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02/12/2016

Les collectivités locales, clés de l’intégration des réfugiés

Aide au développement

Les collectivités locales, clés de l’intégration des réfugiés

[dpa]

La difficulté de trouver un emploi, sans connaissances de la langue parlée, devient rapidement un cercle vicieux. Pour le rompre, les initiatives locales s’avèrent cruciales, selon une étude de l’Institut de Berlin.

Menuisier, électricien ou médecin généraliste : peu importe le métier, les personnes qui n’ont pas été formées ou n’ont pas travaillé en Allemagne ne peuvent pas exercer, une fois arrivées dans le pays et reconnues comme demandeurs d’asile. Il faut d’abord que leurs qualifications soient vérifiées, et surtout qu’ils apprennent l’allemand. Il ne s’agit, cependant, que de deux des nombreux obstacles que doivent surmonter les migrants. L’intégration devient encore plus compliquée quand un jeune Syrien, par exemple, n’a pas pu terminer sa scolarité. Or ces situations sont de plus en plus fréquentes. Dans les zones où les guerres persistent depuis de nombreuses années, le quotidien est régi par la survie. Chercher un emploi ou une formation dans un nouveau pays devient alors considérablement plus difficile.

« Selon un sondage effectué entre décembre 2015 et mars 2016, les réfugiés originaires de régions en guerre ou en situation de crise depuis plusieurs années, comme la Somalie, le Pakistan ou l’Afghanistan, ont rarement eu accès à une formation », rapporte l’institut de Berlin pour la population et le développement. C’est pourquoi de nombreux migrants qui fuient ces pays ont souvent une éducation très rudimentaire ou sont analphabètes.

Pour que ces réfugiés puissent gagner leur vie, il est nécessaire de leur fournir les aides adéquates et de faire preuve de patience, préconise le directeur de l’institut de Berlin, Reiner Klingholz, en présentant son étude : Au travail : comment les réfugiés s’intègrent au marché du travail grâce à des initiatives locales.

Seulement 8 % des demandeurs d’asile ont trouvé un emploi en Allemagne l’année de leur arrivée, montre l’analyse qui s’appuie sur des chiffres de l’office allemand de la migration et des réfugiés (BAMF). Sur les trois dernières années, 1,3 million de personnes ont demandé l’asile en Allemagne. Or, leur intégration ne réussit que quand elles entrent dans le marché du travail, a insisté Reiner Klingholz. « La réussite [de cette intégration] sera déterminante pour notre future coexistence. »

>> Lire : Le FMI suggère de ne pas trop payer les réfugiés en Europe

Le potentiel de la spécialisation

Le directeur de l’institut berlinois se montre malgré tout confiant. La majorité des réfugiés sont jeunes : près d’un tiers a moins de 18 ans, 70 % d’entre eux moins de 30 ans. L’accès au marché, qui cherche activement du personnel qualifié, leur sera facilité. La demande de main d’œuvre existe, comme le montre les derniers chiffres de l’institut de recherche pour le marché du travail et l’emploi (IAB). Au deuxième trimestre 2016, plus de 985 000 postes de travail étaient à pourvoir sur le marché allemand, soit une augmentation de près de 10 % par rapport à l’année précédente.

« Le besoin de personnel qualifié augmente », a confirmé Ulrich Wiegand, dirigeant de la chambre de métiers et de l’artisanat de Berlin. « Or, la formation est la voie pour y parvenir. » Il estime néanmoins qu’il est justifié que les qualifications des réfugiés ne soient reconnues que partiellement. « Ils manquent souvent des connaissances, notamment dans le domaine du droit du travail et de la santé. La sécurité est cependant importante. Qui voudrait prendre des risques lors de la pose de nouveaux câbles électriques ? », explique-t-il. Des compétences adaptées aux besoins de chacun, mais aussi du marché du travail, sont donc essentielles dès le départ.

La barrière de langue

C’est cependant la langue qui représente souvent le premier obstacle. En effet, rares sont les réfugiés qui maîtrisent l’allemand dès leur arrivée : en 2015, seulement 2 % des demandeurs d’asile ont affirmé avoir des connaissances de la langue. En outre, peu d’entre eux ont terminé leur scolarité ou suivi une formation.

Les initiatives locales sont alors les meilleures solutions pour aider les immigrants à s’orienter et à intégrer la langue et le quotidien professionnel, selon l’auteur de l’analyse, Stephan Sievert. « Elles complètent le travail des autorités et remplacent le réseau personnel dont manquent les réfugiés qui n’est pas négligeables lors de la recherche d’emploi. » L’étude montre également que les initiatives locales ont de l’importance, non seulement pour l’emploi, mais aussi pour la phase de préparation, avec les conseils, les cours de langue, et les formations continues. « Le chemin vers l’emploi est souvent long », rappelle l’auteur de l’analyse. Pour éviter la frustration et l’ennui, il est important de proposer des offres complémentaires et des stages à temps partiel, de sorte que les connaissances acquises puissent être mises en œuvre rapidement.

Les chiffres de l’étude de l’institut de Berlin montrent les bénéfices. Les initiatives locales examinées ont permis à 20-50 % des nouveaux arrivants de trouver un emploi, même si une majorité d’entre eux n’ont eu qu’un poste d’assistant ou un CDD, selon Stephan Sievert.

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