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24/01/2017

Dernière tentative de l’UE pour contenir les violences au Burundi

Aide au développement

Dernière tentative de l’UE pour contenir les violences au Burundi

Pierre Nkurunziza, le président du Burundi.

[AMISOMPublicInformation/Flickr]

Depuis que le président Pierre Nkurunziza a entamé son troisième mandat au pouvoir, l’État enclavé d’Afrique orientale est plongé dans des troubles civils qui ont fait 240 morts et ont forcé 250 000 personnes à fuir vers les pays voisins.

Le 8 décembre, une délégation de 20 représentants du Burundi va rencontrer une équipe de responsables européens à Bruxelles, qui les accusent d’enfreindre une série d’accords sur les droits de l’homme, la démocratie et l’état de droit.

Cette réunion survient un mois après que l’UE a évacué des familles du pays, où 300 000 personnes ont été tuées durant une guerre civile longue de 12 ans et qui s’est terminée en 2005.Cette dernière opposait les rebelles de la majorité hutue à l’armée menée par les Tutsis. C’est le même conflit ethnique qui a déclenché le génocide du Rwanda, lors duquel 800 000 Tutsis et Hutus ont été massacrés.

Arrivé à la fin de son deuxième mandat, le président, Pierre Nkurunziza, a affirmé qu’une décision du tribunal l’autorisait à briguer un troisième mandat et a donc remporté les élections contestées en juillet dernier.

La réunion du 8 décembre rassemblera des représentants des Nations unies, de l’Union africaine, de la Communauté d’Afrique de l’Est et les États ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et sera supervisée par le ministre néerlandais des Affaires étrangères.

Interrogé sur la possibilité de voir le pays plonger dans une guerre civile, un diplomate européen a déclaré « la crainte est là, et depuis longtemps ».

L’UE a déjà dépensé quelque 2 milliards d’euros pour le développement du Burundi depuis 2000. Cette somme finance le développement sanitaire, alimentaire et rural du pays, selon un autre responsable européen.

Si la réunion ne débouche pas sur une conclusion commune, le pays risque de perdre les 432 millions d’euros qui devaient lui être attribués d’ici à 2020 et de recevoir des sanctions. Certaines subventions ont déjà été suspendues lorsque les violences ont éclaté.

>> Lire : L’UE envisage de suspendre sa coopération avec le Burundi

Techniquement, le Burundi est accusé d’enfreindre l’article 8 de l’accord de Cotonou, selon lequel le pays reçoit des aides au développement s’il respecte les décisions de la Cour pénale internationale.

« Il ne s’agit pas d’une réunion politique, nous voulons savoir comment seront rétablies la liberté de la presse et la sécurité des défenseurs des droits de l’homme, ouvertes des enquêtes judiciaires sur certains cas de torture et d’exécutions extrajudiciaires, libérer les détenus et désarmés tous les groupes », a déclaré le représentant de l’UE.

Jusqu’à présent, la crise burundaise a largement suivi les lignes politiques, avec un mélange de groupes ethniques dans les deux camps. Les experts affirment toutefois que certains responsables prononcent des discours incendiaires risquant de raviver les tensions ethniques, ce que nie le gouvernement.

Le mois dernier, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a appelé le gouvernement burundais et l’opposition à se rencontrer en dehors du pays déchiré par le conflit pour tenter de mettre un terme aux meurtres et aux déplacements massifs.

Lors du sommet de la Valette sur la migration, Federica Mogherini a joint ses forces à celles de l’ONU et de l’Union africaine pour défendre des négociations de paix, craignant ce qu’elle appelle « une crise régionale profonde ».

Selon Amnesty International, des exécutions extrajudiciaires, des arrestations arbitraires et des cas de tortures sont rapportés chaque jour. 

Contexte

Les troubles ont éclaté au Burundi fin avril lorsque le président Pierre Nkurunziza a annoncé vouloir briguer un troisième mandat.

Le président, ancien dirigeant rebelle, est au pouvoir depuis 2005. Pour les figures de l’opposition et les groupes de défense des droits de l’homme, un troisième mandat enfreint la constitution ainsi que l’accord de paix qui a mis fin à la guerre civile en 2006.

La violence a plongé la nation dans la pire crise depuis la fin de la guerre civile qui a opposé les rebelles du groupe ethnique majoritaire, les Hutus, à la minorité tutsie, qui dirigeait l’armée à l’époque. L’armée est désormais constituée des deux ethnies.

Les mesures répressives prises par la police ont provoqué les critiques de l’occident, qui fournit la moitié du budget du pays. L’Union européenne et la Belgique ont bloqué les aides destinées aux élections, arguant que les conditions n’étaient pas bonnes pour un vote juste.

Les États européens sont les plus grands contributeurs au budget du Burundi. Les États-Unis eux, soutiennent l’armée.