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03/12/2016

Premier bilan annuel en demi-teinte pour les objectifs de développement

Aide au développement

Premier bilan annuel en demi-teinte pour les objectifs de développement

Un an après l’adoption des ODD, des progrès ont été réalisés mais plus d’indicateurs et de données sont nécessaires pour les mesurer efficacement.

[UN Photo/ JC McIlwaine]

Les objectifs de développement durable (ODD) sont en place depuis plus d’un an maintenant et l’un des plus gros obstacles reste la collecte de données utiles. Un article de notre partenaire El País.

Lors d’une conférence organisée à Madrid le 8 novembre et intitulée « On continue à parler des ODD ou on les met en marche ? », des experts se sont accordés à dire que pour mesurer les avancées, il fallait progresser sur l’identification d’indicateurs et améliorer la collecte de données. Ils ont néanmoins souligné qu’il s’agissait d’un processus en constante évolution.

Selon Gabriel Ferrero, conseiller en chef pour l’agenda 2030 à l’ONU, de nombreux pays sont sur la bonne voie pour faire de l’Agenda une réalité, en mettant en place les premières règles de bonnes pratiques. Au moins 50 États ont déjà pris des mesures politiques concrètes et se sont engagés au plus haut niveau du gouvernement, alors que dans 50 autres pays des progrès sont en train d’être réalisés, mais sont moins tangibles.

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Gabriel Ferrero s’est dit satisfait de la rapidité avec laquelle l’Agenda est mis en place, notamment comparé à son prédécesseur, les objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Le représentant des Nations unies juge encourageant l’émergence de mécanisme d’intégration de politiques, ainsi que d’espaces locaux de mise en œuvre des mesures à une échelle beaucoup plus proche du citoyen et des ressources naturelles.

Un autre facteur positif observé durant cette première année d’application de l’Agenda 2030, selon lui, est l’engagement montré par le secteur privé pour intégrer les objectifs à leurs actions. Il y a toutefois quelques ombres au tableau, notamment en ce qui concerne l’aide au développement, qui se trouve à la croisée des chemins dans tous les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Penser que ces ressources sont le seul instrument disponible est une menace potentielle à la réussite des objectifs, estime Gabriel Ferrero.

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La vision de Damien Demailly, coordinateur du programme nouvelle prospérité de l’Institut du développement durable et des relations internationales, basé à Paris, est plus pessimiste. Selon lui, les gens ne comprennent pas toujours que les ODD ne concernent pas seulement les ONG et les ministres de la Coopération et ne sont pas uniquement destinés au pays en développement. Ce docteur en économie pense qu’il est nécessaire d’accroitre la coopération entre acteurs et souligne l’importance d’un diagnostic clair des priorités et des problèmes pour avancer sur une route concrète. Damien Demailly demande aux ONG de s’engager à surveiller l’avancée des ODD, à exiger du gouvernement qu’il réponde de ses actes, en créant de nouvelles coalitions et en rédigeant des rapports indépendants.

Un des plus grands chantiers ouverts liés aux ODD est l’adaptation et la collecte de données, estime María Larrea, directrice adjointe des politiques de développement au Secrétariat général de coopération internationale pour le développement (SGCID). L’Union européenne fait face à un grand défi puisqu’elle doit s’assurer que ces objectifs sont transposés dans les politiques nationales pour contribuer à l’effort international. Jusqu’à présent, l’UE a défini 50 indicateurs à échelle régionale pour le suivi des ODD.

Même si le gouvernement central espagnol a mis en marche des mécanismes de coordination dans le domaine de la coopération internationale ainsi qu’une collaboration avec l’Institut national des statistiques, le processus d’analyse des données et de diagnostic préalable est encore en cours et seuls 45 % des indicateurs internationaux ont été définis. Par ailleurs, la formation récente d’un nouveau gouvernement ouvre la porte à un éventuel réajustement de l’approche adoptée jusqu’à présent.

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La présence d’un gouvernement intérimaire ces derniers mois « a été une excuse pour manquer d’ambition », regrette Carlos García, responsable politique de l’association coordinatrice des ONG pour le développement, « mais il est temps d’avancer ». Cet économiste expert en développement propose de donner au nouveau gouvernement un délai de 1 000 jours pour vérifier qu’il remplit bien sa mission. « Nous lui donnons jusqu’en septembre 2018. À cette date, nous aimerions voir des politiques intégrées, des systèmes de transparence, une vision à long terme et des mécanismes renforcés de coordination. Nous voulons aussi que toutes les sphères comprennent le pouvoir transformateur de l’Agenda. Si on ne le prend pas au sérieux, alors il faudra repenser nos actions dans de nombreux domaines, de la fiscalité jusqu’à sécurité alimentaire en passant par la migration », a-t-il insisté.

Pour Carlos García, le travail de communication est fondamental pour inviter la société civile à s’impliquer dans tous les cycles de politiques publiques et à exiger de manière constante des comptes au gouvernement.