« L’UE examine le déficit d’aide au développement laissé par les États-Unis »

Neven Mimica [European Commission]

L’UE analyse le fossé dans le financement de l’aide laissé par la décision de Donald Trump d’interdire les financements des ONG promeuvent la contraception ou les avortements dans les pays en développement, a déclaré le commissaire au développement, Neven Mimica.

Neven Mimica est le premier commissaire européen croate depuis l’adhésion du pays en 2013. Avant cela, il était ministre de l’intégration européenne et Premier ministre adjoint. Il est affilié au Parti social-démocrate de Croatie.

Quel rôle joue l’UE dans l’éradication de la polio ? Comment investit-elle et qui sont ses partenaires ?

Les habitudes de voyage d’aujourd’hui nous exposent tous à des risques de santé publique. Jusqu’à ce que tous les pays atteignent une couverture vaccinale totale contre la polio, de nouvelles épidémies peuvent surgir.

La position de la Commission européenne est claire : au 21ème siècle, personne ne devrait souffrir au mourir de la polio ou de toutes autres maladies pouvant être évitées avec des vaccins sûrs, efficaces et disponibles. Jusqu’à présent cette année, cinq cas de polio ont été confirmés ; deux en Afghanistan et trois au Pakistan. Et un certain nombre de pays restent vulnérables.

Il y a quelques semaines, j’ai promis au nom de la Commission européenne 55 millions d’euros pour l’éradication de la polio. Cette somme vient s’ajouter aux 200 millions d’euros déjà versés à l’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio entre 2003 et 2015.

Cela s’intègre bien à nos efforts plus larges pour renforcer les systèmes de santé dans nos pays partenaires. Nous souhaitons améliorer la disponibilité de professionnels de la santé qualifiés, la fourniture de médicaments abordables et le financement adéquat du secteur de la santé.

Pour éradiquer la polio, les campagnes de vaccination doivent être combinées à une sensibilisation du public sur la maladie et sur l’efficacité des vaccins. Pour cela, nous travaillons étroitement avec les autorités locales, des médias, des églises, des autorités traditionnelles et des communautés pour répondre aux inquiétudes des populations et porter une attention spéciale aux pays vulnérables comme le Cameroun, l’Éthiopie, la Somalie, le Soudan du Sud, entre autres.

Vous avez récemment rencontré Bill Gates, qui est très actif dans la lutte pour l’éradication de la polio. À quel point la synergie avec la Fondation Bill et Melinda Gates est-elle importante ? 

Bien sûr, avec la Fondation Bill et Melinda Gates, ainsi qu’avec d’autres partenaires, nous cherchons à coordonner nos interventions, conformément aux principes établis par le Partenariat international pour la santé, qui est une initiative mondiale visant à accroître la coopération entre les gouvernements, les agences de développement et les organisations de la société civile sur les questions de la santé. Dans la lutte contre les maladies mortelles, nous ne pouvons pas nous permettre des interventions non coordonnées ou des dédoublements.

L’éradication de la polio est l’une des priorités de la Fondation Gates, qui est aussi l’un des grands défenseurs de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio. La Fondation contribue aux ressources financières et techniques pour accélérer les campagnes de vaccination ciblées, la mobilisation des communautés, les vaccinations de routine et pour encourager les partenaires à améliorer la surveillance de la maladie et les interventions face aux épidémies.

Notre partenariat avec la Fondation Gates est aussi important dans le cadre de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI), à laquelle l’UE contribue de manière significative. Lors des conseils de ces initiatives multilatérales, nous travaillons avec la Fondation et d’autres partenaires pour trouver des solutions durables et efficaces aux défis des systèmes de santé et notamment de la vaccination.

Jusqu’à présent, les États-Unis ont toujours été un des donateurs majeurs de GAVI. Cette alliance et d’autres organisations courent-elles le risque d’un déficit de financement ?

