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06/12/2016

L’austérité menace les campagnes de vaccination

Aide au développement

L’austérité menace les campagnes de vaccination

Polio vaccination. Credit: Ramesh Lalwan

Depuis 2000, 440 millions d’enfants ont été vaccinés contre des maladies pouvant être évitées. 6 millions de personnes ont ainsi pu être sauvées. Pourtant, 22, 6 millions d’enfants ne sont toujours pas vaccinés, et 1,5 million d’enfants de moins de 5 ans meurent chaque année de maladies évitables. La diminution des prix des vaccins pourrait constituer une des solutions à ce problème.

Contexte

Chaque année, les campagnes de vaccination contribuent à éviter environ 2,5 millions de décès dans le monde, et des millions de maladies invalidantes ainsi que divers handicaps. La vaccination constitue l’un des investissements les moins coûteux en matière de santé. Ces méthodes ont fait leurs preuves en atteignant les populations les plus dispersées et éloignées.

Les campagnes de vaccination peuvent prévenir le développement des maladies qui tuent le plus grand nombre, dont font partie la diphtérie, la rougeole, la coqueluche, la pneumonie, la rubéole ou encore la polio. Cependant, les progrès réalisés en matière de vaccination sont en stagnation. Dans le monde, environ 83 % des enfants ont reçu le vaccin DTC3 (diphtérie, tétanos, coqueluche) annuellement sur ces trois dernières années. En 2012, le nombre d’enfants inoculés s’élevait à 110,6 millions.

Les progrès réalisés contre certaines maladies sont stupéfiants. Par exemple, la variole a été éradiquée et 84 % des enfants dans le monde ont reçu les trois injections du vaccin contre la polio. L’Inde a d’ailleurs assuré que la maladie hautement contagieuse et souvent mortelle a été éradiquée. Cependant, la maladie a fait sa réapparition en Syrie et dans la bande de Gaza. Elle sévit toujours en Afghanistan, au Nigeria et au Pakistan.

L’accès à de nombreux vaccins, notamment les plus récents, reste très inégal et dépend du niveau de richesse. Un vaccin antirotavirus a été mis au point en 2012 contre les formes les plus graves de malades diarrhéiques responsables de la mort de 760 000 enfants en dessous de cinq ans chaque année. Or ce vaccin n’est disponible qu’auprès de 11 % de la population. De la même façon, la vaccination antigrippale, cause de méningites et de pneumonies, n’a atteint qu’une couverture vaccinale de 45 %. Dans 36 des 48 pays et territoires en Afrique et en Amérique où la fièvre jaune menace, seulement 37 % des populations sont immunisées.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) énumère plusieurs obstacles qui empêchent l’expansion de la couverture vaccinale contre les maladies mortelles dans l’hémisphère sud :le manque de ressources, une prioritisation sanitaire concurrentielle, une mauvaise gestion des systèmes de santé, ou encore une surveillance et un encadrement défaillants. Plus de la moitié des 22,6 millions d’enfants qui n’ont pas été vaccinés par le DTC3 vivent dans trois pays, à savoir l’Inde, l’Indonésie et le Nigeria.

En conséquence, un enfant sur cinq de par le monde n’a pas accès à la vaccination dont il a besoin, selon les chiffres de l’Unicef. Un cinquième de la population infantile reste sans défense face à ces maladies mortelles. Des études montrent qu’intensifier les campagnes de vaccination fondées sur des traitements existant à travers les 72 pays les plus défavorisés, et ce, avant 2020, permettrait de sauver 6,4 millions de vies. Elles permettraient aussi d’éviter 6,2 milliards de dollars en coûts de traitement (4,5 milliards d’euros), ainsi que 145 milliards de dollars engendrés par les pertes de productivité (105 milliards d’euros).

Problèmes

Le prix des vaccins

Selon un rapport mené conjointement par Oxfam et Médecins sans Frontières en 2010 le principal frein à une campagne de vaccination importante est le poids qu’occupent les cinq plus grands laboratoires pharmaceutiques, GSK, Merck, Novartis, Sanofi et Wyeth/ Pfizer. Il en ressort que ces entreprises amassent les brevets depuis des années, ce qui  limite l’émergence de fabricants de vaccins génériques. Pour l'heure, les pays émergents n’ont pas les capacités techniques pour mettre en place la fabrication de vaccins complexes.

