démarrer.

La nouvelle politique agricole commune (PAC) pour la période 2014-2020 prévoit des aides à l’installation dont devraient bénéficier près de 180 000 jeunes exploitants.

Selon une enquête d’Eurostat, les agriculteurs de moins de 35 ans ne représentaient que 6 % des gestionnaires d’exploitations en 2013. Le gestionnaire d’exploitation n’est pas forcément le propriétaire ou le gérant : dans le jargon d’Eurostat, il s’agit de la personne qui prend les décisions importantes dans la ferme ou l’exploitation agricole.

Peu de jeunes agriculteurs

Selon l’étude d’Eurostat, sur les 10,8 millions d’exploitations européennes, près de 3,5 millions (soit 31 %) sont gérées par des personnes de 65 ans et plus et 2,6 millions (25 %) par des agriculteurs qui ont entre 55 et 65 ans.

Les agriculteurs de moins de 35 ans ne dirigent quant à eux que 6 % des exploitations, un chiffre qui n’augure rien de bon pour l’avenir du secteur.

C’est au Portugal et en Roumanie que les plus de 65 ans sont les plus nombreux, avec respectivement 50,1 % et 41 % des exploitations.

À l’inverse, les agriculteurs plus âgés représentent une moindre proportion des exploitations en Allemagne (6,5 %), en Autriche (8,6 %), en Pologne (9,6 %), en Finlande (10,2 %), en France (12,4 %) et au Luxembourg (14,4 %).

Le pourcentage d’exploitations gérées par des moins de 35 ans est sous le seuil des 10 % dans tous les pays européens, à l’exception de la Pologne (12,1 %) et de l’Autriche (10,9 %). Les pays où la proportion de moins de 35 ans est la plus faible sont Chypre (1,7 %), le Danemark et la Pologne (2,5 %) et les Pays-Bas (3,1 %).

Un défi pour la nouvelle PAC

Cette faible proportion de jeunes agriculteurs ne surprend pas vraiment l’UE. C’est d’ailleurs pour s’attaquer à ce problème que la nouvelle réforme de la PAC a renforcé les mesures favorisant les jeunes exploitants. Elle prévoit en effet que les États membres puissent encourager les jeunes à choisir ce secteur grâce aux programmes de développement rural, le deuxième pilier de la PAC.

« En plus de ces aides, la réforme récente de la PAC soutient l’initiative de la Commission d’augmenter de 25 % les montants des paiements directs aux exploitants de moins de 40 ans durant leurs cinq premières années d’activités », explique Daniel Rosario, porte-parole de la Commission.

Diminution du nombre d’exploitations

L’étude d’Eurostat indique également que plus de 4 millions d’exploitations européennes ont disparu entre 2003 et 2013. La superficie des terres dédiées à l’agriculture n’a cependant pas diminué.

« Cela démontre une concentration agricole accrue. Le terrain moyen par exploitation a ainsi augmenté de 38 % en dix ans, passant de 11,7 hectares en 2003 à 16,1 hectares en 2013 », explique Eurostat.

La France et l’Espagne concentrent à elles seules 30 % des terrains agricoles utilisés de l’UE. Les exploitations les plus étendues se trouvent au Royaume-Uni et en République tchèque. Chypre est le pays qui a connu la plus grande diminution de zones agricoles exploitées (30,1 %), ce qui correspond bien au fait que le pays compte extrêmement peu de jeunes agriculteurs.

La diminution du nombre d’exploitations est une tendance évidente depuis longtemps. Dans l’UE à 15, on notait déjà une baisse de 3 %. Cette diminution était encore plus élevée dans les pays d’Europe de l’Est, à cause des processus de restructuration du secteur.

« Le nombre d’exploitations diminue parce que la taille des exploitations augmente. Donc, si un agriculteur ou une agricultrice cesse ses activités, pour prendre sa retraite, ses terres sont en général intégrées à une ou plusieurs autres fermes », explique une source au sein des institutions européennes, qui ajoute que la réduction du nombre d’exploitations signifie une augmentation de la compétitivité.

« La superficie totale des terres agricoles reste relativement stable et comme les capacités de production et la rentabilité augmentent, le secteur agricole européen parvient encore à augmenter sa production », explique Daniel Rosario. « La nouvelle PAC prévoit de nombreuses mesures qui permettront de dynamiser la productivité et d’améliorer les méthodes de production durable, afin de produire plus en utilisant moins. »

>> Lire aussi : L’Allemagne première bénéficiaire de l’aide d’urgence à l’agriculture

Contexte

En juin 2013, les États membres ont approuvé la première réforme de la politique agricole commune (PAC) depuis une décennie, après des mois d’âpres négociations sur les quotas, les subventions et les mesures d’amélioration de la responsabilité écologique.

En 2015, quand les règles sont pleinement entrées en vigueur avec un an de retard, certains dirigeants européens ont changé d’avis et ont appelé à une modification de politiques qu’ils estiment à présent trop difficiles à concrétiser.

>> Lire notre Linksdossier : La PAC, une évolution continue

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