L’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI) cible 200 millions d’enfants supplémentaires d’ici à 2020. Ensemble, nous voulons sauver les vies de cinq millions d’enfants chaque année dans le monde. L’UE soutient GAVI depuis 2003 et s’est engagée à verser environ 300 millions d’euros, incluant la promesse des 200 millions d’euros pour la période 2016-2020. C’est l’un des nombreux exemples de la responsabilité assumée de l’UE en tant qu’acteur mondial, comme cela est le cas depuis plus de 60 ans.

Nous sommes un pourvoyeur clé de l’aide au développement et de l’aide humanitaire partout dans le monde. En 2016 seulement, nous avons fourni 75,5 milliards d’euros d’aide. Notre responsabilité dans le monde et nos priorités déterminent notre programme d’action extérieur. Nous n’attendons pas l’intervention potentielle d’autres acteurs, qu’il s’agisse des États-Unis ou autre. Si nos partenaires choisissent de réduire leur niveau d’ambition, nous le regretterons, bien entendu. Mais l’Union européenne continuera de s’engager et d’assumer son leadership sur des questions mondiales.

L’administration Trump ne veut pas soutenir les projets ou programmes de planning familial. Certains pays, comme les Pays-Bas ou la Belgique, ont déclaré qu’ils augmenteraient leur soutien. La Commission a-t-elle un plan de secours ?

Notre engagement en faveur de l’égalité des sexes et des droits des femmes demeure très élevé. Et il comprend les droits sexuels et les droits reproductifs.

Pour commencer, l’égalité des genres est une question de droits humains et de dignité humaine. Mais dans le même temps, nous savons qu’il ne peut y avoir d’évolution véritable dans tous les domaines de la vie sans égalité des chances entre les hommes et les femmes.

Pour soutenir les droits sexuels et reproductifs des femmes, nous cherchons à renforcer les systèmes de santé de nos pays partenaires. Nous soutenons aussi les organisations de la société civile qui travaillent sur ce sujet pour qu’elles puissent fournir des informations, des conseils aux jeunes.

Renforcer l’accès des femmes au planning familial est extrêmement important : dans le monde, environ 225 millions de femmes ont besoin d’un moyen de contraception moderne. Et chaque année, plus de 300 000 femmes meurent de suites d’une grossesse, la plupart d’entre elles venant de pays en développement. Les résultats que nous avons accomplis par le passé sont encourageants pour maintenir nos ambitions au plus haut : depuis 2004, l’aide européenne a permis à 17 millions de consultations sur la santé reproductive d’avoir lieu et a permis la naissance de 7,5 millions de nouveau-nés grâce à la présence de professionnels de santé qualifiés.

À la lumière des annonces du gouvernement Trump que vous mentionniez, nous sommes en train d’examiner les besoins actuels des femmes sur le terrain et l’ampleur du déficit de financement. Nous partirons de cette analyse pour générer des fonds supplémentaires de la part de l’UE, aux côtés de nos partenaires.

Je m’engage à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour m’assurer que ces besoins soient satisfaits. Je me permets de vous rappeler qu’en 2001, lorsque l’administration américaine a décidé de réinstaurer la politique de Mexico City [qui bloquait également les financements aux ONG qui fournissaient des conseils sur l’avortement ou décriminalisait cet acte], la Commission a accru ses fonds de 32 millions d’euros et a donc comblé le fossé.

Dans les années à venir, œuvrer à l’égalité des genres sera absolument crucial. Lutter contre la violence faite aux femmes est aussi une de nos priorités. Il est tout à fait choquant de constater qu’encore aujourd’hui, une femme de plus de 15 ans sur trois a déjà été victime de violence physique ou sexuelle dans sa vie.

Je m’engage personnellement à aider à mettre fin à cela. Nous travaillons actuellement sur une initiative importante pour éliminer toutes les formes de violences et de pratiques néfastes faites aux femmes aux côtés des Nations unies. Nous la lancerons officiellement à la fin de l’année.