L’Alliance globale pour les vaccins et l’immunisation (GAVI), créée en 2000, a réussi à vacciner des millions d’enfants dans le monde, grâce à des accords avec les grands laboratoires pharmaceutiques en vue d’obtenir des vaccins à moindre coût et une tarification différenciée pour les nouveaux vaccins, tels que contre la grippe ou contre l’hépatite B. Mais certains considèrent que les prix pratiqués sont encore trop élevés pour assurer une couverture vaccinale étendue à tous les enfants au niveau mondial, et pour permettre aux fournisseurs des pays émergents de produire des versions génériques à des prix compétitifs et adaptées aux souches endémiques.

Les grandes multinationales dominent la recherche et les programmes de développement. Elles sont certainement plus intéressées par l’introduction de produits sur de nouveaux marchés, les avantages commerciaux, et le retour sur investissements, que par la vaccination universelle des enfants. Le partenariat de développement de produits (PdP) est l’un des modèles soutenus par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et l’ONG internationale de santé PATH. Objectif : attirer les investissements en recherche et développement dans les pays en voie de développement. En d’autres termes, il sera possible d’obtenir des vaccins homologués à des prix abordables contre un transfert de connaissances pour les essais cliniques locaux. Le projet de vaccin contre la méningite en Afrique et en Inde est un succès exemplaire de cette politique. L’adaptation des vaccins existants donne probablement plus de résultats que le développement de vaccins de nouvelle génération.

Une autre critique du partenariat semi-public, semi-privé GAVI, est que l'aide se concentre exclusivement sur ce que la Banque mondiale appelle « les pays à revenu faible », négligeant les grandes zones de pauvreté dans les pays à « revenu moyen », tels l’Inde, le Pakistan et le Ghana qui concentrent à eux trois les deux tiers de la pauvreté mondiale. Dans ces derniers pays, toute décision de mettre sur pieds une campagne de vaccination doit être prise en tenant compte des coupes dans les financements des systèmes de santé. Ce qui peut aussi avoir des conséquences sur la résilience des infrastructures qui traitent les maladies les plus mortelles.

Plusieurs pays devraient bientôt passer du statut de pays à faible revenu au statut de pays à revenu moyen. Le premier statut leur donnait accès à des vaccins moins chers selon le modèle GAVI. Mais ces pays veulent s’assurer qu’ils bénéficieront encore, même avec le nouveau statut, de prix raisonnables, et à d’autres formes d’aides, ce qui leur permettrait de maintenir leur taux de couverture vaccinale. GAVI est une organisation dynamique qui accepte le débat interne. Elle a par exemple publié des recommandations en vue d’autoriser des programmes de vaccination sur l’hépatite B en Chine. Elle prépare une évaluation de sa politique qui devrait être bientôt communiquée. La Chine et l’Inde concentrent un tiers des enfants non vaccinés dans le monde. Cependant, dans les situations de crises, certaines ONG affirment que les organisations humanitaires n’ont pas accès aux prix proposés par la GAVI pour les nouveaux vaccins, et ne peuvent donc répondre qu’à une partie de la demande.

Obstacles techniques et structurels

Les difficultés administratives peuvent entraîner une série d’obstacles aux campagnes de vaccinations, à plusieurs niveaux. Les campagnes de vaccination traditionnelles nécessitent du personnel médical qualifié, qui manque cruellement dans les pays en développement. Ces programmes génèrent de nombreux déchets dangereux qui doivent être éliminés en toute sécurité. Dans la plupart des cas, les vaccins doivent être administrés en plusieurs fois, ce qui implique la conservation des vaccins dans des réfrigérateurs, donc de posséder un système électrique viable. Ces vaccins ne sont en règle générale ainsi administrés que dans une clinique, loin des lieux d’habitation reculés des populations ciblées.

L’une des raisons qui expliquent le succès des campagnes de vaccinations contre la polio est que les vaccins étaient administrés par voie orale. Les professionnels explorent dès lors les différents moyens d’administration des vaccins existants, par exemple les microaiguilles ou les tubes d’inhalation ou des patchs, similaires à ceux utilisés pour cesser de fumer. Un vaccin contre la rougeole administré selon ce principe est en cours de développement. Mais il va falloir un certain temps pour qu’il soit commercialisé, et sans doute encore plus de temps pour que GAVI en obtienne l’autorisation d’exploitation.

