Le drame du suicide continue de frapper l’agriculture française

Chez les agriculteurs de plus de 45 ans, le taux de suicide est anormalement élevé. [Shutterstock]

Une nouvelle étude tire la sonnette d’alarme sur le taux de suicide chez les agriculteurs français, découragés par des revenus en chute et dépassés par les réglementations environnementales.

Il y a quelques années, une étude de l’Institut de veille sanitaire (InVS) français révélait que le taux de suicide chez les agriculteurs était 20 % plus élevé que dans la population générale. Entre 2007 et 2009, un agriculteur s’est suicidé tous les deux jours en France.

Une nouvelle étude indique qu’en 2009, les agriculteurs entre 55 et 64 ans ont un taux de suicide de 64 sur 100 000. En comparaison, le taux de suicide moyen chez les hommes français est de 19 sur 100 000, selon l’Organisation mondiale de la Santé.

Les plus touchés sont les petits exploitants, les détenteurs d’exploitation à titre individuel, et non sociétaire et les exploitants dont l’entièreté des revenus provient de l’agriculture. Ces catégories sont également celles qui sont les plus vulnérables face au risque financier et à l’isolation sociale.

Chute des revenus

30 % des membres de la Mutualité sociale agricole (MSA) ont gagné moins de 5 000 euros pour l’ensemble de l’année 2015, soit 350 euros par mois. Une hausse inquiétante par rapport aux 18 % de l’année précédente. En juin 2017, l’association annoncait craindre que « le seuil fatidique des 50 % d’agriculteurs ne soit franchi en 2016 ».

Nombre de ces exploitants en difficulté ne disposent pas de liquidités, tous leurs actifs étant investis dans les terres et les équipements agricoles. Or, la vente de ces biens n’est pas aisée, étant donné le manque d’acheteurs potentiels.

En 2016, la MSA a donc établi un plan national de prévention, afin d’éviter que les agriculteurs se sentent acculés au suicide. Ce projet inclut des mesures de prévention et des recherches pour mieux comprendre le phénomène.

Réglementations environnementales

L’étude de l’InVS liste une série de facteurs aggravants pour les agriculteurs déprimés, qui contient notamment « la modernisation du secteur, les réglementations environnementales contraignantes et le fardeau administratif ».

La politique agricole européenne tente d’encourager les agriculteurs à mettre en place des pratiques moins nuisibles à l’environnement, une tendance qui ne devrait que s’accentuer dans la PAC post-2020. Les agriculteurs se plaignent cependant de devoir supporter le fardeau de la politique environnementale sans être réellement consultés.

Hogan mise sur l’agriculture de précision dans la prochaine PAC

Phil Hogan, le commissaire à l’agriculture, a annoncé que la prochaine PAC serait « plus ambitieuse » en termes d’objectifs écologiques, en assurant la participation des agriculteurs aux projets de verdissement, via un plus grand recours aux techniques de précision.

« Les agriculteurs sont toujours dépeints comme les coupables, coupables de leurs pratiques agricoles, coupables d’utiliser certains produits, alors que sous un autre angle, ils sont en réalité les victimes », estime Véronique Le Floc’h, secrétaire générale de Coordination rurale, le deuxième syndicat agricole français.

« L’agriculture est sujette à des réglementations de l’OMC et à des prix établis au niveau mondial. Et aujourd’hui les prix sont faibles, les revenus aussi et le moral est au plus bas. En plus de cela, il y a de nouvelles décisions et réglementations qui peuvent avoir un impact sur les conditions de travail des agriculteurs et leur capacité de production », ajoute-t-elle.

Les États membres doivent s’exprimer sur le renouvellement ou non de l’autorisation de vente du glyphosate, un herbicide listé comme possiblement cancérigène par l’OMS en 2015. Les agences européennes de la sécurité alimentaire et des produits chimiques ont jugé la substance sûre, mais la France a déjà annoncé qu’elle voterait contre l’autorisation de vente. Des agriculteurs se sont rassemblés sur les Champs Elysées, à Paris, pour protester contre cette décision.

« Les conséquences financières de l’interdiction du glyphosate s’élèveront à un ou deux milliards d’euros, affectant particulièrement la culture céréalière et les vignobles », assure Véronique Le Floc’h. « Aujourd’hui, étant donné l’absence d’alternative, il est clair que nous devons nous opposer à cette décision, sachant que dans le contexte économique actuel, les agriculteurs n’abuseront pas du glyphosate. »