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27/09/2016

La nouvelle PAC peine à trouver de nouveaux marchés pour l’agriculture de l’UE

Agriculture & Alimentation

La nouvelle PAC peine à trouver de nouveaux marchés pour l’agriculture de l’UE

Le commissaire de l’agriculture, Phil Hogan, a lancé une « campagne diplomatique » pour btrouver de nouveaux débouchés à une agriculture européenne à la peine.

[European Commission]

Le commissaire de l’agriculture, Phil Hogan, a lancé une « campagne diplomatique » pour trouver de nouveaux marchés pour les produits européens. L’exécutif doit relever d’importants défis, étant donnés la complexité du commerce extérieur et le déséquilibre du marché intérieur.

Sévèrement affecté par l’embargo russe et le ralentissement de la demande chinoise sur les deux dernières années, le marché agricole européen connaît une situation difficile.

La Commission européenne tente de trouver de nouveaux marchés pour les produits agricoles européens, mais elle doit également stabiliser le marché intérieur, qui souffre d’une chute sensible des prix.

Avec l’embargo russe, la pression est énorme sur les marchés agricoles, déjà en difficultés, de l’UE. Le commerce entre la Russie et l’UE a baissé de plus 163,4 milliards d’euros entre 2013 et 2015 et les agriculteurs européens, ainsi que les coopératives agricoles, ont perdu leur marché principal, équivalant à 5,5 milliards d’euros.

>> Lire : La Russie prolonge l’embargo sur les denrées alimentaires européennes

La nouvelle Politique Agricole Commune (PAC) pour 2014-2020 fait donc face à un double défi : stabiliser les marchés agricoles européens sur le court terme et, parallèlement, trouver de nouvelles possibilités d’exportations pour le moyen terme.

Des initiatives diplomatiques

Le commissaire à l’agriculture, Phil Hogan, a déjà tenté de conclure différents accords commerciaux avec des pays en dehors de l’Europe pour stimuler les exportations du bloc. En février, il s’est rendu en Colombie et au Mexique. En avril, il s’est ensuite rendu en Chine et au Japon. Le commissaire prévoit ensuite de se rendre en Indonésie et au Vietnam cet automne.

Des visites supplémentaires seraient « sérieusement envisagées » pour l’année prochaine.

« Une délégation de représentants des entreprises agroalimentaires européennes m’a accompagné dans chaque mission […] pour rencontrer leurs collègues et commencer à établir des relations qui encourageront le commerce », a expliqué récemment Phil Hogan lors du discours qu’il a tenu de la Conférence de l’Association des agriculteurs allemands à Hanovre.

Selon lui, la philosophie européenne, orientée vers l’exportation, a nettement contribué à promouvoir les produits du bloc. Les exportations agroalimentaires équivalent actuellement 120 milliards d’euros annuellement, plaçant l’UE en tête des ventes mondiales de denrées alimentaires.

Les cinq pays dans lesquels les exportations des 28 ont le plus de succès sont les États-Unis, la Chine, la Suisse, la Russie et le Japon.

Selon un rapport de l’UE, les États-Unis s’imposent clairement comme le plus grand partenaire commercial du bloc, représentant 15 % du total des exportations et de la croissance. En 2015, les ventes aux États-Unis ont encore augmenté de 19 %. Cependant, la croissance l’augmentation la plus fulgurante a été enregistrée en Chine (+39 %).

Alors qu’en 2014, la croissance semblait se stabiliser, avec une augmentation de 2 % seulement, les exportations en 2015 ont connu une montée en flèche. En effet, leur valeur a augmenté de 3 milliards d’euros, atteignant ainsi les 10 milliards.

Toutefois, les agriculteurs européens affirment que la PAC actuelle n’est pas suffisante pour faire face à la crise actuelle sur les marchés agricoles.

La PAC n’est « pas efficace »

L’association paneuropéenne des agriculteurs Copa-Cogeca a affirmé que la recherche de nouveaux marchés était certes une priorité, mais elle « prend du temps ».

Le secrétaire général de la Copa-Cogeca, Pekka Pesonen, a souligné que, malgré l’augmentation de 5,7 % des exportations agricoles européennes en 2015, les agriculteurs devraient bénéficier davantage de ce profit. « La présidence slovaque a présenté le renforcement de la position des agriculteurs dans la chaîne alimentaire comme une priorité », a-t-il ajouté.

Il a d’ailleurs fait remarquer qu’il était nécessaire d’établir des contrats écrits entre les producteurs, les transformateurs et les vendeurs pour garantir un prix équitable aux agriculteurs pour leur production et un paiement dans les temps.

