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28/09/2016

Crise migratoire: Bruxelles propose une aide humanitaire aux pays de l’UE

Aide au développement

Crise migratoire: Bruxelles propose une aide humanitaire aux pays de l’UE

Christos Stylianides, commissaire européen à l’aide humanitaire et à la gestion des crises.

L’UE a proposé un budget humanitaire de 700 millions d’euros pour aider ses États membres en première ligne face à l’afflux massif de migrants, comme la Grèce, où quelque 10.000 personnes sont bloquées à la frontière macédonienne.

Le projet dévoilé mercredi  2 mars par la Commission européenne est sans précédent, dicté par une crise hors norme : il s’agit de pouvoir fournir une aide humanitaire d’urgence, non plus seulement à des pays tiers pauvres, mais désormais à des membres de l’UE.

Aide humanitaire en Europe

« La proposition d’aujourd’hui rendra 700 millions d’euros disponibles pour fournir de l’aide là où elle est le plus nécessaire », a déclaré le commissaire européen chargé de l’Aide humanitaire, Christos Stylianides, proposant 300 millions d’euros pour 2016, et 200 millions par an les deux années suivantes.

La présentation écrite du « nouvel instrument » ne détaille pas les pays qui en seront les bénéficiaires, mais l’aide « ira, dans une large mesure, vers la Grèce, parce que c’est là que nous avons la crise humanitaire la plus grave », a expliqué M. Stylianides.

>>Lire : La Grèce dénonce « l’erreur monumentale » de l’Autriche

Athènes, confrontée à une situation dramatique à sa frontière avec la Macédoine, où quelque 10.000 migrants sont bloqués par les restrictions imposées par les pays voisins, a évalué ses besoins à 480 millions d’euros pour organiser l’accueil de 100.000 réfugiés.

Blocage en Macédoine

Skopje a rouvert brièvement dans la nuit de mardi à mercredi sa frontière et laissé passer environ 170 réfugiés syriens, selon les autorités locales grecques. En fin matinée, un autre groupe d’une vingtaine de réfugiés a été autorisé à traverser la frontière avant que celle-ci ne soit à nouveau fermée, selon un journaliste de l’AFP.

Il s’agit des premiers groupes de migrants autorisés à traverser cette frontière, point de passage de la route des Balkans à destination des pays de l’Europe du Nord, depuis des incidents survenus lundi entre des migrants et des policiers macédoniens.

Près du village grec frontalier d’Idomeni, dans un camp dimensionné pour 1.600 personnes, la situation humanitaire continue de se dégrader.

« Entre vendredi et dimanche, le camp est passé de 4.000 à 8.000 personnes. Là, on est a plus de 9.000. On se lève tous les matins en se demandant comment on va faire aujourd’hui », a expliqué Jean-Nicolas Dangelser, responsable logistique de Médecins sans frontière (MSF) à Idomeni qui gère la distribution des repas, passés à 30.000 par jour.

>>Lire : L’UE tente d’empêcher une « crise humanitaire » sur la route des Balkans

À deux mille kilomètres de là, en France, sur la route de migrants rêvant de rejoindre le Royaume-Uni, les travaux du démantèlement controversé de la « jungle » de Calais (nord), ont repris mercredi dans le calme pour le troisième jour consécutif, selon un journaliste de l’AFP.

Décence humaine

Dans ce vaste camp, des abris de fortune ont subi des incendies d’origine indéterminée au cours d’une nuit par ailleurs relativement calme. « Il faut sortir, ça va démolir », avertissaient les policiers sur place mercredi matin, en tapant sur les abris de fortune encore sur pieds pour en déloger les occupants toujours présents. Au premier jour des travaux de destruction lundi, des heurts avaient opposé migrants et militants associatifs aux policiers anti-émeutes.

La partie sud de la « jungle » abrite entre 800 et 1.000 migrants selon le gouvernement français, mais près de 3.500 d’après les associations. Selon les différentes sources, entre 3.700 et 7.000 migrants au total, surtout Syriens, Afghans et Soudanais, survivent dans des conditions précaires sur l’ensemble du camp.

Lors d’une visite à Madrid, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a à nouveau dénoncé mardi soir les restrictions imposées aux migrants aux frontières dans les Balkans, qui ne « sont pas conformes au droit international ou à la décence humaine ».

>>Lire : La Pologne dit ne pas pouvoir cohabiter avec des gens du Moyen-Orient

Selon le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), plus de 131.000 migrants sont arrivés en Europe par la Méditerranée depuis début janvier, davantage que pour les cinq premiers mois de 2015.

En première ligne, la Grèce, qui abrite actuellement 23.000 migrants, a prévenu mardi qu’elle n’était « pas en mesure de faire face à l’ensemble des réfugiés qui arrivent ».

Appel au soutien des États membres

La Commission européenne a appelé mercredi les États membres et le Parlement européen, autorités budgétaires de l’UE, à soutenir « rapidement » sa proposition de budget humanitaire intra-européen, qui doit combler un « vide ».

La Grèce a déjà pu recevoir ces derniers mois des fonds européens, mais l’UE ne dispose pas d’un outil budgétaire lui permettant de répondre spécifiquement et dans l’urgence à des besoins humanitaires dans un État membre, comme elle peut le faire en faveur de pays tiers.

Pour tenter de mettre fin à la cacophonie européenne, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a entamé mardi à Vienne une tournée dans les Balkans et se rendra jeudi et vendredi en Turquie, avant un sommet extraordinaire européen le 7 mars à Bruxelles auquel assistera Ankara.