L’Allemagne propose un « Plan Marshall » controversé pour l’Afrique

Le ministre allemand du Développement, Gerd Müller (au centre), soutient le projet mais ses détracteurs estiment que ce n’est qu’un moyen pour l’Allemagne de contrôler la migration en dehors de ses frontières. [Kigali/ Flickr]

Selon l’Allemagne, ce plan de relance de l’économie devrait apporter une réponse aux problèmes de développement du continent. Mais certains observateurs craignent qu’il ne soit qu’un nouvel outil pour limiter les migrations. Un article d’EURACTIV Allemagne.

À l’origine, le Plan Marshall a été créé par les États-Unis pour relancer les économies européennes à la fin de la Seconde Guerre mondiale, grâce à un paquet de 100 milliards d’euros. Mis en place en quatre ans, le plan a accompagné la période de croissance économique la plus rapide de l’histoire européenne. La production industrielle a grimpé de 35 %.

L’Allemagne veut maintenant transposer ce plan à l’Afrique, avec l’idée de créer un environnement propice et des opportunités pour la jeunesse africaine notamment. Le but est de les faire rester et de trouver un emploi sérieux chez eux plutôt que d’avoir à chercher du travail en Europe.

Une stratégie anti-migration?

Pour certains, il s’agit là d’une stratégie pour contenir l’afflux sans précédent de migrants vers l’Allemagne, après sa politique de portes ouvertes pour les réfugiés.

Selon l’Organisation internationale pour la Migration, l’OIM, près de 160 000 Africains ont traversé la Méditerranée cette année et 4 220 d’entre eux ont perdu la vie durant cette traversée.

L’Allemagne veut mettre un terme à cela grâce à sa proposition. Selon le ministre du Développement, Gerd Müller, qui a appelé les pays développés à soutenir le plan, le moment est venu de mettre en place un modèle différent de l’aide au développement en Afrique. Selon lui, cela permettra de juguler la crise de la migration, qui poussera des millions d’Africains à se rendre en Europe.

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Les points clés du plan sont l’éducation, la jeunesse, le renforcement des économies et l’Etat de droit.

Pour ses détracteurs, c’est un exemple typique du mélange de torchons et de serviettes. Jacob Kayenya, analyste politique kenyan, estime que le plan est à côté de la plaque en comparant la situation actuelle de l’Afrique à ce qui se passait en Europe de l’Est après la Seconde Guerre mondiale.

« La situation et les circonstances du Plan Marshall de 1948 et de ce que l’Allemagne essaye d’introduire aujourd’hui sont complètement différentes. L’Afrique du 21ème siècle nécessite des approches sérieuses et multiples pour résoudre les problèmes qui la tourmentent. Ce plan résulterait en un échec cuisant », a-t-il insisté.

Le Dr Naseeb Mapunda, expert diplomatique basé en Tanzanie, est du même avis. Selon lui, l’Allemagne agit dans son propre intérêt pour reprendre le contrôle sur l’immigration et il craint que Berlin ne dicte ses priorités en matière de dépense, qui risquent de ne pas être en adéquation avec celles de l’Afrique.

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Jacob Kayenya a ajouté que chaque pays africain avait ses propres problèmes et ses priorités et que le plan risque d’être en proie à des turbulences s’il généralise les problèmes variés du continent.

« Les priorités sont différentes à travers l’Afrique, tout comme les problèmes. Vous ne pouvez pas tout simplement décider qu’une solution règlera tous les problèmes auxquels font face les 54 pays africains. Chaque problème nécessite un plan adapté, et c’est là que le plan Marshall échoue. Et puis, reste à savoir aussi comment les ressources seront distribuées car, c’est bien connu, les détournements de fonds en Afrique sont monnaie courante et appelle à un nouveau modèle », a expliqué le politologue.

D’un autre côté, les défenseurs du plan considèrent que c’est ce que l’Afrique attend depuis longtemps et que cet accent mis sur la création d’emplois permettra non seulement de donner du pouvoir aux jeunes africains, mais relancera aussi des activités économiques cruciales, comme un commerce équilibré et de meilleures relations avec l’Europe.

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« C’est un modèle unique et différent qui change la manière de faire des affaires. En faisant passer les Africains de simples bénéficiaires à véritables partenaires, le plan leur donne le pouvoir d’agir et l’occasion d’accroître leur participation dans le commerce international », a déclaré Mathias Okwemo, économiste basé à Nairobi.

« Il s’agit aussi d’être à l’avant-garde de la transformation du continent. Cibler les jeunes pour qu’ils deviennent des entrepreneurs indépendants est peut-être l’aspect le plus ingénieux du plan. »

Quoi qu’il en soit, ce dernier devrait redéfinir les relations entre l’Afrique et l’Allemagne en passant de la simple aide au développement à l’émancipation économique du continent. Reste à savoir si les Africains y souscriront