D’autres obstacles structurels entravent également les campagnes de vaccinations. Parfois, il n’existe pas de ressources pour contrôler et mesurer les progrès réalisés par les programmes de vaccinations. Il arrive également que les systèmes de santé fragile ne soient pas capables de mener de telles campagnes, ni d’assurer un suivi de celles-ci après coup. Des infrastructures fondamentales peuvent manquer : des routes pour atteindre les villages les plus reculés qui concentrent les populations cibles, des camions pour transporter les vaccins, des entrepôts pour les stocker une fois sur place. Souvent, l’électricité pour assurer l’éclairage ou alimenter les réfrigérateurs n’est pas disponible, quand bien même il existe un système d’éclairage ou des réfrigérateurs.

La criminalité grandissante, les conflits militaires, ou la corruption d’administration nuisent souvent à la sécurité au niveau local. Les décideurs et les autorités concernées par le problème sont le plus souvent inactifs sur le sujet, et les fonds de financement des campagnes de sensibilisation sont trop faibles, voire inexistants. La population concernée par le problème n’est parfois pas suffisamment informée pour plusieurs raisons : manque de financement des campagnes, recensement de qualité inégale, désaccord sur les zones ciblées par les programmes de vaccination, inefficacité des administrations, ou coutumes locales.

 

Les études montrent aussi les inégalités criantes des campagnes de vaccination dans les pays ciblés, selon notamment la classe sociale, le lieu d’habitation, et dans une moindre mesure le sexe. Au Pakistan, alors que 90 % des quintiles les plus riches sont couverts par les programmes de vaccination DTC (diphtérie, le tétanos, et la coqueluche), seuls 30 % des quintiles les plus pauvres sont couverts par ces programmes. Et même si 60 % des enfants nigérians vivant en milieu urbain sont protégés contre ce type de maladies, seul un quart de la population infantile rurale est protégée. En Azerbaïdjan, 76 % des garçons reçoivent les vaccins standards contre seulement 65 % des filles. Ainsi, les barrières culturelles peuvent aussi poser problème. Mais l’obstacle majeur serait simplement l’absence de demande de vaccination.

Les objectifs du Millénaire pour le développement après 2015

Il existe un consensus pour faire de la couverture médicale universelle l’objectif premier du Millénaire pour le développement après 2015. Pour ce faire, il faut développer massivement des vaccinations, afin de protéger les enfants du monde entier contre les maladies mortelles. Mais les plus sceptiques s’interrogent : ces nobles idées se matérialiseront elles un jour ? Plusieurs objectifs du Millénaire pour le développement qui devaient être atteints l’an passé sont loin de l’être. La mortalité maternelle devait par exemple chuter, pour ne représenter plus que les trois quarts du niveau de 1990, pourtant chaque minute une mère meurt en Inde. Selon le programme de développement des Nations Unies, « il faut redoubler d’efforts » pour réduire la mortalité des enfants de deux tiers par rapport à son niveau en 1990.

Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) sont essentiels, car ils fixent les priorités en matière de santé dans le monde et influencent les transferts de ressources. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souhaite que les OMD constituent une sorte de pacte, combinant les aspirations des pays en développement et la nécessaire contribution des pays développés. Selon l’OMS, la santé doit être reconnue comme un droit de l’Homme tenant compte de certaines cibles, objectifs et indicateurs sur l’égalité sanitaire sur les maladies non transmissibles et sur la qualité des systèmes de santé.

L’alliance GAVI soutient « la vaccination complète des enfants » et souhaite qu’elle figure dans les objectifs du Millénaire pour le développement après 2015. Selon GAVI, l’étendue de la couverture vaccinale est un bon indicateur de la solidité du système de santé, et un moyen pour mesurer les différences sociales dans l’accès aux soins. C’est aussi un indice de référence du droit des individus à la vie. Les OMD doivent donc d’abord se concentrer sur les enfants n’ayant pas ou partiellement, accès aux vaccins. Selon cette organisation, il faut viser un taux de vaccination de 90 %, accompagné d’un renforcement des systèmes de santé. Les efforts pourraient alors être mesurés par des enquêtes fondées sur le ratio enfant/foyer.

