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23/08/2016

Chantal Jouanno : « les divergences sur la gouvernance bloquent le Fonds vert »

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Chantal Jouanno : « les divergences sur la gouvernance bloquent le Fonds vert »

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[Chantal Jouanno/Flickr]

Le Fonds vert pour le climat, qui doit rassembler 100 milliards de dollars d’ici à 2020 afin de soutenir les pays en développement face au changement climatique, n’en a pour l’instant que 10. Les désaccords sur sa gouvernance bloquent le démarrage de démarrage des projets. 

Chantal Jouanno est sénatrice (UDI) et membre de la commission du développement durable. Elle a présidé l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (2008-2009) et a occupé le poste de secrétaire d’État chargée de l’Écologie (2010-2011) de Nicolas Sarkozy. 

Le Fonds vert pour le climat annoncé en 2009 doit être une des pierres angulaires de la réussite d’un accord international sur le climat en décembre à Paris. Est-il en bonne voie ?

Le Fonds vert pour le climat, qui a été la grande réussite de la conférence de Copenhague en 2009 avait l’ambition de concentrer 100 milliards de dollars d’ici 5 ans, c’est-à-dire en 2020. Pour l’instant, nous restons très loin du compte. Avec une première capitalisation de 10 milliards de dollars, nous ne sommes pas crédibles face aux enjeux du réchauffement climatique. Et on ne voit pas d’évolution.

Plusieurs pays ont déjà participé à la première capitalisation du Fonds vert. Quels sont les obstacles pour que d’autres sources de financement viennent abonder le fonds ?

L’idée était d’avoir un fond qui pouvant accueillir, outre les financements publics, des financements privés et des financements innovants, afin d’atteindre les 100 milliards de dollars. Les financements publics n’ont jamais eu pour vocation de financer l’intégralité des engagements. À Copenhague, il y avait un discours véritablement favorable au développement des financements innovants, comme la taxe sur les transactions financières, notamment de la part de l’Europe.

Mais aujourd’hui il n’y a pas d’avancées. On constate même une certaine régression sur le front des financements innovants, qui provoquent en plus une certaine méfiance de la part des pays en développement. Ils craignent en effet de devoir au final mettre la main à la poche.

Par ailleurs, comme il y a une absence totale de visibilité sur le fonctionnement et sur les objectifs de ce fond, le secteur privé ne s’engage pas !

Les objectifs du Fonds vert pour le climat étaient pourtant clairement définis…

L’objectif du Fonds vert était de financer en priorité les projets d’atténuation au réchauffement climatique dans les pays en développement. Maintenant, le discours tend de plus en plus à orienter ces financements vers des projets d’adaptation ! Nous devons absolument donner la priorité à l’objectif d’atténuation afin que les pays qui en ont le plus besoin, comme les pays africains, en profitent en priorité. Car même avec 100 milliards de dollars, le Fonds vert ne peut pas faire face au défi de l’adaptation, bien plus coûteux.

La gouvernance de ce fonds, qui devait normalement être partagée entre les pays développés et en développement, pose également problème. Pourquoi ?

La gouvernance du fonds vert pour le climat divise clairement les parties en présence. Les divisions se cristallisent sur le débat « ancestral » des négociations climatiques, celui de la responsabilité commune mais différenciée des différents pays. Même si la notion de responsabilité commune mais différenciée est définie dans le cadre des négociations climatique, chacun l’interprète à sa manière.

Deux optiques s’affrontent : celle d’un fonds multilatéral, qui serait dirigé par des représentants indépendants issus de pays en voie de développement et des pays développés, responsables à parts égales de la sélection des projets, et celle de certains pays en développement, principalement africains, qui souhaitent avoir un « droit de tirage »  national sur le Fonds vert, c’est-à-dire décider unilatéralement des projets à financer.

À Lima, j’ai été frappée par la violence des discours des pays africains sur cette question de gouvernance, même s’ils ont raison sur la question de la responsabilité du changement climatique des pays développés

Ce blocage politique sur la gouvernance bloque malheureusement la mise en œuvre du Fonds vert.