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25/09/2016

Accord a minima sur les réductions des catastrophes naturelles

Aide au développement

Accord a minima sur les réductions des catastrophes naturelles

Port-Vila, la capital de Vanuatu a été ravagée par le cyclone Pam dans la nuit du 13 au 14 mars

Copyright: Caritas Aotearoa New Zealand/Flick

Les négociations internationales sur la réduction des risques naturels ont abouti à un accord décevant au Japon le 18 mars, malgré le drame de Vanuatu. Un mauvais signal pour les négociations climatiques.  

Rappelée à l’ordre par le cyclone Pam qui a dévasté l’archipel du Vanuatu dans la nuit du 13 au 14 mars, la communauté internationale n’a pas pour autant réussi à trouver un accord ambitieux sur la réduction des catastrophes naturelles.

Rassemblées à Sendai au Japon du 14 au 18 mars, les délégations des 186 nations devaient s’accorder sur un nouveau cadre pour la période 2015-2030 portant sur la réduction des risques naturels.  Les nouvelles orientations et objectifs devaient prendre le relais du Cadre d’action de Hyogo (2005-2015), qui arrivait à échéance.

« Bilan mitigé »

« Le bilan est mitigé : d’un côté il a eu la définition d’un cadre d’action, mais de l’autre, sur la précision des termes, notamment sur le plan financier, beaucoup de délégations ont été déçues, et il faut en tirer les leçons pour la Cop 21 » a reconnu Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères devant les parlementaires français le 19 mars.

>>Lire: La France aide les îles Fidji à rédiger leur contribution COP21

Parmi les compromis obtenus lors de la conférence figure l’objectif de « limiter d’ici 2030 les dommages subis par les infrastructures et les services essentiels », comme la santé ou l’éducation, mais aussi de réduire les pertes humaines. Autre priorité du nouveau cadre : augmenter le nombre de pays « ayant adopté avant 2020 des stratégies de réduction des risques naturels ». Enfin, le texte de l’accord insiste sur la nécessité d’augmenter la disponibilité et de l’accès aux systèmes d’alertes aux différents risques.

 « Cet accord ne mentionne pas les moyens qui permettront de financer les actions de réduction des risques liés aux catastrophes naturelles. Aujourd’hui, seulement 0,4% de l’aide internationale est dédiée à ces politiques. Cela n’est pas suffisant » a regretté Aurélie Ceinos, chargée de mission sur le changement climatique de l’ONG CARE France.

Catastrophes naturelles en hausse

Pourtant, le constat est unanime : la fréquence et l’intensité des catastrophes naturelles augmentent avec le réchauffement climatique.

Depuis 1980, les données disponibles montrent une augmentation de 233 % des catastrophes liées au climat. Les sécheresses, inondations, cyclones et incendies, entre autres, sont devenues à la fois plus fréquentes et plus intenses rappelle Oxfam France.

Et les conséquences de cette hausse des catastrophes naturelles sont sans précédent. Depuis 2009, les catastrophes liées au climat ont touché plus de 650 millions de personnes et fait plus de 112 000 morts. Elles ont également coûté près de 500 milliards de dollars, soit trois fois plus que pour l’ensemble des années 1970, souligne une note d’Oxfam publiée en septembre 2014.

« Les catastrophes devenant plus courantes et plus fréquentes sous l’effet des dérèglements du climat, la ‘prévention du pire’ doit occuper une place centrale dans le développement » a déclaré Jim Yong Kim, président du Groupe de la Banque mondiale

Premier grand rendez-vous climat

Le résultat en demi-teinte de la conférence de Sendai est d’autant plus regrettable qu’il s’agissait du premier grand rendez-vous international sur le front du climat de l’année 2015, qui doit s’achever sur la conférence de Paris Climat 2015 au mois de décembre.

>>Lire: ?Dossier spécial : la route vers Paris Climat 2015

 « Cette année offre une opportunité unique de passer à la vitesse supérieure, tout d’abord à Sendai, puis à Addis Abeba et à Paris. Par ces négociations clés sur le développement et le climat, nous pouvons faire en sorte que la résilience soit pleinement prise en compte dans le cadre de développement de l’après-2015. » a rappelé Rachel Kyte, vice-présidente et envoyée spéciale de la Banque mondiale pour le changement climatique.

Clivages persistants

Les clivages entre pays industrialisés « pas toujours à la hauteur des enjeux » et les pays en développement comme « l’Inde, le Brésil ou Cuba, qui ont fait valoir des positions très dures sur le principe de responsabilité » ont rendu la négociation difficile reconnait-on dans l’entourage de la secrétaire d’État au développement, Annick Girardin.

« Sendai a donné l’impression d’un retour en arrière, et ce malgré la piqure de rappel du cyclone au Vanuatu » poursuit le conseiller.

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Face au manque d’ambition de l’accord de Sendai, le gouvernement français a porté une proposition de renforcement des systèmes d’alerte dans les zones à risque. Un programme qui devrait permettre la réduction de la mortalité liée aux catastrophes naturelles.

« La proposition française n’a pas un coût excessif – environ 100 millions d’euros sur 5 ans – afin de développer des systèmes d’alerte plus efficaces » a détaillé Laurent Fabius. « L’objectif est de faire en sorte que chaque personne habitant dans une zone à risque soit équipée d’un dispositif d’alerte » détaille l’entourage d’Annick Girardin, chargée des négociations sur ce dossier, qui devrait aboutir au moment de la COP 21. 

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Après la COP 19 à Varsovie fin novembre 2013, le Pérou s'est chargé de la 20ième conférence, à Lima, en décembre 2014.

Paris organise la 21ème conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les Etats doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.

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