Néanmoins, certains professionnels de santé expliquent que la couverture universelle de santé est difficile à définir, ainsi de nombreux services de santé spécifiques ne sont pas couverts et échappent à cette définition. Actuellement, les services couverts et la protection contre les risques financiers ne sont pas régulièrement évalués par les gouvernements, ce qui complique l’utilisation des indicateurs.

Selon l’OMS, les indicateurs des objectifs du Millénaire pour le développement devraient notamment inclure plus de critères, comme la protection contre les risques financiers pour l’ensemble de la population et l’espérance de vie en bonne santé. Il en va de même de la couverture mondiale pour les services de santé fondamentaux allant de la prévention de certaines maladies, de la sensibilisation aux traitements thérapeutiques en passant par la rééducation suite à une maladie. Un système de santé efficace requiert aussi des financements, des infrastructures de formation et des moyens afin de pérenniser le système indépendamment des bénéfices réalisés. L’OMS ajoute que les objectifs du Millénaire après 2015 doivent définir des objectifs secondaires, afin de pouvoir englober plusieurs maladies spécifiques comme la tuberculose, le paludisme, le sida ainsi que d’autres maladies mortelles non transmissibles. Chaque pays pourrait les adapter en fonction de leurs particularismes.

Manque de financement

Les détracteurs des OMD peinent à croire qu’une couverture de santé universelle puisse être mise en œuvre alors même que l’aide au développement en pourcentage du revenu national brut est en chute libre dans les pays développés. Le rapport annuel sur la politique de développement et d'aide extérieure de 2013 montre que les pays membres de l’UE ont alloué moins de 0,7 % de leur revenu national brut au politique d’aide au développement à l’étranger, contrairement à leurs engagements.

Certains pays membres de l’UE manipulent les données et comptabilisent certains investissements du secteur privé comme une aide publique au développement. Une entreprise comme Philips investit grandement dans le domaine de la santé en Afrique. La comptabilisation de ce type d’aides dans les aides publiques au développement permet d’atteindre en théorie l’objectif fixé aux États membres de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide au développement. Mais, ce type de projet ne comporte pas de financement additionnel, remettant ainsi en question la création de la couverture de santé universelle. Car sans revenu supplémentaire, difficile d’imaginer comment assurer une telle couverture.

L’aide au développement est toujours très populaire dans l’UE. À l’approche des élections européennes, certains partis d’extrême droite appellent toutefois à l’utilisation de l’aide au développement non pas pour l’étranger, mais pour les États membres. En mai, l’alliance GAVI présentera une évaluation des besoins de financement globaux pour la période 2016-2020. Elle insistera sur les demandes des pays du sud en financement pour éradiquer les maladies qui peuvent être évitées grâce aux vaccins.

Selon l’OMS si des financements ne sont pas accordés à GAVI, les programmes mondiaux de vaccination « s’effondreront ». Pour les cinq prochaines années au moins, l’OMS estime qu’il faut prolonger l’aide au développement. D’après des sources internes à la Commission, l’UE reste le premier donateur à l’échelle mondiale et a maintenu son niveau global d’aide au développement. Et en décembre 2013, la Commission a indiqué que les fonds alloués à la vaccination ont été maintenus, alors que GAVI s’attendait à une augmentation du volume des fonds. Toutefois, les responsables de l’Alliance considèrent que les déficits de financement, qui constituent des obstacles majeurs à une campagne de vaccination universelle, sont liés aux mesures d’austérité adoptées par les pays européens. La Commission européenne a expliqué qu’il n’y aurait pas de modifications du budget européen pour 2014-2020 après les élections législatives.

Réactions

Dagfinn Høybråten, président du conseil d’administration de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI) a déclaré à EurActiv que son groupe comptait intensifier ses efforts en vue d’introduire des vaccins de nouvelle génération contre les infections pneumococciques et diarrhéiques.

Le GAVI est issu d’un partenariat entre le secteur public et privé et vise en premier lieu des pays, comme l’Afghanistan, l’Inde, le Nigeria, ou encore la Somalie. Cependant, les financements en provenance des États donateurs se tarissent, un « obstacle majeur » selon l’alliance.

