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04/12/2016

L’agriculture européenne surfe sur l’évolution des habitudes alimentaires des pays émergents

Agriculture & Alimentation

L’agriculture européenne surfe sur l’évolution des habitudes alimentaires des pays émergents

La Chine, nouveau marché important pour les produits agricoles européens.

Dans les marchés émergents, l’évolution des habitudes alimentaires de la classe moyenne devrait permettre aux exportations agricoles européennes de trouver de nouveaux débouchés, assure Marc Vanheuken, ambassadeur de l’UE auprès de l’Organisation mondiale du commerce.

Lors du Congrès des agriculteurs européens, qui se déroulait à Athènes, Marc Vanheuken, ambassadeur de l’UE auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a expliqué les efforts de l’UE pour encourager les exportations agricoles, dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC).

L’embargo russe a mis en difficulté les marchés agricoles déjà sous pression dans l’Union européenne, privant agriculteurs et coopératives de leur principal marché d’exportation du jour au lendemain. Les échanges entre la Russie et l’UE ont diminué de plus de 163,4 milliards d’euros entre 2013 et 2015.

La Commission essaie donc d’ouvrir de nouveaux marchés aux exportations européennes à moyen terme. En 2015, l’UE était le plus important exportateur mondial de produits agricoles, avec plus de 129 milliards d’euros d’exportations. La balance commerciale agricole en faveur de l’UE a atteint 16 milliards d’euros, avec une augmentation de 6% des exportations par rapport à 2014.

>> Lire : La nouvelle PAC peine à trouver de nouveaux marchés pour l’agriculture de l’UE

Modifier les habitudes de consommation

Selon les prévisions à long terme, le commerce international, et surtout les exportations, joueront un rôle de plus en plus important sur le marché agricole, a assuré l’ambassadeur européen. La demande sur le marché européen sera sans doute stable dans les prochaines années, estime-t-il, alors qu’elle devrait augmenter en Asie, en Afrique et en Amérique latine, « à cause de l’augmentation de la population, et particulièrement de la classe moyenne, dont les habitudes alimentaires sont en train de changer ».

« Les consommateurs ont de plus en plus d’exigences en termes de qualité, de sûreté et de valeur nutritionnelle de leur nourriture […] et l’Europe est bien placée pour répondre à ces exigences », a indiqué Marc Vanheuken.

Selon le diplomate, la Chine, les États-Unis et la Suisse, mais aussi de nouveaux marchés, comme l’Australie, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis ou le Vietnam, sont des pistes intéressantes pour les produits agricoles européens. « Encourager les exportations vers la Chine a été essentiel pour la relance du marché de la viande de porc européen », a-t-il commenté.

Mansel Raymond, président de la section laitière de la Copa-Cogeca, a confirmé l’intérêt de la Chine pour les produits laitiers. « La production de lait dans l’UE s’est contractée depuis juillet, et la demande pour nos produits laitiers, et avant tout de fromage, augmente de 20 à 30% depuis janvier. C’est surtout le cas en Chine, mais aussi au Japon, aux États-Unis et au Moyen-Orient », a-t-il expliqué.

>> Lire : La Russie prolonge l’embargo sur les denrées alimentaires européennes

Le spécialiste a également fait remarquer que Pékin a levé les restrictions liées au virus Schmallenberg, qui touchent les exportations de produits bovins et ovins allemands, français, britanniques et danois, et que le Japon a réautorisé les importations de bœuf danois et italien.

TTIP et indication géographique

Pour les représentants européens à l’OMC, la politique active de l’UE dans le secteur des accords de libre-échange a eu un impact positif sur les exportations ces six dernières années. Mansel Raymond estime que l’importance géopolitique des négociations avec les États-Unis sur le TTIP va bien au-delà de la croissance et de l’emploi.

« Le TTIP devrait être ambitieux, mais aussi équilibré et raisonnable », a-t-il jugé, ajoutant que le contenu de l’accord était plus important que la vitesse à laquelle la Commission parvient à finaliser le traité, qui ne devrait pas être « bâclé ».

Il souligne que le TTIP ne devrait pas être limité à une discussion sur la libéralisation des droits de douanes, mais aussi sur la suppression d’une série d’obstacles techniques sur le marché agricole américain et une meilleure protection des indications d’origine géographique européennes, très prisées aux États-Unis. « Nous ne ferons toutefois pas de compromis sur nos normes liées à la production, à la santé et à l’environnement », affirme-t-il.

Gabriela Matečná, ministre slovaque à l’Agriculture et au Développement rural, partage cette opinion, et insiste sur l’importance de trouver le bon équilibre, afin que l’agriculture ne souffre pas des accords de libre-échange. « Ainsi, les [nouveaux] marches nous offreront la possibilité de vendre nos excédents, mais nous devons nous assurer que les producteurs des pays tiers exportant vers l’UE adhèrent aux mêmes normes que les agriculteurs de l’UE », a-t-elle expliqué à EurActiv.

>> Lire : « Le numérique doit améliorer la productivité des exploitations agricoles »

Prochaines étapes

  • Novembre 2016 : Déplacement de Phil Hogan, commissaire à l’agriculture, au Vietnam et à l’Indonésie.