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29/09/2016

Annick Girardin : « Les ODD sont la réponse aux causes des migrations »

Aide au développement

Annick Girardin : « Les ODD sont la réponse aux causes des migrations »

Annick Girardin [fred de la mure / MAEDI]

Les dirigeants internationaux se retrouvent cette semaine à New-York pour adopter le programme de développement durable post-2015. Un cadre qui doit répondre aux causes profondes de la crise migratoire  dans les pays d’origine, selon la secrétaire d’Etat française au Développement. 

Annick Girardin est secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie. 

Les dirigeants mondiaux vont adopter à New York de nouveaux objectifs de développement durable (ODD). Ils font suite aux objectifs millénaire pour le développement (OMD). Quel bilan faites-vous des OMD ?

Les OMD sont une réussite. Concrètement, six des huit objectifs du millénaire pour le développement ont été atteints. Premier exemple, le plus important sans doute, c’est de réduire de moitié la pauvreté.

En 2010, un milliard de personnes étaient ainsi sorties de l’extrême pauvreté. Je crois que c’est important de rappeler cette donnée. Sur l’objectif de l’éducation pour tous, nous avons atteint un taux de 91 % de scolarisation au primaire dans les pays en développement. Sur le plan de l’égalité des sexes, nous avons observé un doublement du nombre de femmes dans les parlements. Nous avons aussi avancé sur la mortalité infantile, qui a baissé de moitié en 25 ans.

Pour la santé, nous avons vu une diminution de 40 % des infections par VIH et 58 % de la mortalité due au paludisme. Tous les résultats, tous les indicateurs montrent que le monde d’aujourd’hui va mieux que le monde d’hier.

Pour la santé, le bilan est positif, mais pour l’état de la planète…

Effectivement, l’environnement est un véritable échec. L’année 2015 et les nouveaux ODD devront le corriger. On n’a en effet jamais atteint l’objectif de réduction de plus de 50 % des émissions de carbone qui était déjà dans la feuille de route des OMD. Ensuite, l’objectif d’attribuer 0,7% du RNB des pays donateurs à l’aide au développement n’a pas non plus été atteint, puisque l’aide au développement est en diminution.

Justement, la France fait partie des pays donateurs qui n’ont pas atteint cet objectif de 0,7%. Est-ce qu’un effort supplémentaire va être fait ?

La France va faire un certain nombre d’annonces à l’occasion du sommet de New York à la fois en matière d’aide au développement et en matière de climat. La France s’est réengagée lors de la conférence sur le financement du développement d’Addis-Abeba sur les 0,7% et va définir une trajectoire qui va l’emmener vers cet objectif.

C’est pour ça que le président de la République et le premier ministre ont annoncé – pour donner des moyens à notre action – que l’Agence française de développement sera adossée à la Caisse des Dépôts et des consignations (CDC) de manière à pouvoir dont un nouvel élan à la lutte contre le dérèglement climatique et à la lutte contre la pauvreté.

Nous travaillions aussi à la mise en place de la Taxe sur les transactions financières au niveau européen, qui sera un levier important de financement pour les questions de santé et de climat.

La France, comme tous les pays européens, a également rappelé son engagement en faveur des 0,2 % du RNB dédié aux pays les plus vulnérables. Malgré le bilan positif des OMD, les plus pauvres sont sans doute aujourd’hui ceux qui ont évolué le moins. Nous avons souvent eu de très bons résultats dans les pays émergents.

Les nouveaux objectifs de développement durable à New York, une fois adoptés à New York, devront entrer en vigueur le 1er janvier 2016. Sont-ils soutenus par les Français ?

La question pour moi c’est : comment les citoyens vont se saisir de ces objectifs de développement durable ? Comment développer aujourd’hui des outils pédagogiques qui permettront de les enseigner, de dire aux jeunes qu’ils existent, qu’ils sont universaux, et que chaque pays doit se les appliquer.

On voit dans le résultat de l’enquête réalisée auprès des Français par l’Agence française de développement qu’ils sont entre 67% (sur les questions de solidarité) et 85 % (sur les questions d’environnement) à estimer qu’il nous faut être plus solidaire sur les questions de pauvreté et plus responsables sur les questions de dérèglement climatique.

Nous allons passer d’un cadre de 8 objectifs à un cadre en comprenant 17. Comment ces nouveaux objectifs vont-ils être mesurés ?

Il est vrai que certains pays considèrent que 17 objectifs, c’était beaucoup. Mais il nous fallait y retrouver tous les éléments d’un monde plus juste et plus équitable.