« Nous sommes confrontés aux mesures d’austérité, à des processus de restriction budgétaire et aux conséquences financières induites par la crise économique. Ce printemps, nous allons demander de poursuivre lors des cinq prochaines années cette campagne mondiale qui suscite beaucoup d’enthousiasme. Naturellement, ce ne sera pas facile avec la conjoncture actuelle des pays donateurs, mais nous sommes profondément convaincus que nous représentons l’une des meilleures actions dans le domaine de l’aide au développement : nos campagnes de vaccination sont à moindre coût pour une efficacité élevée, et sauvent de nombreux enfants et des populations entières », a-t-il déclaré.

Le modèle porté par le partenariat, particulièrement dynamique, aura à faire face à d’autres défis autrement plus grands. « Étant donné que les économies nationales des États du sud connaissent une croissance économique  – et nous nous en réjouissons –, ils devront à terme cofinancer et abandonner [leur statut de pays à faible revenu]. Nous ne sommes pas là pour l’éternité. Notre objectif est de permettre à un pays de générer assez d’argent en vue de financer des infrastructures de santé de base. Ainsi, nous nous apprêtons à arrêter le soutien à plusieurs pays dans les dix prochaines années. C’est une bonne chose, car ceci prouve le dynamisme du modèle. En même temps, nous devons nous assurer que ces pays ont accès à des prix équitables [pour les vaccins] et qu’ils soient soutenus par d’autres moyens afin de pérenniser nos accomplissements, c’est-à-dire une meilleure couverture vaccinale. »

Des « efforts gigantesques » sont déployés dans la perspective de développer des vaccins plus performants pour lutter efficacement contre le paludisme, a assuré Dagfinn Høybråten. Selon lui, GAVI « est disposée » à intégrer de tels vaccins dans ses programmes de vaccination, et de telles décisions pourraient être prises sous peu. « Dans cinq ans à partir de ce jour, nous assisterons à une situation absolument différente de celle d’aujourd’hui, et, nous serons, je l’espère, capables d’entreprendre des actions dans les cinq prochaines années à venir en vue d’introduire un vaccin efficace contre le paludisme. »

À un niveau plus général, « le marché du vaccin est caractérisé par la réduction du nombre d’acteurs et nous assistons à une concurrence croissante, ce qui permet de baisser les prix », a-t-il expliqué. « Notre entrée sur ce marché, en tant que plus grand acheteur mondial de vaccins, a créé un environnement prévisible sur le long terme qui est propice à l’investissement dans la recherche consacrée à la vaccination et la production de vaccins, et également dans l’essor de nouvelles industries au sein des pays à faible revenu. Cette situation crée des opportunités en vue de façonner le marché et d’assurer l’accès [à ces vaccins] à des prix compétitifs. »

Selon le Norvégien, il serait « essentiel » que les objectifs du Millénaire pour le développement contiennent un point relatif à la santé. « J’aimerais voir des objectifs […] qui garantissent le droit à l’accès à des soins de santé fondamentaux pour tous, » a-t-il insisté. « Nous concentrons [notre action] sur chaque enfant […]. Un indicateur intéressant à utiliser pourrait être le principe de l’enfant complètement immunisé : l’enfant bénéficie des vaccins disponibles pour tous. La vaccination universelle de tous les enfants est notre objectif ultime. Il s’agit d’un objectif très ambitieux, mais si nous regardons ce qui a été réalisé durant la dernière décennie, nous savons comment utiliser des partenariats publics-privés, et de coopération avec le secteur industriel et la société civile, ainsi qu’avec les agences onusiennes, pour arriver à nos fins. »

 

Veronique Lorenzo, chef de l’unité Éducation, santé, recherche et culture au sein de la DG développement et coopération (Devco), a déclaré : « pour nous, un objectif d’envergure qui promeut une couverture médicale universelle est évidemment très logique. Nous ne visons pas "tout pour tout le monde dès maintenant". La route est encore longue avant d’atteindre un tel objectif et chaque pays doit déterminer les couches sociales concernées par ces campagnes ainsi que leurs critères d’octroi et les montants. Mais, c’est clairement la voie la plus prometteuse en vue d’améliorer l’accès aux soins aux couches sociales les plus défavorisées de la population ». La mortalité infantile et maternelle pourrait être utilisée comme indicateur dans la détermination d’objectifs secondaires et par la même pourrait réduire les incidences de maladie. Cependant, il est, selon elle, encore trop tôt pour aborder de tels sujets.

