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29/09/2016

L’UE remet 500 millions d’euros sur la table pour le secteur laitier

Agriculture & Alimentation

L’UE remet 500 millions d’euros sur la table pour le secteur laitier

La Commission européenne a mis de nouveau la main à la poche pour tenter de soutenir le marché laitier déprimé depuis des mois et, plus généralement, un secteur agricole en crise, en débloquant lundi une nouvelle enveloppe de 500 millions d’euros.

Depuis la fin des quotas laitiers au printemps 2015, les prix du lait dans l’UE ont plongé, laissant les producteurs dans l’incapacité de couvrir leurs coûts.

Une précédente série de mesures, un premier « paquet » de 500 millions d’euros déjà, dévoilé en septembre, et complété par des mesures supplémentaires en mars, n’avait pas eu l’effet escompté ni sur la production, trop abondante, ni sur les prix, poussant producteurs et États membres à réclamer à corps et à cri une nouvelle intervention de Bruxelles.

>> Lire : L’UE tente un nouvel outil pour résoudre la crise du lait

Cette fois, « l’objectif final est d’observer une reprise des prix payés aux agriculteurs dont ils ont bien besoin, pour qu’ils puissent continuer à vivre de leur travail », a souligné le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan dans un communiqué.

« Premier arrivé, premier servi »

Le budget prévisionnel 2017 sera amendé pour prendre en compte ces nouvelles mesures.

La nouvelle enveloppe s’appuie sur deux piliers, dont les détails doivent encore être finalisés « dans les semaines à venir », a précisé la Commission.

D’un côté, avec un budget de 150 millions d’euros, l’UE va compenser financièrement les producteurs individuellement (et non au travers de coopératives ou d’organisations interprofessionnelles), pour chaque litre de lait non produit.

« C’est le principe du premier arrivé, premier servi », a précisé M. Hogan lors d’une conférence de presse. Le dépôt des dossiers ouvrira en septembre et le système sera lancé le 1er octobre.

L’objectif de la Commission est d’arriver à réduire la production de 1,4 million de tonnes (entre 11 et 14 centimes par litre de lait non produit, d’après des experts). Selon les derniers chiffres disponibles par Eurostat, l’UE a produit un peu moins de 148 millions de tonnes de lait en 2014.

La mesure restera effective tant que le budget ne sera pas épuisé, selon une source proche de la Commission.

>> Lire : En finir avec une crise laitière qui n’en finit pas

Maîtriser la production

« C’est la première fois depuis la fin des quotas laitiers qu’on se pose la question de la maîtrise de la production en cas de déséquilibre des marchés », a noté avec satisfaction Stéphane Le Foll, ministre français de l’Agriculture et partisan depuis près d’un an d’une intervention de ce type.

D’un autre côté, l’UE débloque de nouveaux fonds pour des aides à hauteur de 350 millions d’euros, mais qui seront liés à des engagements de la part des agriculteurs de ne pas augmenter leur production.

L’Allemagne recevra près de 58 millions d’euros, suivie de la France, avec un peu moins de 50 millions. Le Royaume-Uni se voit attribué un peu plus de 30 millions d’euros.

« Les producteurs français laitiers ne veulent pas que leurs aides soient conditionnées à une réduction de la production », a réagi Xavier Beulin, président de la FNSEA, estimant que la France avait fait sa part et que l’Europe du Nord devait maintenant s’y atteler.

Les États membres, qui auront la maîtrise de leur enveloppe nationale, identifieront les mesures visant à rééquilibrer les marchés agricoles. Outre le secteur du lait, ceux de la viande porcine et des fruits et légumes, affectés par l’embargo russe imposé en rétorsion des sanctions européennes liées à la crise en Ukraine, restent très fragiles.

>> Lire : La Russie prolonge l’embargo sur les denrées alimentaires européennes

Les aides pourront être complétées par les États, offrant la possibilité d’aller jusqu’à les doubler, a précisé la Commission.

Bruxelles a assorti ces nouvelles annonces de mesures non financières, comme la prolongation jusqu’à février 2017 des mesures d’intervention mises en place pour le lait en poudre, ou encore la possibilité pour les États membres de pouvoir verser en avance, dès la mi-octobre, jusqu’à 70 % des aides reçues dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC).

Le principal syndicat européen d’agriculteurs, le Copa-Cogeca, s’est dit satisfait des annonces, même s’il attend de savoir « comment tous les agriculteurs auront accès au programme sous les mêmes conditions ».

Réactions

« Je me félicite de l’octroi par la Commission européenne d’une enveloppe conséquente, en cohérence avec les demandes insistantes de la  France depuis des mois. Je tiens également à remercier l’Allemagne et la Pologne, pays avec lesquels nous avons œuvré conjointement pour définir une position commune mais aussi l’Espagne et l'Italie, ainsi que les nombreux autres Etats qui nous ont soutenus durant les discussions », a affirmé Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Porte-parole du Gouvernement.

« Il était fondamental que le dispositif proposé soit ouvert à tout producteur de l’Union européenne [...] afin de couper l’herbe sous le pied aux États récalcitrants qui ne veulent pas jouer le jeu de la solidarité européenne. Nous demandons à ce que les aides débloquées puissent être gérées par des organisations ou associations de groupement de producteurs et qu’elles incitent ces dernières à agir collectivement, afin d’assurer un retrait effectif des volumes de lait. », a déclaré Eric Andrieu, eurodéputé.

« 150 millions d’euros ont finalement été trouvés pour aider le secteur. C’est un geste mais c’est relativement insuffisant. Cette somme permettra néanmoins la réduction de la production d’un milliard de litres. Cela représente également une aide de 0,14 € par litre de lait non produit, c’est trop peu dans un secteur où de nombreux producteurs vendent à perte et doivent donc payer pour travailler », selon Marc Tarabella, eurodéputé PS, en charge de l'Agriculture au Parlement.