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28/09/2016

Banque mondiale: « L’Afrique va profiter de la reprise de la zone euro »

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Banque mondiale: « L’Afrique va profiter de la reprise de la zone euro »

Une mine de cuivre en Ouganda. Les découvertes de mines de cuivre dans ce pays d'Afrique ont doublé le déficit des échanges courants.

[Caligula01/Flickr]

La Banque mondiale a publié ses perspectives économiques mondiales, prévoyant une croissance modeste de 2,9 %, suite à un 2,4 % bien en deçà des attentes l’année dernière. Les prévisions pour l’Afrique sont nuancées.

Franziska Ohnsorge est l’économiste en charge du rapport de la Banque mondiale.

Le rapport sur les prévisions économiques de la Banque mondiale est peu optimiste pour 2016, est-ce parce que 2015 était une si mauvaise année ?

2015 était une mauvaise année. Elle n’était pas seulement mauvaise, elle était historiquement mauvaise, exceptionnellement mauvaise et on ne s’y attendait pas. Elle était pire que 2008-2009, qui sont pourtant les années de récession mondiale, et pire que 2012, où le commerce était au plus bas. Depuis 1980, nous suivons le prix de 50 matières premières. L’année dernière, le prix de 42 d’entre elles a chuté. À la fois dans les domaines de l’énergie, des métaux, et de l’agriculture. C’est sans précédent. L’Amérique latine aussi a été frappée. L’Afrique n’est pas la seule.

La chute des prix des matières premières, qui a touché de nombreux pays, est une chose, la faiblesse des échanges en est une autre. Cette année, le commerce était très faible. Les flux de capitaux n’ont jamais été aussi rares depuis le début de la crise. L’environnement extérieur était difficile, et des problèmes nationaux dans plusieurs pays [d’Afrique] n’ont pas facilité la tâche. Nombreux sont ceux qui ont dû interrompre leur production à cause de difficultés sur le marché de l’électricité. Parfois, les élections dans certains pays n’ont fait que rajouter de l’incertitude politique.

Évidemment, la question suivante est donc : pourquoi êtes-vous confiante pour 2016 ?

Plusieurs signaux forts montrent que 2016 sera meilleure. Le premier est que la reprise des pays avancés est relancée et se passe comme prévu. Ceux-ci devraient donc connaître une croissance de 2,1 % au lieu de 1,7 %. Le deuxième signal est que nous pensons qu’il n’y aura pas de perturbation du secteur financier, ou en tout cas pas de perturbation durable. Le troisième est que la croissance chinoise continue de ralentir très progressivement. Sur ce point, pas de surprise. Enfin, le quatrième signal, particulièrement important pour l’Afrique, est que les prix des matières premières se stabilisent.

L’effondrement de la bourse chinoise, et même sa fermeture temporaire, n’écarte-t-il pas déjà une de ces hypothèses ?

La bourse chinoise est volatile, en effet, mais elle n’est pas profondément enracinée dans l’économie réelle. L’année dernière, les autorités sont intervenues et l’impact sur l’économie réelle a été très limité. Nous pensons donc que notre hypothèse est valide. Il existe un risque, mais notre prévision de 6,7 % de croissance pour la Chine semble être crédible.

Je voulais aborder le sous-titre du rapport, qui est « Spillovers Amid Weak Growth » [conséquences d’une croissance anémique]. Qu’a voulu dire la Banque mondiale ?

C’est autour de ce point central que tourne l’analyse du rapport. Les retombées de la chute des marchés émergents constituent le risque principal. Le risque majeur pour la croissance mondiale est que plusieurs marchés émergents ralentissent au même moment.

Ces marchés sont le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. De ces cinq économies, seule l’indienne continue de croitre comme prévu. L’Afrique du Sud, la Russie et la Chine ralentissent depuis la troisième année consécutive, ce qui est tout à fait exceptionnel. Quant au Brésil, le pays a plongé dans une récession profonde. C’est très inquiétant.

Nous nous inquiétons des débordements, de l’effet domino d’une croissance atone dans le BRICS sur d’autres pays. Cela pourrait faire dérailler la croissance, le risque est de plus en plus élevé.

Est-ce le message à retenir de ce rapport ?

Oui, le risque est qu’un ralentissement de 1 % dans les BRICS diminue de 0,4 % la croissance mondiale ces deux prochaines années.

Parlons de l’Afrique subsaharienne. Quelles sont les perspectives pour cette région ?

La région devrait se relever. Nous nous sommes appuyés sur deux grandes idées. Le marché de l’exportation africain est en réalité très varié. La Chine est grande, mais l’Europe est encore plus grande, donc l’Afrique va profiter de la reprise de la zone euro. Grâce à cela, la chute des prix des produits de base va se stabiliser. Pour l’instant ils ne remontent pas, mais la croissance mondiale va repartir doucement.

Nous pensons aussi que les pénuries d’électricité disparaitront progressivement, du moins au Nigeria, au Ghana et en Afrique du Sud, car les gouvernements agissent.

Quels pourraient être les réussites et les échecs en Afrique en 2016 ?

Nous sommes inquiets vis-à-vis des exportateurs de produits de base. Nous pensons qu’avec la rigueur budgétaire de 2015, les pics de taux d’intérêt, et les contrôles sur les capitaux au Nigeria, la pression à relâcher sera forte. Nous avons peut-être tort. Peut-être une autre année de resserrement budgétaire sera-elle nécessaire.

À l’inverse, le marché des importations des matières premières devrait croitre. Le taux de croissance le plus élevé est attendu en Éthiopie, à plus de 10 %, principalement grâce à l’investissement public. Le Kenya est un autre pays où la croissance est soutenue.

Une bonne chose dans ces pays en développement est que nombreux d’entre eux ont découvert de grandes ressources. Cela peut ajouter 6 % au PIB, en moyenne. C’est énorme. Le problème est que cela survient en même temps qu’un essor dans les investissements.

>> Lire : La Commission prêche la financiarisation du développement

Dans le rapport, nous analysons 46 pays qui ont découvert des mines de cuivre ou d’or. La Tanzanie, le Mozambique, l’Ouganda et la Guinée ont par exemple fait de grandes découvertes. Durant les 15 ans qui séparent la découverte et la production, les investissements se multiplient et la vulnérabilité macro-économique augmente.

Plus le délai de mise en œuvre est long, plus l’économie est vulnérable, et la chute des prix des matières premières risque encore davantage de prolonger ce délai.

Les problèmes les plus graves sont la corruption, et la qualité de la gouvernance.