L’Alliance Gavi a établi un calendrier pour mener des actions de vaccination à l’échelle planétaire, a-t-elle expliqué à EurActiv. « Nous avons adopté une excellente méthode en ce qui concerne les vaccinations et GAVI a obtenu résultats très probants. L’alliance a porté ses fruits, ses actions ont concerné 120 millions d’individus durant ses dix premières années d’existence. Elle maintiendra ce nombre pour les cinq prochaines années encore, donc il s’agit d’un succès éclatant, notamment grâce à l’aide des donateurs. Le problème est que nous avons besoin de bien plus que simplement des financements et des produits. Le vaccin est un élément fondamental. Mais, pour pérenniser ce succès, nous devons mettre sur pieds un système de santé viable. Outre le renforcement des programmes de vaccination, nous mettons aussi en œuvre des chaînes d’approvisionnement, des services de livraison, des systèmes de gestion de l’information, et enfin des systèmes de formation. »

Elle a également souligné que les campagnes de vaccination des ressources destinées pourraient accaparer d’autres programmes sanitaires également cruciaux. « Si vous discutez avec Bill Gates [un donateur clé de GAVI], il est seulement intéressé par l’éradication de la polio. Or, l’éradication de la maladie représente une action située sur une échelle différente », a-t-elle continué. Il s’agit d’une logique différente que celle sous-tendue par la vaccination systématique. Les campagnes d’immunisation constituent un « sous-secteur de la santé », selon elle. Des fonds peuvent être éventuellement levés, « peut-être au détriment d’autres sous-secteurs, mais la vaccination est certainement un sous-secteur qui a su maintenir, voire augmenter, son niveau de financement et je ne pense pas que cela changera à l’avenir ».

« Certaines organisations de la société civile pourraient reprocher à GAVI qu’elle pourrait en faire plus, que l’alliance négocie toujours avec les mêmes producteurs, et qu’elle est très proche des laboratoires pharmaceutiques, ce qui laisse de la marge pour l’interprétation », a-t-elle concédé. L’exclusion des pays à revenu moyen des campagnes de vaccination constitue, à ses yeux, le cœur du débat : « GAVI a pour objectif de se consacrer aux pays à revenu faible, mais comment faire pour que ces pays [sortent de cette catégorie] sans pour autant avoir des laissés pour compte ? », s’est-elle interrogée.

L’expansion de souches résistantes aux traitements médicaux antipaludiques inquiète la Commission, même si elles sont cantonnées à des régions frontalières de la Thaïlande, de la Birmanie et du Cambodge. Depuis 20 ans, un vaccin contre le paludisme est régulièrement évoqué, mais il est impossible au final de dire s’il sera mis au point un jour, a déclaré Véronique Lorenzo.

Dr Jean-Marie Okwo-Bele, directeur du programme de vaccination de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a expliqué, pour sa part, que les dernières statistiques sur la vaccination de l’OMS, qui devraient paraître sous peu, pourraient confirmer « une stagnation de la progression de la couverture vaccinale dans la plupart des régions dans le monde. Au niveau mondial, le taux est d’environ de 83 %, mais si nous prenons en compte la vaccination infantile, ce n’est pas satisfaisant, puisqu’il existe des disparités au sein même des pays, ce qui rend plus difficile l’atteinte de nos objectifs en matière de contrôle et d’éradication des maladies. Le niveau des ressources allouées aux campagnes de vaccination doit être pris au sérieux si la communauté internationale veut exploiter au mieux le potentiel généré par la vaccination. Si vous prenez en compte des mesures internationales en matière de santé publique, la vaccination vient tout de suite après l’accès à une eau salubre pour améliorer les conditions de vie et réduire la mortalité à travers le monde. Grâce aux seules campagnes de vaccination, 2,5 millions de décès prématurés ont pu être évités chaque année », a-t-il mis en exergue.