Pekka Personen a également déclaré que les agriculteurs européens avaient besoin d’un cadre réglementaire à l’échelle européenne pour que les opérateurs soient sanctionnés s’ils ne respectent pas la loi.

>> Lire : Les jeunes agriculteurs reprochent à la PAC de favoriser les plus vieux

« Nous avons déjà initié les discussions pour la PAC post-2020 pour nous assurer que le secteur agricole s’améliorera à l’avenir et sera en mesure de répondre aux crises. L’actuelle PAC n’a pas les outils suffisants pour le garantir. Nous devons développer les outils pour aider les agriculteurs à mieux gérer les risques de marchés de plus en plus volatils », a expliqué le secrétaire général.

Le Sud est plus « intéressé »  

Outre l’« encouragement diplomatique », la Commission a également lancé une campagne promotionnelle pour les produits européens, avec environ 111 millions d’euros mis à disposition dans le budget 2016.

L’idée est de stimuler la compétitivité du secteur agroalimentaire au sein de l’UE et d’encourager la croissance des aliments européens de qualité à l’échelle mondiale, dans la mesure où près de 70 % du budget est prévu pour les pays tiers.

L’Agence exécutive pour les consommateurs, la santé, l’agriculture et l’alimentation (CHAFEA) doit approuver et mettre en application les propositions. Les résultats devraient être publiés fin septembre.

Le nombre de soumissions serait largement plus important que le budget disponible. Environ 228 propositions ont déjà été soumises par 25 États membres. L’Europe méridionale se montre la plus intéressée.

L’Italie et la Grèce ont respectivement fait 45 et 41 propositions. La France en a 27. La Suède, le Luxembourg et Malte n’en ont pas soumis et l’Allemagne en fait très peu, malgré la taille de son marché.

« Malheureusement, l’Allemagne s’est montrée réticente, avec seulement trois propositions à l’heure actuelle. Elle avait déjà un programme très modeste pendant le régime précédent », a déploré Phil Hogan.

La crise laitière et la demande mondiale

L’abolition des quotas de production en avril 2015, associée à l’embargo russe et la baisse de la demande chinoise ont provoqué une chute des prix sur les produits laitiers.

Le 18 juillet, la Commission a annoncé l’adoption d’un nouveau paquet d’aide, d’une valeur de 500 millions d’euros, pour résoudre la crise inédite dans les secteurs des produits laitiers et de l’élevage au sein de l’UE. Le paquet se concentre plus sur l’approvisionnement en proposant des compensations aux agriculteurs pour la réduction des volumes de production.

>> Lire : L’UE remet 500 millions d’euros sur la table pour le secteur laitier

« Malgré l’engagement de trouver de nouveaux marchés et des données encourageantes, les possibilités pour augmenter la demande sont limitées. Il faut donc une plus grande focalisation sur l’approvisionnement », a maintenu Phil Hogan, rappelant que les dernières informations disponibles sur les prix fournies par l’observatoire du marché du lait montraient qu’en juin, le prix moyen du lait était toujours très bas (27,4 c/kg).

Le représentant agricole de l’UE a également cité les experts de l’observatoire pour montrer que les marchés fondamentaux n’ont pas réellement changé et qu’il est encore nécessaire de rééquilibrer l’offre et la demande.

L’exécutif a exclu la réintroduction de quotas sur le lait, même temporairement dans la mesure où ce n’est « pas une option, d’un point de vue politique, et impossible d’un point de vue légal ».

Des débats houleux en Allemagne

À Berlin, la politique agricole est dominée par la crise du lait depuis des mois. Les prix sont au plus bas et de plus en plus d’agriculteurs craignent de ne plus pouvoir vivre de leurs revenus. En avril, le prix moyen de la production de lait en Allemagne de 25,28 centimes, ce qui couvre moins des deux tiers des coûts de production qui équivalent plus de 44,60 centimes par kilogramme de lait.

Cependant, le ministre de l’Agriculture Christian Schmidt partage la vision de Phil Hogan concernant l’impossibilité de rétablir les quotas sur le lait. Il pense en effet que si les agriculteurs ne réduisent pas la production du lait volontairement, ils ne devraient pas demander de l’aide financière de la part de l’UE. Cependant, de nombreux agriculteurs allemands ont critiqué ce rapprochement entre le versement des aides européennes et la crise du lait, et appellent le gouvernement à leur distribuer directement le paquet d’aide approuvé par le Conseil « Agriculture et pêche ».