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30/05/2016

Le verdissement de la PAC fleure bon le greenwashing

Agriculture & Alimentation

Le verdissement de la PAC fleure bon le greenwashing

En France, la monoculture de maïs c'est vert.

Crédit [TTstudio/Shutterstock]

La PAC ne s’est pas vraiment verdie depuis 2014. La  flexibilité accordée aux États membres a même parfois entraîné une réduction des dépenses environnementales. Un article de notre partenaire le JDLE.

C’est le maître mot de la Politique agricole commune version 2014-20 : « verdissement ». Après des travaux publiés fin 2015 très critiques quant au premier pilier de la PAC (soutien aux prix agricoles, subventionnement de la production), le Bureau européen de l’environnement (BEE) et BirdLife partent à la charge du deuxième pilier, consacré au développement rural. Un pilier qui, selon les ONG, paraît encore moins vert que lors de la précédente PAC, celle de 2007-13.

>> Lire : La nouvelle PAC moins verte que prévu

Selon leurs calculs, 44 % des fonds du deuxième pilier pour 2014-20 (environ 20 % du budget de la PAC) sont consacrés à la biodiversité. Or près d’un tiers de ces fonds vont aux zones à contraintes naturelles (dont celles de montagne), des subventions qui ne comportent aucune obligation environnementale et servent au contraire à l’intensification agricole, rappellent les deux ONG dans une étude publiée lundi 8 février.

Sur les 19 États membres et régions de l’UE qu’elles ont analysés, 14 ont même réduit leur financement de mesures environnementales dans le cadre du second pilier, tandis que les autres l’ont augmenté. Selon les auteurs du rapport, « la qualité des mesures [pour la biodiversité] a été surestimée dans 79 % des cas évalués. Moins de 17 % de la surface agricole de l’UE feront l’objet de contrats qui contribuent de manière significative à sa stratégie biodiversité ».

Pourtant, tous les voyants environnementaux de l’agriculture sont au rouge : effondrement de 53 % des effectifs d’oiseaux dans les champs depuis 1980, et plus de 80 % des sites Natura 2000 jugés en conditions défavorables, selon l’Agence européenne de l’environnement (AEE).

L’environnement écarté des négociations

Comment les deux associations expliquent-elles que ce verdissement ait fini en « greenwashing » ? Contactée par le JDLE, Faustine Bas-Defossez, responsable des politiques agricoles au BEE, estime que « les négociations ont été monopolisées par certains acteurs : la commission agriculture au sein du Parlement européen alors que la commission environnement aurait dû avoir un rôle prépondérant, et le conseil agriculture dans le Conseil de l’UE ».

Sous ses atours verts, la PAC 2014-20 « n’est pas cohérente avec la législation européenne » en matière environnementale, explique Faustine Bas-Defossez. Exemple, la conditionnalité des aides dans le premier pilier : « les négociations ont abouti à ce que la directive pesticides et la directive-cadre sur l’eau soient retirées », ajoute-t-elle. Résultat : « la PAC va à l’opposé du pollueur-payeur, vers un système du pollueur-payé ».

Pour les associations, pas étonnant que ce second pilier s’avère aussi branlant : le premier, sur lequel il est censé s’appuyer, ne l’était pas moins d’un point de vue écologique. Parmi ses trois mesures de « verdissement », les surfaces d’intérêt écologique (SIE), qui doivent couvrir au moins 5 % des exploitations supérieures à 15 hectares, n’en ont que le nom : du fait des flexibilités offertes aux États membres, aucun n’a décidé d’y interdire l’usage de pesticides. La France y a même inclus la monoculture de maïs, qui ouvre ainsi droit au « paiement vert ».

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