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25/08/2016

Les perturbateurs endocriniens coûteraient 157 milliards d’euros à l’UE

Sciences & Législation

Les perturbateurs endocriniens coûteraient 157 milliards d’euros à l’UE

Les pesticides sont la source principale d'exposition des Européens aux perturbateurs endocriniens.

[Martin Fisch/Flickr]

L’exposition humaine aux perturbateurs endocriniens, surtout les pesticides, coûterait au moins 157 milliards d’euros par an de dépenses sanitaires dans l’UE, selon une étude publiée jeudi et présentée à Bruxelles.

Les 18 auteurs de l’étude, publiée dans la revue scientifique Journal of clinical endocrinology and metabolism, ont établi cette addition, qui représente plus de 1,2 % du PIB de l’Union européenne, en retenant pour hypothèse une relation de causalité entre l’exposition aux perturbateurs endocriniens et les retards de développement cérébral, ainsi qu’une série de pathologies comme autisme, obésité, diabète et stérilité masculine.

« Ces estimations ne prennent en compte que les perturbateurs pour lesquels la relation de causalité est la plus hautement probable », notamment les organophosphates (OP) utilisés pour les pesticides, et les polybromodiphényléthers (PBDE) servant à ignifuger plastiques et textiles, note l’article.

>> Lire : La France presse Bruxelles d’avancer sur les perturbateurs endocriniens

Certaines de ces substances sont déjà interdites dans des pays de l’UE, notamment en Scandinavie et en France, mais restent utilisées dans d’autres.

Selon l’étude, menée sur des données de 2010, le plus gros des coûts, estimés en dépenses de santé et perte de productivité, découle de l’impact neurologique des perturbateurs endocriniens, chiffré à 132 milliards d’euros. Les pesticides sont les principaux responsables de l’addition globale, avec une part de 120 milliards.

>> Lire : Coûts astronomiques des perturbateurs endocriniens chez les hommes en UE

Il s’agit « pour l’essentiel d’une interprétation et une spéculation informée, et personne ne doit perdre cela de vue », a relativisé Richard Harpe, spécialiste en reproduction masculine à l’Université d’Édimbourg, dans une première réaction rendue publique en Grande-Bretagne.

« Nous travaillons sur des probabilités et savons qu’il y a des incertitudes, mais cette étude est un début », a répondu Martine Bellanger, professeure à l’École des hautes études en santé publique en France.

Les auteurs précisent que leur objectif est « de livrer une estimation du bénéfice sanitaire et économique d’une régulation des perturbateurs endocriniens en Europe », alors que la Commission européenne a entrepris une révision de sa législation en la matière.

Ce nouveau cadre réglementaire, qui pourrait conduire à l’interdiction d’une large gamme de pesticides, isolants alimentaires ou composants de cosmétiques, a pourtant été renvoyé à 2016.

Justifié à Bruxelles par la complexité scientifique et économique du dossier, ce délai alimente des critiques croissantes contre l’exécutif européen, accusé de vouloir ménager l’industrie chimique.

>> Lire : Un rapport sur les perturbateurs endocriniens caviardé à la Commission

La Commission est même visée devant la justice européenne par un recours en carence intenté cet été par la Suède, et soutenu par l’ensemble des États membres.

La France à l’avant-garde

La France s’est dotée dès avril 2014 d’une stratégie sur les perturbateurs endocriniens. L’utilisation du Bisphénol A est ainsi suspendue pour les produits en contact direct avec des denrées alimentaires pour les nourrissons et enfants en bas âge, comme les biberons, ce qui a provoqué la colère de l’industrie du plastique.

La stratégie française prévoit également l’arrêt des épandages aériens de produits phytosanitaires à partir de fin 2015 et l’arrêt de l’utilisation des produits phytosanitaires dangereux dans les collectivités à partir de fin 2016, entre autres mesures. Paris a en outre déposé une procédure d’interdiction réglementaire au niveau européen.

Réactions

Ségolène Royal, ministre française de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie a réagi à la publication de cette étude. « A l’occasion de la publication d’une étude portant sur les coûts économiques à l’échelle de l’Union européenne de l’exposition aux perturbateurs endocriniens, je rappelle l’engagement fort de la France pour réduire l’exposition de la population humaine et de l’environnement à ces substances. Je rencontre aujourd’hui le Commissaire européen Vytenis Andriukaitis, chargé de la santé et de la sécurité alimentaire. »