EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

28/08/2016

« Les États ne peuvent atteindre leurs objectifs climat sans les collectivités territoriales »

Aide au développement

« Les États ne peuvent atteindre leurs objectifs climat sans les collectivités territoriales »

Frédéric Vallier est Secrétaire général du Conseil des Communes et Régions d'Europe (CCRE)

[Flickr]

Les collectivités européennes veulent dépasser les objectifs européens en matière de réduction d’émissions explique Frédéric Vallier du Conseil des Communes et Régions d’Europe, à l’occasion du Sommet Territoires et Climat, à Lyon.

Frédéric Vallier est Secrétaire général du Conseil des Communes et Régions d’Europe (CCRE).

Ce sommet Climat et Territoires met à l’honneur les actions des collectivités locales dans la lutte contre le changement climatique. Qu’en attendez-vous?

C’est une opération qui vient de loin. Nous avons initié cette implication des collectivités locales dans la lutte contre le changement climatique il y a dix ans. À ce moment, les collectivités ne voyaient pas bien comment participer à ces négociations mondiales alors que tout le monde avait conscience qu’elles faisaient pourtant partie intégrante de la solution.

Nous avons vu une fenêtre d’opportunité pour que les collectivités locales se positionnent comme mandataires de la parole publique, afin que les décisions internationales puissent se prendre en lien avec les possibilités et des capacités des territoires et en particulier des collectivités.

Quand on voit le résultat 10 ans après, il y a 1400 personnes qui participent à ce sommet Territoires et Climat qui est inscrit dans la perspective de la COP 21 et dont l’action est pleinement reconnue par le gouvernement français et les Nations unies.

Le processus des négociations climatiques internationales se déroule entre États. Comment les collectivités locales peuvent-elles s’inscrire dans ce cadre ?

Le sommet de New York organisé par Ban ki moon en décembre dernier a été un premier pas vers la reconnaissance du rôle des collectivités au sein des négociations internationales. Le secrétaire général des Nations unies les avait alors appelées à se mobiliser pour la COP 21.

Le sommet Climat et territoires est une réponse à cette demande, pour voir à la fois comment nous pouvons peser sur les négociations de la COP, sur l’accord final, engager nos territoires à peser sur leurs gouvernements pour qu’ils acceptent un accord global et en même temps comme apporteur de solution en faveur de l’adaptation et de l’atténuation au changement climatique.

Il y aura un texte final signé à l’issu du sommet, et c’est la première fois qu’un tel texte sera signé par autant de signataires des collectivités territoriales et ONG. Il faut que cet accord pèse sur les négociations.

Car quand un État établit un objectif sur le climat, nous on sait qu’il ne peut pas être atteint sans l’implication des collectivités territoriales.

Quelles sont les actions en faveur du climat déjà mises en place par les villes et les régions européennes ?

On n’est pas tout à fait dans le même niveau d’engagement que nos collègues d’autres continents, car les villes et les régions d’Europe sont engagées depuis longtemps pour le climat, avec le soutien de l’Union européenne.

Il y a un instrument majeur au sein de l’Union européenne : celui de la convention des maires, qui rassemble 6500 villes en Europe (dont 440 villes françaises) autour d’un engagement qui va au-delà même des objectifs de l’Union européenne en matière de réduction des émissions de CO2. Cette convention des maires a été lancée en 2008 par les réseaux de collectivités en Europe, dont le CCRE.

L’objectif c’est que les maires s’engagent sur des objectifs plus ambitieux que l’UE. Pour 2020, l’objectif de 20% de réduction des émissions de carbone de l’UE par rapport à 1990, les villes se sont engagées à aller plus loin, en présentant un plan d’action. Chaque signataire doit produire un plan d’action climat, qui doit dépasser l’objectif de 20%.

Pour 2030, le travail est en cours pour définir de nouveaux objectifs qui seront annoncés en octobre, en amont de la COP 21.

Les collectivités sont également des acteurs importants en matière de coopération décentralisée. Comment les collectivités européennes travaillent-elles avec les villes des pays en développement sur le sujet climatique ?

Une des tables rondes de ce sommet s’est déroulée sur la thématique de la coopération décentralisée appliquée au thème du réchauffement climatique. Comment les collectivités peuvent avoir un impact spécifique sur le climat dans les pays du sud ? On souhaite mobiliser l’ensemble des collectivités dans des actions de soutien à leurs partenaires du sud spécifiquement lié au climat. C’est un enjeu très fort pour les années qui viennent. On est dans une relation de partage de connaissance, de transfert de compétences et d’échange de savoir-faire.

Comment les collectivités peuvent-elles financer ces actions de lutte contre le changement climatique dans les pays en voie de développement ?

Nous réfléchissions à des actions qui seraient financées par les collectivités territoriales elles-mêmes. Mais ces actions peuvent également être financées par des instruments financiers innovants, comme les 1% eau en France, mis en place par la loi Oudin. Il s’agit d’une loi qui permet aux collectivités qui le souhaitent de prélever 1% sur les factures d’eau pour financer des projets, liés à l’eau, dans les pays du sud. Cette disposition a été étendue aux déchets, et peut être que ça le sera prochainement aux transports urbains durables.

Au cours du Sommet Territoires et Climat, nous avons dégagé deux propositions phares afin de développer la coopération territoriale. La première vise à élargir ce dispositif de financement innovant purement français au niveau européen, voir mondial, mais également s’engager à développer la coopération décentralisée en matière de climat.