Il faut maintenant que nous puissions en préciser les indicateurs, les mesures afin d’en assurer l’évaluation. Là, nous avons encore un travail à mener.

En France, les ONG ont souhaité que nous puissions travailler avec elles sur ces questions, pour que la France fasse un certain nombre de propositions, et c’est ce que nous nous sommes engagés à faire.

Ces ambitions doivent maintenant être financées pour les années à venir, et la facture estimée s’élève à 3 000 milliards de dollars par an. Comment la communauté internationale va-t-elle assurer les moyens de financement colossaux qui sont nécessaires ?

La conférence sur le financement du développement qui s’est tenue à Addis-Abeba en juillet dernier a été un succès. Dans ce cadre, les États, à travers l’aide publique au développement, continueront à soutenir l’aide au développement, mais la responsabilité du financement est partagée. Donc il n’y aura pas que les États du nord, mais aussi les États du Sud qui devront aussi mobiliser leurs ressources nationales. Il nous faudra aussi lutter contre l’évasion fiscale et aider les pays du Sud à mettre en place des systèmes fiscaux.

Il s’agit ensuite d’une responsabilité et d’une solidarité qui doit s’exprimer au travers des entreprises. Au travers des banques de développement, au travers de l’ensemble des partenaires qui peuvent intervenir sur ces questions. Je pense par exemple aux collectivités territoriales.

Changer d’échelle, pour arriver aux alentours des 3 000 milliards par an, n’est possible qu’à partir du moment où nous luttons tous ensemble. Je le répète, la responsabilité est partagée, au Nord comme au Sud, elle est partagée avec tous les acteurs des territoires.

Après, comme le calendrier des ODD va croiser les décisions et les financements de Paris Climat en décembre prochain, l’effort sera démultiplié. Il y aura à la fois le soutien aux pays en développement à travers les 0,7 % et à la fois les financements climat et, au travers de l’adaptation, c’est-à-dire la manière dont les pays en développement vont pouvoir s’adapter au changement climatique.

La crise des réfugiés a mis en lumière la question de l’efficacité des politiques d’aide au développement envers les pays d’origine des migrants. Comment répondre à cette urgence ?

La question est, au-delà du volet sécuritaire et de l’accueil en France des réfugiés, d’aider sur le long terme les pays d’origine de ces migrants. Les migrations sont presque toujours subies. 80% des migrants viennent du Sud et vont vers le Sud et il nous faut aider tous ces pays qui accueillent des migrants.

Le Niger par exemple est un pays de tous les défis. Le Sahel est une zone géographique qui est la plus touchée par la désertification, mais aussi par les problèmes d’inondations, les plus touchés par les problèmes de terrorisme, par la démographie. Il faut que l’on soit à la hauteur et que l’on cible nos actions sur ces pays dans les années à venir.

Le fonds fiduciaire européen, dont la création a été annoncée par Jean-Claude Juncker, qui serait abondé d’1,8 milliard d’euros aura comme priorité de répondre aux besoins de développement des pays d’origine, c’est-à-dire les pays du Sahel.

Ce fonds sera fléché sur une quinzaine de projets spécifiques et qui seront annoncés à Malte lors du sommet Union européenne – Union africaine en novembre. Pourquoi un fonds fiduciaire ? Pour décaisser très vite, car l’Europe est souvent critiquée pour son absence de réactivité. Ce fonds fiduciaire permettra de dire que nous avons pris conscience de l’urgence, mais aussi du besoin de long terme.

Les objectifs de développement durable ne mettent pas en avant les enjeux de la crise des réfugiés. Comment ce sujet va-t-il être abordé à New York ?

Il y aura évidemment un questionnement et l’on retrouvera ce sujet dans l’ensemble des discours des chefs de gouvernements présents. Mais les migrations sont des conséquences. Les causes de ces migrations sont les 17 ODD. Les ODD sont les réponses aux causes des migrations.   Il n’y a pas un problème de migrants, il y a des pays en guerre et des pays en développement ou les menaces de perte de vie  – provoquées par la guerre ou la famine – qui poussent à la migration. Il faut donc repartir de ces objectifs de développement durable qui sont la solution, ou du moins la condition d’une migration. La migration en elle-même n’est pas néfaste. 

Plus d'information

Plus de 150 dirigeants mondiaux sont attendus pour assister au Sommet des Nations Unies sur le développement durable. qui aura lieu du 25 au 27 septembre au Siège de l’ONU à New York afin d’adopter officiellement un nouveau programme de développement durable.