Berlin veut favoriser le rôle de la religion dans l’aide au développement

Depuis les attentats du 11 septembre, la religion est surtout considérée comme une source de conflit. Mais elle peut parfois jouer un rôle positif, notamment dans les États autoritaires, où l’aide des gouvernements étrangers n’est pas toujours la bienvenue. 

« La religion peut rapprocher les gens, et les motiver à être solidaires et à respecter l’environnement. Nous négligeons ce potentiel depuis bien trop longtemps », a estimé Gerd Müller, ministre allemand du Développement.

Un projet de recherche mené entre 2008 et 2015 par l’Institut Giga, basé à Hambourg, montre qu’en Afrique la religion a tendance à jouer un rôle destructeur dans 22 des 48 conflits étudiés.

Cependant, le directeur du projet, Matthias Basedau souligne que presqu’aucune recherche ne se penche sur le rôle de la religion sur la gestion des conflits. Selon lui, la religion est plus souvent une force positive qu’un accélérateur.

Matthias Basedau a donc élaboré un nouveau projet de recherche, grâce auquel il espère déterminer les conditions dans lesquelles la religion renforce le développement, et les conditions dans lesquelles elle le freine.

D’ici la fin de l’année, le ministère du Développement allemand souhaite présenter une initiative visant à utiliser la religion comme « puissance créative positive » dans le processus de développement.

Depuis 50 ans, le ministère allemand soutient des programmes de développement affiliés à des églises partout dans le monde. Rien qu’en 2014, ces projets représentaient 218 millions d’euros. Pour la première fois, on s’intéresse aux conséquences de ces aides particulières sur le terrain.

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La semaine dernière, le sujet a été débattu à deux occasions : à la banque de développement KfW et chez Misereor, une organisation caritative catholique.

Martin Mauthe-Käter, du ministère du Développement, a souligné que la Banque mondiale, le ministère du Développement britannique et d’autres donateurs internationaux se penchent de plus en plus sur le rôle de la religion dans le développement depuis quelques années.

L’organisation d’aide au développement de l’État, Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), a été chargée d’identifier des cas dans lesquels les organisations de développement religieuses ont été particulièrement efficaces.

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Un accès plus facile à certaines populations

Il est évident que les organisations caritatives gérées par l’Église ou d’autres communautés religieuses ont souvent un statut spécial dans les États autoritaires et répressifs.

Elles sont donc en mesure de mener des projets sociaux et de développement même quand les organisations laïques ne peuvent plus le faire, ou quand l’aide au développement des gouvernements étrangers ne peut être utilisée pour des raisons politiques.

La députée Claudia Lücking-Michel, de l’Union chrétienne-démocrate, parti de centre-droit, estime cependant que le rôle de la religion est presque toujours ambigu. Dans de nombreuses régions, la religion ne fait qu’exacerber des conflits liés aux ressources, comme l’eau, la terre, les pâturages, le pétrole ou les minerais, et les conflits politiques qui suivent souvent les divisions ethniques. Ainsi, Chrétiens et Musulmans s’affrontent souvent dans des conflits armés ou se persécutent mutuellement, souligne-t-elle.

Jusqu’ici, le ministère du Développement allemand n’a pas défini sa position sur les organisations d’aide au développement islamiques. Les Britanniques évaluent chaque organisation afin de s’assurer qu’elles ne soutiennent pas de combattants terroristes avant de leur faire des dons.

Si le ministère allemand du Développement souhaite réévaluer le rôle de la religion dans le développement, il devra trancher.

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Contexte

L'UE est présente dans toutes les régions secouées par des crises humanitaires à travers le monde, par exemple en Afghanistan, dans la région du Sahel, en Syrie, dans les territoires palestiniens occupés et dans de nombreuses autres régions en Afrique, en Amérique Centrale et du Sud et en Asie du Sud-Est.

Elle apporte aide au développement et des aides humanitaires, et agit tout au long du cycle de la gestion des catastrophes : prévention, préparation, capacité de réaction et redressement. Durant la seule année 2012, l'UE a apporté son aide à 122 millions de personnes dans plus de 90 pays tiers.