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27/09/2016

Les agriculteurs espagnols misent sur la PAC pour gagner en compétitivité

Agriculture & Alimentation

Les agriculteurs espagnols misent sur la PAC pour gagner en compétitivité

La réduction des procédures administratives et le renforcement des mesures environnementales sont en bonne route dans la nouvelle PAC. Mais pour rendre profitable et durable l’agriculture européenne, elle devra être réformée.

Selon les agriculteurs espagnols, la nouvelle Politique agricole commune (PAC) représente un défi important : il faut à la fois fournir un cadre plus efficace et plus dynamique aux agriculteurs pour qu’ils puissent mieux gérer le marché et faire face aux crises comme l’embargo russe et la fin des quotas sur le lait. La nouvelle PAC pourrait également être un bon outil pour gérer la volatilité des prix et augmenter la compétitivité du secteur agroalimentaire de l’UE, ont-ils souligné.

Le poids administratif

La simplification de l’administration et de la bureaucratie sont des sujets majeurs de la nouvelle PAC. En réduisant les démarches administratives, les agriculteurs pourraient se conformer plus facilement aux exigences de « verdissement » de la PAC, ainsi qu’aux nouvelles normes des accords commerciaux entre l’UE et les pays tiers pour optimiser le modèle de production européen.

Les agriculteurs espagnols pensent que la PAC pourrait également aider à pénétrer de nouveaux marchés et contribuer à la procédure de recalibrage du secteur alimentaire pour le rendre plus compétitif.

Les réformes structurelles et les coopératives au premier plan

Gabriel Trenzado, directeur des relations internationales de Cooperativas Agro-Alimentarias (coopératives agroalimentaires) a confié à EurActiv qu’un « débat ouvert » serait lancé sur les besoins de l’UE en termes d’outils sur le marché local pour mieux maîtriser la volatilité des prix.

>> Lire : L’UE confrontée à une volatilité durable des marchés agricoles

« Nous pensons que la PAC devrait se concentrer sur les réformes structurelles », a-t-il expliqué, ajoutant que l’objectif serait de concentrer le secteur. « Le secteur agricole devrait être plus équilibré pour qu’il soit rentable », a-t-il souligné.

Selon le directeur des relations internationales, il est important d’établir un environnement stable d’ici 2020. Une simplification administrative, mais pas politique, de la PAC serait également nécessaire.

« Cependant, la réduction des démarches administratives ne doit pas devenir un prétexte pour mettre en oeuvre un réforme prématurée », a-t-il averti, revendiquant que l’UE devrait chercher des nouveaux marchés et construire un « accord significatif pour le secteur agricole ».

Il a précisé qu’il serait essentiel d’encourager la concentration et l’organisation économique du secteur de la production.  Pour que cette initiative fonctionne, il met cependant en évidence le rôle crucial des coopératives. Or, en Espagne, celles-ci ont actuellement un problème structurel majeur. Si elles sont assez importantes, elles ont des chances de faire face à la compétition sur les marchés, mais les coopératives plus petites se heurtent à de nombreux obstacles.

Ignacio López, directeur des relations internationales de l’association des jeunes agriculteurs (ASAJA) a expliqué que les deux défis importants à venir seraient de « se concentrer sur le secteur de la production pour qu’il soit plus rentable et visible dans la chaîne agroalimentaire et lutter contre la volatilité du marché ».

« L’UE n’était pas prête »

Il souligne d’ailleurs que l’embargo russe avait révélé « l’énorme dépendance » de l’UE aux fluctuations du marché. « Il est crucial que la PAC prévoit des mécanismes de régulation du marché et des profits en cas de crise inattendue », a-t-il renchéri. « La libéralisation et la dérégularisation des procédures sur les marchés ont eu un impact important, mais l’UE n’était pas en mesure de répondre rapidement et de façon adéquate. »

Le secteur agricole espagnol est parvenu à remplir les conditions de verdissement de la PAC avec succès, toutefois, selon Ignacio López, il est possible d’en faire plus en simplifiant les mesures. Ce serait seulement « un ajustement, et non une réforme ».

>> Lire : L’UE doit réfléchir à la PAC de demain

Une régulation des marchés et des subventions

Miguel Blanco, le secrétaire général de la COAG, qui représente de nombreuses associations d’agriculteurs en Espagne, a insisté sur le fait que les PAC actuelle et à venir devraient se concentrer sur les mesures de régulation du marché.

« La PAC devrait reprendre des politiques qui définissent de nouveaux critères de qualité et de sécurité alimentaire, ainsi que la protection de l’environnement », a-t-il estimé, précisant qu’une politique de subvention sans régulation des marchés ne pourrait être qu’une « solution temporaire ».

Pour la COAG, la bureaucratie de la PAC 2014-2020 est particulièrement contraignante. Ainsi, la réduction des démarches administratives représente la clé pour « simplifier la gestion du contrôle et des exigences des agriculteurs ».

« Le verdissement devrait être révisé »

L’union des petits agriculteurs et éleveurs espagnols (Unión de Pequeños Agricultores y Ganaderos, UPA) estime que les conditions actuelles de verdissement devraient être revues, dans la mesure où elles ne correspondent pas à la situation de l’Espagne concernant la jachère, les proportions ou la diversification.

>> Lire : La nouvelle PAC moins verte que prévu

« Il serait pertinent de réviser les limites pour les mesures de « soutien couplé », car elles représentent un outil idéal pour faire face aux crises locales », a déclaré un porte-parole de l’UPA. Le porte-parole de l’UPA a également souligné que l’embargo russe avait mis en évidence l’importance de l’ouverture de nouveaux marchés pour l’UE et a dévoilé la faiblesse et la vulnérabilité du secteur agricole européen face aux décisions politiques extérieures.