Les principaux points débattus au sein de l’OMS quant aux campagnes de vaccination portaient « sur la manière dont nous atteignons ceux que nous n’atteignons pas actuellement dans le cadre de nos campagnes de vaccination, et sur la façon dont nous nous assurons que les pays, où nous intervenons, disposent de ressources en suffisance pour s’approvisionner en vaccins vitaux qui sont disponibles sur le marché afin que tous les individus puissent profiter de leurs propriétés bénéfiques », a-t-il affirmé.

L’accès universel devrait être le principe phare structurant toute intervention sanitaire, et pas seulement les objectifs du Millénaire, a poursuivi Jean-Marie Okwo-Bele. « Parfois, nous analysons la capacité de production afin [d’offrir] assez de vaccins pour tous. Nous disposons d’indicateurs pour mesurer le niveau de pénétration des campagnes de vaccination sur l’ensemble de la population, et non sur des parties. Dans presque tous les pays en développement, l’accès à la vaccination est gratuit aux centres de vaccination. Je pense que ces [domaines] doivent être pris en considération lorsque nous parlons des objectifs relatifs à la couverture universelle dans sa globalité ».

Alors qu’entre trois et cinq grands industriels étaient nécessaires pour produire des vaccins en quantité suffisante en vue de sécuriser l’approvisionnement sur le long terme, « la communauté des donateurs devrait étudier des méthodes à mettre en place en vue de soutenir l’Alliance, et d’autres mécanismes à envisager, tels qu’un fonds évolutif pour contribuer à étendre l’accès à la vaccination », a expliqué le docteur congolais.

« Nous avons besoin d’une responsabilité très claire à tous les niveaux », a expliqué le docteur. « Vous devez avoir savoir où va l’argent et vous devez pouvoir quantifier le degré d’accomplissement des objectifs que vous vous êtes fixés, car les stratégies de vaccination sont connues. Les ressources sont plus ou moins là – mais nous devrions en avoir plus –. Je pense cependant que le principal obstacle est la capacité des services de santé des pays ciblés à fournir des vaccins et à mettre d’autres actions en œuvre. Étendre des services de soins n’est chose aisée – c’est pourquoi nous parlons d’une couverture universelle –. Vous devez mener les campagnes de vaccination région par région, toujours en vous assurant que l’administration régionale ait à sa disposition les produits et l’infrastructure nécessaires en vue de faciliter l’approvisionnement des vaccins ». Il reste encore dans certains pays forts à faire, comme au Tchad, selon lui.

Le manque de financement aurait pu mettre à mal les campagnes de vaccination. « Si vous escamotez les ressources destinées à l’alliance, alors le programme s’effondre », a-t-il affirmé. « La majorité des pays dans lesquels GAVI intervient dépendent majoritairement des aides prodigués par l'alliance, car ils attendent des ressources supplémentaires de la part de leur propre gouvernement. De temps à autre, les gouvernements ne mettent pas les ressources, pourtant à leur disposition, et dépendent des aides publiques au développement (APD). Nous devons déployer des APD durables pour au moins les cinq prochaines années et progressivement [augmenter] la contribution de chaque pays afin de soutenir les programmes de vaccination. Le système de cofinancement fonctionne », a-t-il signalé.

En règle générale, les États membres rechignent à envoyer des porte-paroles pour aborder des sujets politiques brûlants. Néanmoins, le porte-parole pour le ministère du développement allemand a répondu aux questions posées par EurActiv Allemagne par courriel. « La vaccination constitue l’un des meilleurs investissements pour les générations futures [les campagnes de vaccination] qui a un impact qui va bien au-delà que la seule santé des enfants », explique le porte-parole. « Il est important dès maintenant que les pays partenaires, ainsi que la communauté de donateurs internationaux affectent des fonds afin de consolider et d’étendre en parallèle les avancées qui ont été réalisées. En cherchant à atteindre chaque enfant, peu importe son emplacement géographique, les programmes de vaccination promeuvent l’équité socio-économique et l’accès aux soins à la fois à l’intérieur du pays et entre les pays. Investir dans les vaccins est crucial pour éradiquer l’extrême pauvreté d’une part, mais aussi pour remplir les objectifs du Millénaire », selon le porte-parole.

