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07/12/2016

Ban Ki-moon à Bruxelles pour le Davos du développement

Aide au développement

Ban Ki-moon à Bruxelles pour le Davos du développement

Ban Ki-moon

Le secrétaire général de l’ONU est à Bruxelles pour deux jours de débat sur la politique de développement.

Arrivé le 14 juin, Ban Ki-moon a passé la journée à une soupe populaire pour les réfugiés à Bruxelles, avec des réfugiés syriens. Le sommet bruxellois intervient un mois le sommet humanitaire mondial de l’ONU, très critiqué car organisée en Turquie et boycottée par Médecins Sans Frontières après le bombardement de leur personnel dans 75 hôpitaux. L’ONG a qualifié ces attaques de « violations des règles fondamentales du droit de la guerre ».

Six des membres du G7 n’ont pas non plus jugé bon d’assister à ce sommet. La chancelière allemande, Angela Merkel, s’est donc rendue seule à Istanbul.

Les 10ème Journées européennes du développement qui se tiennent les 15 et 16 juin, consistent en une série de débats sur les politiques de développement actuelles. Les plus grandes ONG représentées telles que ActionAid et Oxfam se concentrant sur l’évasion fiscale dans le monde développé, les inégalités économiques et le « 1 % » de la planète, les journées ont hérité de titre de « Davos du développement ».

Inégalités et évasion fiscale

« Nous allons remettre en question la réaction de l’Europe par rapport à la crise des migrants et des réfugiés, qui risque de mettre en danger l’aide au développement européenne. L’Europe tente de sous-traiter ses obligations en matière de respect des droits de l’Homme à des pays tiers », a déclaré un porte-parole d’Oxfam. « Nous parlerons aussi du problème de l’inégalité qui entrave la croissance, la lutte contre la pauvreté et engendre des troubles sociaux. »

ActionAid vient quant à elle de publier un rapport, « le coût du privilège », influencé par le mouvement Occupy et 1 %. L’étude se concentre sur l’inégalité et l’évasion fiscale dans les pays riches.

Un débat tournera autour du fait que le FMI estime à environ 200 milliards d’euros les pertes causées dans les pays en développement par les pratiques fiscales des entreprises des pays riches. Selon l’institution financière, c’est plus que le montant total des aides mondiales versées annuellement.

Alors que le commissaire européen au développement, Neven Mimica a demandé que la conférence « s’axe autour des résultats, et transforme les engagements des ODD en actions », la plus grande initiative annoncée juste avant l’événement est un « engagement stratégique » UE-Éthiopie, qui sera signé par Jean-Claude Juncker et le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, à Bruxelles pour l’ouverture de la nouvelle ambassade du pays.

Addis Abeba, la capitale, a fait l’objet de vives critiques par des organes tels que Human Rights Watch. L’ONG dénonce le meurtre de manifestants dans la région d’Oromia et l’absence de médias libres et indépendants.  The Guardian, partenaire d’EurActiv, a rapporté la semaine dernière que d’autres pays de la Corne de l’Afrique, comme les régimes autoritaires d’Érythrée, ou du Soudan, pourraient recevoir l’aide de l’UE en échange d’une aide pour juguler les flux migratoires venant d’Afrique.

Fonds fiduciaire

Selon des responsables de la Commission, l’accord UE-Éthiopie, qui s’ajoute au Fonds fiduciaire pour l’Afrique, « reflète les liens très solides qu’entretient l’UE avec l’Éthiopie, le rôle crucial de ce pays en Afrique et dans la communauté internationale et son important développement socio-économique ». « L’UE et l’Éthiopie vont donc élever leur 40 années de partenariat à un niveau encore plus stratégique. »

>> Lire : Mimica : «il faut lier migration et aide au développement en Afrique»

Lors d’une interview au Sénégal le mois dernier, Neven Mimica a reconnu le fonds d’urgence pour l’Afrique n’allait peut-être pas décourager les migrants — tant économiques que les réfugiés — de fuir les pays africains déchirés par les conflits ou frappés par le changement climatique pour se rendre en Europe.

Des personnalités des pays en développement, comme Uhuru Kenyatta, président du Kenya, ou les dirigeants de l’île Maurice, du Burkina Faso, de la République centrafricaine, des Samoa, d’Éthiopie et du Timor oriental, participent également au débat.

Du côté européen, neuf commissaires seront présents, dont la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, le commissaire au développement et à la coopération internationale, Neven Mimica, le commissaire à la migration, Dimitris Avramopoulos, et le commissaire à l’aide humanitaire, Christos Stylianides.

Plus de 500 intervenants prendront la parole lors de ces deux jours, pour débattre de sujets tels que les priorités de l’après-accord de Cotonou, l’urbanisation de l’Afrique ainsi que la dépendance à la fluctuation des prix du café et des matières premières.

Situation tragique

Ban Ki-moon quittera Bruxelles vendredi pour se rendre en Grèce pour discuter de la crise migratoire avec le gouvernement. Le chef de l’ONU se rendra ensuite sur l’île grecque de Lesbos le samedi 18 juin pour rencontrer des réfugiés.

Après avoir rencontré des réfugiés syriens, afghans et iraniens lors d’une soupe populaire à Bruxelles, Ban Ki-moon a déclaré qu’il s’agissait d’une situation tragique. « J’appelle les dirigeants mondiaux à faire preuve de compassion et de leadership. »

« L’ampleur des défis est difficile à décrire, mais ne désespérez pas, ne perdez pas espoir, nous sommes avec vous », a-t-il déclaré aux bénévoles.

Une question risque pas de ne pas être abordée durant ces deux journées : la possibilité d’une sortie imminente du Royaume-Uni, pays qui est pourtant l’un des plus grands donateurs de l’UE et qui laisserait le bloc au milieu de négociations avec les pays ACP sur un nouvel accord de Cotonou.

>> Lire : En direct: Brexit or no Brexit

Le mois dernier, aucune ONG n’a désiré s’exprimer sur le sujet, alors que le Royaume-Uni fait partie des trois États membres ayant atteint l’objectif de l’ONU de dépenser 0,7 % de son PIB dans l’aide au développement.