Bruxelles déplore la baisse de l’aide au développement dans certains pays

Neven Mimica, commissaire chargé de la coopération internationale et du développement.

Neven Mimica, commissaire chargé de la coopération internationale et du développement. [European Parliament)]

L’écart entre les promesses des pays européens en matière d’aide au développement et la réalité se creuse, alors que la conférence internationale sur le financement s’ouvre à Addis-Abeba, le lundi 13 juillet. 

Ces derniers mois, plusieurs États membres ont réduit leur aide au développement, s’éloignant ainsi de l’objectif de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à la solidarité internationale. Un objectif qui arrive pourtant à échéance en… 2015.

« Il y a toujours eu des États membres bien en deçà des pourcentages moyens de RNB alloués à l’aide publique au développement, et d’autres qui dépassent les 0,7 %. Malheureusement, plus de pays se situent sous la ligne de 0,7 % qu’au-dessus » a regretté Neven Mimica, le commissaire européen en charge du développement.

Dans les pays nordiques, qui figurent traditionnellement parmi les grands donateurs, la Finlande et le Danemark ont successivement annoncé des réductions conséquentes de leur aide publique au développement (APD) ces dernières semaines. 

Fin mai, le nouveau gouvernement finlandais de centre droit a annoncé une coupe drastique de 43 % de son budget développement, soit 300 millions d’euros. Une décision inattendue, au regard de la tradition de solidarité internationale du pays.

En effet, la Finlande affectait dès 1991 0,82 % de son RBN au développement. Elle avait opéré une première coupe drastique l’année suivante. Son aide s’était alors écroulée à 0,31 %, avant de remonter constamment jusqu’à 0,60 % en 2014.

Effet boule-de-neige

L’effet boule-de-neige redouté par les ONG s’est produit dans la foulée des élections danoises à la fin du mois de juin. La nouvelle coalition entre libéraux et conservateurs a promis une baisse de l’APD à 0,7 % du RNB, contre 0,87 %.

Au-delà des pays nordiques, la France, 5ème contributeur mondial d’aide au développement, a également vu son aide s’éroder lentement depuis 2010. La part du RNB français consacré à l’aide au développement est tombée à 0,36 % du PIB en 2014, contre 0,5 % en 2010. Un lent désengagement qui agace les ONG, d’autant qu’une baisse régulière serait programmée jusqu’en 2017, malgré les promesses régulières du pays de reprendre le chemin des 0,7 % dès le retour de la croissance.

>>Lire : L’aide au développement française tombe sous la moyenne européenne

En 2013, le Luxembourg engageait déjà cette tendance baissière. Le grand-duché, qui depuis les années 80 dédiait entre 1 % et 0,7 % de son RNB au développement est repassé sous la barre de l’engagement international en 2013.

Parmi les États membres de l’UE, un certain nombre se situent encore très loin de la barre des 0,7 % : Italie, Grèce Portugal et Espagne, les pays les plus touchés par la crise financière de 2008, consacrent chacun moins de 0,2 % de leur RND au développement.

Les nouveaux États membres, comme la Pologne ou la République tchèque, dont l’objectif avait été fixé à un niveau de 0,3 %, oscillent quant à eux autour de 0,1 %.   

Un choix « malheureux » selon la Commission

Les coupes opérées par ces différents États membres interviennent à un moment « très mal choisi » reconnait un fonctionnaire français, alors que doit s’ouvrir la conférence internationale sur le financement du développement à Addis-Abeba le lundi 13 juillet. Un événement au cours duquel les pays développés doivent s’accorder pour trouver les sources de financement du nouveau programme des Nations unies visant à éradiquer la pauvreté dans le monde à l’horizon 2030: les objectifs de développement durable. 

Le constat est plutôt partagé par la Commission européenne. « En ce qui concerne la Finlande ou le Danemark, ces pays sont parmi les plus importants donateurs et il serait donc malheureux que ces gouvernements décident de réellement réduire leur contribution » a concédé le commissaire Neven Mimica.

« Mais dans l’ensemble, l’engagement [des États] vis-à-vis du projet est tel que nous parviendrons collectivement à continuer à augmenter notre APD comme prévu. Il ne sera pas facile de convaincre tout le monde de la nécessité de cette hausse, mais la Commission fera tout son possible pour garder intact l’enthousiasme des États pour le développement » a-t-il poursuivi.

« L’Union européenne est le plus important fournisseur d’aide publique au développement au monde. L’an dernier, elle y a consacré 58 milliards d’euros. Cette année, nous estimons que les États membres et la Commission ajouteront 5 milliards d’euros à cette somme » a-t-il rappelé, précisant qu’avec une hausse de quatre milliards d’euros chaque année jusqu’à 2030, l’objectif des 0,7 % pourrait être atteint.

Une hausse possible grâce à l’augmentation du budget d’aide au développement de certains grands pays de l’UE, à l’image de l‘Allemagne ou du Royaume-Uni. 

>>Lire: Erik Solheim: « Si les britanniques peuvent consacrer 0,7% de leur RNB au développement, la France aussi »

« Le gouvernement allemand continue à poursuivre son objectif d’allouer 0,7 % du RNB à la coopération au développement tous les ans » a affirmé le ministre du Développement du pays Gerd Muller dans une interview à EURACTIV.

« Notre budget a augmenté de 13,5 %, sa plus grande augmentation à ce jour. Sous la Chancelière Merkel, la coopération économique et le développement ont doublé en nombres absolus » a-t-il précisé.