Il insiste sur le fait que le cadre des Objectifs du Millénaire devrait prendre fin cette année. Or, « beaucoup reste à faire », en particulier dans la lutte contre la mortalité infantile, encore trop importante. « Les pays en développement connaissent un véritable bouleversement », dit-il dans le courriel. « De nouveaux vaccins contre les pires formes des deux maladies les plus meurtrières parmi les enfants, la pneumonie et la diarrhée aiguë, sont rapidement introduits au sein des programmes de vaccination ordinaires. L’Allemagne soutient l’essor de tels vaccins dans le cadre des Objectifs du Millénaire, conformément aux objectifs de GAVI », selon le porte-parole allemand.

Le nombre d’enfants ayant reçu à trois reprises le vaccin DTC3 (diphtérie, tétanos et la coqueluche –DTC) constitue l’indicateur approximatif en vue de mesurer le taux de pénétration des programmes de vaccination, et ce, depuis que l’OMS a lancé le programme d’immunisation élargi (EPI) en 1974, a-t-il ajouté. « Depuis lors, la couverture vaccinale DTC3 au niveau mondial a gagné du terrain, et concerne quatre enfants sur cinq à travers le monde. Lors de la dernière décennie, de nouveaux vaccins ont été mis au point et les pays les plus pauvres du monde ont pu en disposer. Cependant, seulement 5 % des enfants dans le monde ont reçu ces vaccins de dernière génération. C’est pourquoi l’idée d’analyser plus que les indicateurs standards pour mesurer le succès d’un programme de vaccination et pour mettre en place un nouvel indicateur ambitieux, à savoir un enfant complètement vacciné ».

Pour ce faire, il faudrait « un approvisionnement constant des vaccins adaptés à un prix abordable, un système de santé solide, qui comprend des dispositifs de surveillance et d’évaluation stables, du personnel de santé formé, ainsi qu’un engagement politique fort afin de garantir aux populations dans le monde leur droit à exiger et à accéder à ces vaccins vitaux », a-t-il indiqué. L’Allemagne soutient les efforts internationaux en vue d’atteindre ces objectifs, ceci grâce à son engagement financier auprès de GAVI, qui est passé de 10 millions à 30 millions d’euros entre 2011 et 2012, assure-t-il dans son courriel.

« Des professionnels de la santé mal formés, des d’hôpitaux sous-équipés, le manque de données pour évaluer les progrès réalisés et l’absence de réfrigérateur pour stocker les vaccins, les systèmes de santé déficients représentent un obstacle de premier ordre en vue d’assurer une progression de la couverture vaccinale », poursuit le représentant. Ainsi, les aides de l’Allemagne visent en premier lieu, grâce à des soutiens financiers et programmatiques ciblés, à renforcer les systèmes de santé. « L’engagement de l’Allemagne auprès de GAVI joue un rôle clé dans ce but, » a-t-il précisé. Avant l’existence de GAVI, la couverture vaccinale ne progressait plus, les pays en développement étaient en difficulté pour maintenir les campagnes de vaccinations, les entreprises n’investissant pas dans l’approvisionnement de vaccins dans les régions les plus pauvres du monde. Maintenant, grâce à Gavi, de plus en plus d’enfants ont accès aux vaccins, de plus en plus de vies sont sauvées. Le 30 novembre 2013, l’Alliance a investi l’équivalent de 863 millions de dollars (626,5 millions d’euros) dans certains pays dans le but de renforcer leur système de santé », peut-on lire.

Prochaines étapes

  • 19 mai 2014 : assemblée de l’OMS à Genève
  • Mai 2014 : publication de l’évaluation des besoins de financement d’ensemble pour la prochaine période
  • 2015 : expiration des objectifs du Millénaire, et mise en place de nouveaux objectifs
  • 2015 : date butoir en vue de remplir l’objectif de 0,7 % du RIB consacré aux aides de développement
  • 2015 : réunion du Comité de pilotage de la politique de lutte antipaludique et du Groupe stratégique consultatif d’experts de l’OMS.
  • 2016 : prochaine campagne de vaccination organisée par Gavi
  • 2018 : fin des programmes Polio Eradication et Endgame Strategic plan
  • 2019 : possible autorisation d’un nouveau vaccin contre le paludisme
  • 2025 : date butoir fixée par le Plan d’action mondial intégré pour prévenir et combattre la pneumonie et la diarrhée soutenues par l’UNICEF et l’OMS en vue de mettre fin au décès évitable d’enfants par pneumonie et les maladies diarrhéiques