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01/09/2016

Certaines banques européennes financent des exploitations illégales d’huile de palme

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Certaines banques européennes financent des exploitations illégales d’huile de palme

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Les géants Bumitama et Wilmar, spécialisés dans les biocarburants, ont sciemment négocié des accords sur des exploitations illégales d'huile de palme. Les banques européennes font partie des investisseurs les plus importants.

Le producteur indonésien d'huile de palme Bumitama et ses filiales font fonctionner des « exploitations fantômes » de plantations qui s'étendent sur 7 000 hectares sans avoir pour autant les permis requis, selon un rapport commandé par les Amis de la Terre (AdT).

Les plantations en question se situaient dans l'ouest du Kalimantan, une province indonésienne qui fait partie de l'île Borneo, selon le rapport. Cependant, elles n’étaient pas dans le registre du ministère indonésien des Forêts.

« Nous avons adressé une lettre à Bumitama et demandé à plusieurs reprises de prouver la légalité des exploitations en question, mais nos demandes sont restées lettre morte jusqu'à aujourd'hui, » a indiqué Anne van Schaik, co-auteure du rapport.

AdT a eu recours à des images satellite, à des données commerciales, ainsi qu'à des rapports de terrain pour réaliser son rapport. Il en ressort que des producteurs se sont accaparés des terres de façon illégale. Ces derniers ont défriché des pans entiers de forêt vierge, sans tenir compte ni de l'habitat naturel des orangs-outans ni des zones protégées.

Wilmar, une société agroalimentaire siégeant à Singapour, aurait acheté l'huile de palme en question. Il s’agit de la pire société en termes de respect de l'environnement depuis deux ans, selon un classement du magazine Newsweek.

La vente d'huile de palme issue d'exploitations non accréditées est une pratique illégale. Cependant, « cette huile de palme se retrouve dans la chaîne d'approvisionnement mondiale », selon Anne van Schaik.

Elle pourrait finir par arriver sur le marché européen, sachant que l'objectif de fournir 10 % de carburant à partir de ressources renouvelables d’ici 2020 encourage le recours aux biocarburants.

Le rapport des AdT met en évidence les dangers de la déforestation dans l'ouest du Kalimantan. La vaste forêt vierge de la province du Kalimantan est vitale pour les orangs-outangs et pour les espèces en voie de disparition. Mais Bumitama n'a eu que faire des avertissements relatifs à leurs exploitations qui venaient empiéter sur la jungle.

Les Amis de la terre ont déposé une plainte en avril auprès de Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO), une plateforme qui établit des lignes directrices non contraignantes sur les modes de culture de l'huile de palme. Bumitama avait promis d'arrêter le processus de déforestation, une promesse que le géant n'a manifestement pas tenue selon le rapport. Des images satellite montrent que la déforestation a continué dans la région entre mai et septembre 2013.

En réponse aux questions posées par EurActiv, Bumitama a publié un communiqué. Selon ce dernier, l’entreprise et ses filiales « n'ont ni contribué à la déforestation ni tué des orangs-outangs ». Le producteur a cependant reconnu qu' « après avoir mené sa propre enquête, [il] a constaté qu'il existait des lacunes relatives au respect des principes et critères strictes édictés par la RSPO, notamment concernant les nouvelles procédures de plantation ».

Des investisseurs européens impliqués

Bumitama Agri se trouve en Indonésie et a la main sur environ 200.000 hectares de réserves foncières agricoles. Les banques britannique et néerlandaise, HSBC et Rabobank, font partie des principaux investisseurs de la société.

Les deux banques accordent des prêts importants à Bumitama. Afin d'accentuer la pression sur Bumitama, les Amis de la terre ont dénoncé les pratiques des investisseurs européens. « Les deux banques sont très attentives à ce qui va ressortir de la plainte déposée auprès de la RSPO », ajoute Anne van Schaik.

Réactions

En réaction à ce rapport, Bumitama a reconnu ne pas avoir respecté stricto sensu les principes et critères édictés par la RSPO. « Le groupe (Bumitama et ses filiales) a pris immédiatement des mesures nécessaires en vue d’arrêter toute activité de plantation de trois producteurs […]. Il nommera, en outre, un groupe tiers indépendant afin de mener un audit dans les zones de plantation des trois producteurs. Le groupe a également signé un protocole d'entente avec le parc national Tanjung Puting en vue de réhabiliter certaines zones de la forêt vierge et de planter des arbres fruitiers pour nourrir les orangs-outangs. » Pour lire le communiqué complet, cliquez ici.

Contexte

Alors que les États tentent de se détacher des énergies fossiles, ils se tournent de plus en plus vers la biomasse, les nouvelles technologies permettant maintenant de la convertir de manière compétitive en combustibles liquides et en électricité. En Europe, l'utilisation de l'huile de palme dans le carburant a augmenté de 365 % ces 6 dernières années.

Toutefois, cherchant des terres bon marché, un climat adapté et des coûts de transports compétitifs, les investisseurs se tournent de plus en plus vers l'Afrique et l'Asie du Sud-Est, où de nombreux pays souffrent d'insécurité alimentaire et disposent de droits fonciers limités.

L’exploitation de telles cultures pourrait provoquer le déplacement des populations pauvres et marginalisées.  La déforestation menace également l'environnement et de nombreuses espèces rares et en voie de disparition.

Les secteurs des produits cosmétiques et alimentaires ont recours, en plus des biocombustibles, majoritairement à l'huile de palme.

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