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30/09/2016

Ansip veut que l’aide européenne finance le marché numérique africain

Aide au développement

Ansip veut que l’aide européenne finance le marché numérique africain

Le développement du numérique doit être au cœur des politiques d’aide de l’UE selon le commissaire au développement Andrus Ansip.

« Les nouvelles technologies de l’information et de la communication jouent un rôle central dans le développement » a affirmé le président de Maurice, Bibi Ameenah Firdaus lors de la session d’ouverture des journées européennes du développement à Bruxelles.

Les 10ème Journées européennes du développement  se tiennent les 15 et 16 juin dans la capitale européenne et rassemblent l’ensemble des acteurs du développement autour de débats.

>>Lire : Ban Ki-moon à Bruxelles pour le Davos du développement

Alors que les nouveaux objectifs de développement durable pour 2030 ont été adoptés en 2015 par la communauté internationale, nombreux sont les participants à estimer qu’ils seront inatteignables sans l’aide des technologies numériques.

« Si nous ne parvenons pas à investir dans la téléphonie mobile, nous ne pourrons pas atteindre les objectifs de développement durable » affirme le directeur de l’entreprise kenyane Safaricom, Bob Collymore, lors d’un débat sur la contribution du numérique aux ODD.

Présentes dans l’agriculture, l’éducation, la santé ou encore les services financiers, les technologies de l’information permettent souvent de désenclaver des populations, et sont largement utilisés dans les pays en développement.

« Au Togo, nous avons connecté 4400 chefs de village en leur donnant un téléphone portable ainsi qu’un crédit de communication. Ainsi, ils font remonter l’information locale » explique Cina Lawson, ministre des Télécommunications de Togo.

Investissements nécessaires

Problème, l’aide au développement européenne ne prend que peu en compte le déploiement  du numérique, alors même que le continent africain affiche des besoins immenses en termes d’infrastructures de télécommunication.

Aujourd’hui, sur les 32 milliards d’euros que l’UE va consacrer au développement d’ici 2020, seul  150 millions sont dédiés exclusivement à des projets numériques » a regretté le commissaire européen Andrus Ansip. « Pourtant, on sait que l’Afrique est le continent le moins connecté du monde à Internet »  a-t-il poursuivi.

Pour remédier à ce manque de soutien, l’intégralité des projets de développement devrait « comporter une partie numérique », a assuré le commissaire, assurant que cette idée bénéficiait « d’un large soutien au sein de la Commission européenne ».

Cette proposition d’inclusion transversale du numérique dans les projets de développement est également saluée par certains pays en développement. « Intégrer un volet numérique dans les projets, c’est une bonne idée » a affirmé Cina Lawson.

Cadre réglementaire

Outre les infrastructures, l’Afrique a également besoin d’améliorer son cadre réglementaire « Il faut déjà développer les réglementations pour attirer les investisseurs étrangers, car l’Afrique à un grand manque d’infrastructures » explique Cina Lawson.

Pour Andrus Ansip, l’absence de marché numérique en Afrique est justement l’occasion d’aller plus vite qu’en Europe, où le commissaire peine à mettre en place un marché unique du numérique tant les réglementations des États membres sont parfois éloignées.

>>Lire : Infographie : Connecter les pays en développement

« En Afrique, il ne faut pas reproduire les mêmes erreurs qu’en Europe sur le marché numérique. Parfois, ne pas avoir d’histoire ne de tradition numérique permet d’avancer à grands pas » a prévenu le commissaire. « Les pays en développement doivent faire attention à l’interopérabilité ».

Les freins financiers

Pour l’heure, l’inclusion numérique dans les pays en développement, et particulièrement en Afrique se heurte souvent à la question des coûts d’acquisition d’un téléphone mobile, mais aussi à ceux de l’abonnement.

« Le prix des smartphones est un véritable défi, mais il y a aussi celui de l’accès à l’électricité pour recharger son mobile, car vous pouvez avoir les moyens de vous l’acheter, mais ne pas avoir d’accès sur à l’électricité » explique Bob Collymore.

Résultat, dans certains pays africains, le part des revenus consacrée au téléphone mobile et à l’abonnement peut atteindre des sommets.  « Dans certains pays en développement, c’est un tiers du revenu qui y est consacré »  rappelle le commissaire. « Cela montre bien à quel point c’est important pour les populations ».

>>Lire : Bruxelles baisse les bras sur la liberté numérique dans les pays en développement