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23/01/2017

Amnesty condamne les abus envers les migrants dans les Balkans

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Amnesty condamne les abus envers les migrants dans les Balkans

Dans un camp de migrants en Bulgarie [Amnesty International]

Racket et abus des migrants en Serbie et Macédoine sont légion selon Amnesty International, qui dénonce l’immobilisme de l’UE.

L’organisation Amnesty International (AI) a accusé la Serbie et la Macédoine de mauvais traitements envers des clandestins qui transitent par ces territoires en route vers l’Union européenne, dans un rapport rendu public mardi.

« Les réfugiés et les migrants qui transitent par les Balkans sont exposés à de violents abus (…) de la part des autorités et des criminels locaux, et ont été honteusement abandonnés par l’UE et sa politique envers les migrants, qui les a laissés sans protection en Serbie et en Macédoine », déclare le rapport.

AI précise que ce rapport est le résultat de quatre enquêtes réalisées en Serbie, en Hongrie, en Grèce et en Macédoine entre juillet 2014 et mars 2015 et au cours desquels plus de 100 migrants ont été interrogés.

>>Lire : Hongrie et Bulgarie vont être partiellement exemptés de l’effort de solidarité sur les migrants

« Les réfugiés fuyant la guerre et les persécutions traversent les Balkans dans l’espoir de trouver la sécurité en Europe, mais se retrouvent victimes d’abus et d’exploitations et à la merci d’un système de demande d’asile défaillant », a déclaré Gauri van Gulik, directeur adjoint d’AI pour l’Europe et l’Asie centrale.

« La Serbie et la Macédoine sont devenues une (porte de sortie) pour le flot de migrants que personne en Europe ne semble être disposé à accueillir », a-t-il ajouté.

Aux frontières de la Grèce avec la Macédoine et de la Macédoine avec la Serbie, les réfugiés et migrants sont soumis à des « renvois sommaires illégaux alors que nombreux sont contraints de payer des pots-de-vin », poursuit le rapport.

Des réfugiés, en route vers la Hongrie, ont été obligés de payer chacun 100 euros à la police des frontières serbe sous la menace d’être renvoyés, indique le rapport citant un témoin. D’autres clandestins ont témoigné avoir été « sévèrement battus » en Serbie et en Macédoine.

A la mi-juin, la police serbe a annoncé l’arrestation de 29 policiers et de neuf douaniers accusés de corruption et d’abus de pouvoir, ainsi que d’avoir reçu des pots-de-vin notamment pour fermer les yeux sur les passages illégaux de clandestins vers la Hongrie.

Les législations concernant les demandeurs d’asile dans les pays des Balkans sont inadaptées à la situation sur le terrain, où le nombre de migrants grandit quotidiennement.

Selon le ministère serbe de l’Intérieur, plus de 34.000 personnes ont demandé l’asile en Serbie depuis le début de l’année.

Amnesty reproche à l’UE d’avoir « investi d’importants moyens dans le contrôle de frontières au lieu d’avoir soutenu l’amélioration du système de demande d’asile ».

« La Serbie et la Macédoine doivent faire beaucoup plus dans le domaine du respect des droits des migrants et des réfugiés. Mais il est impossible de séparer les violations de leurs droits de la pression que représente le nombre croissant d’immigrés et l’échec de la politique de l’UE sur l’immigration », a déclaré M. van Gulik.

A la mi-avril, l’organisation Human Rights Watch avait déjà accusé la police de Serbie de harceler les immigrants illégaux et les demandeurs d’asile qui transitent par le territoire serbe, ce que le ministère serbe de l’Intérieur avait démenti.

La Serbie n’est pas membre de l’Union européenne, mais offre un accès terrestre à quatre pays de l’UE: la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et la Croatie.

>>Lire aussi : 137.000 migrants ont fui l’Afrique et le Moyen-Orient en 2015

Contexte

Lors d'une réunion à Luxembourg le 16 juin, les ministres de l'Intérieur de l'UE ont rejeté le projet de la Commission de répartir 40 000 immigrants arrivés en Grèce et en Italie dans les autres pays membres selon un système de quota.

Le 27 mai, la Commission a proposé la relocalisation de 40 000 réfugiés actuellement en Italie ou en Grèce vers d'autres pays de l'UE, ainsi que la réinstallation de 20 000 migrants supplémentaires actuellement hors-UE. Cette proposition doit à présent être adoptée par le Conseil, lors d'un vote à la majorité qualifiée.

Il était évident dès le début que la proposition serait rejetée par la plupart des États membres, étant donné les réactions des dirigeants européens lors du sommet extraordinaire sur l'immigration du 23 avril (voir « Contexte » ci-dessous).

>> Lire : La Commission force les États membres à agir face à la crise de l'immigration

Depuis il est cependant apparu que nombre d'États, comme la France ou l'Allemagne, ne sont pas opposés à l'idée du partage du fardeau de l'immigration, mais refusent le système des quotas.