L’UE adopte une première définition des perturbateurs endocriniens

Pour l'instant, les critères ne s'appliquent qu'aux perturbateurs endocriniens présents dans les pesticides. [Fotokostic/Shutterstock]

Les ministres européens ont validé la proposition de la Commission pour la définition des perturbateurs endocriniens contenus dans les produits phytosanitaires, ouvrant ainsi la voie à une stratégie pour limiter l’exposition des citoyens à ces substances dangereuses.

L’UE a décidé d’interdire les perturbateurs endocriniens il y a huit ans, en 2009. Pourtant, jusqu’ici, l’interdiction n’avait pas été appliquée, tout simplement parce que les institutions ne s’étaient pas mises d’accord sur la définition de ces substances dangereuses.

Les perturbateurs endocriniens sont des composés chimiques soupçonnés d’être à l’origine de maladies comme certains cancers ou le diabète, et de favoriser le développement de syndromes tels que l’infertilité ou l’obésité en modifiant le système hormonal.

Ces substances sont présentes dans les produits de la vie de tous les jours, comme certains plastiques, les emballages alimentaires, ou encore les produits phytosanitaires, et peuvent être absorbées de différentes manières par le corps humain.

La première étape d’une adoption de critères de définition officiels pour les perturbateurs endocriniens présents dans les pesticides a finalement été franchie le 4 septembre. Le Conseil européen a en effet adopté des critères fondés sur la définition des perturbateurs endocriniens connus ou soupçonnés de l’Organisation mondiale de la santé.

Le compromis sur les perturbateurs endocriniens n’enterre pas la controverse

La gauche française accuse la France d’avoir plié face à l’Allemagne face à l’enjeu crucial de la définition des perturbateurs endocriniens.

Vytenis Andriukaitis, le commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, s’est félicité du « grand succès » que représente le vote du Conseil.

« Après des mois de discussions, nous progressons dans la voie de l’établissement du premier système réglementaire au monde qui comporte des critères juridiquement contraignants pour définir ce qu’est un perturbateur endocrinien », a-t-il déclaré. « Il s’agit là d’une avancée de taille. Une fois mis en œuvre, ce texte garantira que toute substance active utilisée dans des pesticides et reconnue comme un perturbateur endocrinien pour les humains et les animaux pourra être évaluée et retirée du marché. »

L’exécutif européen entend utiliser ces mêmes critères pour développer une stratégie complète pour limiter l’exposition des citoyens européens aux perturbateurs endocriniens. Celle-ci devrait comprendre des produits tels que les jouets, les cosmétiques et les emballages alimentaires.

Une définition limitée

Le fondement scientifique de ces critères ne fait cependant pas l’unanimité. Ainsi, Pascal Durand, eurodéputé des Verts, faisait remarquer en juillet que l’exclusion des substances soupçonnées d’avoir un effet endocrinoperturbateur de ces critères était tout à fait contraire au principe de précaution de l’UE.

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Attendu depuis des années, le texte sur la définition des perturbateurs endocriniens a été voté mardi 4 juillet par les États membres. Mais pour les écologistes et les ONG, le principe de précaution est ignoré. Une interview de notre partenaire Ouest-France.

L’eurodéputé s’était également déclaré « opposé à la dérogation accordée aux vrais perturbateurs endocriniens, ceux qui ont vocation à agir directement sur le système endocrinien des plantes ». Et pour cause : « ces molécules vont être autorisées par dérogation alors qu’elles peuvent avoir aussi un effet sur les humains ».

Comme d’autres militants et observateurs, l’élu dénonce l’influence des puissants lobbys de l’industrie agrochimique et espérait qu’un vote au Parlement force une révision de la proposition.

Le Parlement et le Conseil devront tous deux s’exprimer sur les critères proposés avant leur adoption finale par la Commission dans un mois.

Paris joue la transparence sur les perturbateurs endocriniens

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