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27/05/2016

L’ONU juge El Niño responsable d’une crise alimentaire mondiale

Agriculture & Alimentation

L’ONU juge El Niño responsable d’une crise alimentaire mondiale

Une agricultrice surveille ses récoltes de mais à Dowa, près de la capitale du Malawi. Le pays vit sa première pénurie de mais depuis 10 ans.

[ Mike Hutchings/Reuters]

De graves sécheresses et inondations déclenchées par l’un des plus violents phénomènes d’El Niño jamais enregistrés ont laissé près de 100 millions de personnes d’Afrique australe, d’Asie et d’Amérique du Sud sans eau, sans nourriture et vulnérables face à des maladies comme Zika, ont assuré l’ONU, les agences d’aide internationale et les gouvernements. Un article de notre partenaire The Guardian.

De nouveaux chiffres du Programme alimentaire mondial de l’ONU indiquent que 40 millions de personnes vivant en milieu rural et 9 millions en centres urbains subissent les conséquences des sécheresses au Zimbabwe, Mozambique, Afrique du Sud, Zambie, Malawi et Swaziland et auront besoin d’une aide alimentaire cette année.

Par ailleurs, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU, 10 millions de personnes ont besoin de nourriture en Éthiopie et 2,8 millions de personnes ont besoin d’aide au Guatemala et en Honduras.

Des millions d’autres personnes en Asie et dans les régions du Pacifique ont déjà été affectées par des vagues de chaleur, des pénuries d’eau et des feux de forêt depuis qu’El Niño a commencé mi-2015, a déclaré l’OCHA dans un communiqué de presse, qui annonce que, partout dans le monde, les récoltes continueront d’être affectées en 2016.

« Environ un million d’enfants ont besoin d’être traités pour malnutrition sévère en Afrique australe et orientale. Deux ans de pluies irrégulières et de sécheresses et l’un des plus violents phénomènes d’El Niño depuis 50 ans se sont associés pour dévaster les vies des enfants les plus vulnérables », a déclaré Leila Gharagozloo-Pakkala, directrice régionale pour l’Afrique australe à l’UNICEF. « La situation s’est aggravée avec la montée des prix alimentaires, ce qui oblige les familles à mettre en place des systèmes drastiques d’adaptation, comme sauter des repas et vendre leurs biens ».

« El Niño aura des effets dévastateurs sur les récoltes en Afrique australe et sur la sécurité alimentaire en 2016. La saison des pluies actuelle est la plus sèche depuis 35 ans », ont déclaré l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Réseau des systèmes d’alerte rapide aux risques de famine (FEWS NET) dans une déclaration conjointe.

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« Même si la pluie se mettait tout à coup à tomber, la période de plantation des céréales est déjà terminée dans le sud de l’Afrique et est en train de se terminer ailleurs. Le prix des denrées alimentaires importées est monté en flèche. Et les personnes les plus vulnérables ont un accès restreint à la nourriture », a déclaré le ministère britannique de l’aide au développement dans un document d’information.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les fortes pluies attendues à Pérou, en Équateur, au Paraguay et au sud du Brésil, dues à El Niño, pourraient favoriser la propagation du virus Zika. « Le moustique Aedes aegypti se reproduit dans les eaux stagnantes. Les moustiques vecteurs du virus Zika risquent donc de se multiplier à cause de l’extension des sites de reproduction favorables », s’est inquiétée l’organisation.

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El Niño, un courant chaud venant de l’océan Pacifique, entraine la multiplication des sécheresses, des inondations et des cyclones partout dans le monde. Selon les météorologues, El Niño est plus intense cette année que depuis 35 ans et est actuellement à son apogée. Même si sa puissance va décliner au cours des six prochains mois, ses effets sur l’agriculture, la santé et les moyens de subsistance dans les pays en développement pourraient durer deux ans ou plus, à cause de mauvaises récoltes et d’inondations prolongées.

« De faibles pluies depuis mars 2015 ont entrainé des sècheresses. En Amérique centrale, El Niño a conduit à une deuxième année consécutive de sécheresse – l’une des plus graves que la région n’a jamais connue », a affirmé un porte-parole de l’OCHA.

« Le Mozambique et les pays d’Afrique australe sont proches du désastre si la pluie ne tombe pas d’ici quelques semaines », a déclaré Abdoulaye Balde, directeur pays du Programme alimentaire mondial (PAM) à Maputo. « Cette année, l’Afrique du Sud a besoin de 6 millions de tonnes de nourriture. Normalement, c’est le pays qui remplit les réserves alimentaires de la région, mais s’il doit importer 6 millions de tonnes de denrées alimentaires, il ne restera pas grand-chose pour les autres pays. Le prix des denrées va donc fortement augmenter. »

Le Zimbabwe, qui a déclaré l’urgence nationale ce mois-ci, a vu ses récoltes dévastées et les prix alimentaires monter en flèche, selon le PAM à Harare. Selon le programme, la production alimentaire a diminué de moitié par rapport à l’année dernière et le maïs est 53 % plus cher que l’an passé. Le pays a estimé avoir besoin de près de 1,6 milliard de dollars d’aide pour acheter des céréales et d’autres aliments après la sécheresse.

Le Malawi est quant à lui en train de vivre sa première pénurie de maïs en dix ans. Les prix sont donc 73 % plus élevés qu’en décembre 2015. Au Mozambique, les prix sont 50 % plus élevés que l’an dernier. Le pays dépend des importations d’aliments d’Afrique du Sud et du Zimbabwe, et risque une catastrophe si la pluie ne tombe pas dans les prochaines semaines, a assuré Abdoulaye Balde.

Certains craignent que les donateurs internationaux, préoccupés par la guerre en Syrie et l’épidémie d’Ebola, ne répondent pas aux demandes alimentaires des pays affectés par El Niño.

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« El Niño a commencé à faire des ravages l’année dernière. Le gouvernement a fait de son mieux pour faire face aux sécheresses en exploitant les réserves alimentaires nationales et en réservant plus de 300 millions de dollars à l’achat de blé sur le marché international », a déclaré le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Tedros Ghebreyesus.

« Le nombre de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire a augmenté très rapidement, ce qui n’aide pas l’Éthiopie à faire face seule à la crise. Pour subvenir aux besoins de 10,2 millions de personnes, il faudrait 1,4 milliard de dollars. Or, le gouvernement éthiopien a jusqu’à présent dépensé 300 millions de dollars et les donateurs ont promis une somme similaire. Il manque donc 800 millions de dollars », a-t-il déclaré.

Selon le Réseau des systèmes d’alerte rapide aux risques de famine, mis en place en 1985 par l’agence américaine pour le développement international, USAID, les faibles précipitations et la hausse des températures persisteront en Afrique australe en 2016 et la crise alimentaire risque de durer jusqu’en 2017.