En fragilisant les populations, le changement climatique favorise le terrorisme

Le changement climatique rend l'agriculture difficile et encourage les exodes vers les grandes villes. [Manon Flausch]

Du Venezuela au Moyen-Orient en passant par le Sahel, les conséquences du changement climatique semblent favoriser crime organisé et terrorisme. L’ONU et un think-tank berlinois sonnent l’alarme.

La sécheresse et la famine menacent des millions de personne dans le bassin du lac Tchad. Outre la crise humanitaire, l’ONU s’est alarmée de l’impact de la tragédie sur une région où prospère déjà Boko Haram.

Une corrélation également mise en lumière par le rapport publié le 20 avril par le groupe de réflexion berlinois Adelphi, qui juge que si le changement climatique ne mène pas directement à l’émergence de groupes terroristes, il créé toutes les conditions qui les favorisent.

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Famine, extrémisme religieux, terrorisme et migrations massives vers l’Europe marquent de plus en plus le continent africain. Un mur vert africain va être construit pour parer aux dangers que ces phénomènes entraînent.

En effet, dans les zones les plus vulnérables, le changement climatique rend l’agriculture et l’élevage plus difficile, ce qui mène à une plus grande compétition pour l’accès aux ressources, comme l’eau. Le résultat peut être une violence accrue entre les habitants, des déplacements de population, des pénuries d’eau et des famines, avec, en filigrane, un affaiblissement des structures nationales et du pouvoir de l’État.

Des conséquences qui favorisent la montée en puissance de groupements terroristes. Des populations fragilisées, dans le besoin, sont en effet plus enclines à se laisser convaincre par les promesses pécuniaires et rhétoriques violentes des terroristes. En outre, les terroristes et acteurs du crime organisé tentent parfois de se substituer à l’État là où il failli, notamment en organisant certains services de base, ce qui leur permet d’asseoir leur autorité au sein de la population.

Les terroristes utilisent de plus en plus l’accès aux ressources, comme l’eau ou le pétrole, pour assurer le contrôle des zones qu’ils occupent, et gagner de l’argent. C’est notamment le cas de Daech ou d’Al-Nusra, en Syrie, qui se livrent au trafic de pétrole, ainsi que d’armes, de drogue et d’antiquités volées dans des sites historiques pour se financer. Ils sont ainsi en mesure de faire tourner l’économie, ce qui leur vaut le soutien des habitants.

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Crime organisé

Ces stratégies ne sont cependant pas uniquement utilisées par les groupes terroristes, mais également par le crime organisé en général. C’est par exemple le cas au Guatemala, l’un des pays du monde le plus touché par des événements météorologiques extrêmes. L’économie, qui se relève petit à petit d’une guerre civile de 36 ans, y est en partie dépendante de cultures sensibles au climat et à la pollution. Il existe donc une menace chronique pesant sur la sécurité alimentaire.

Ces éléments encouragent une partie de la population à migrer vers les grandes villes, où l’on observe surpeuplement et grande pauvreté, ou à se livrer à des activités illicites, principalement liées au narcotrafic. Dans le contexte du Guatemala, qui se retrouve dans les pays voisins, le Honduras et au Salvador, la situation est aggravée par des forces de l’ordre parfois corrompues et inefficaces, et l’abondance d’armes, héritage des conflits récents.

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Renforcer et harmoniser

Les exemples pourraient continuer, du trafic d’êtres humains au Bangladesh au commerce d’opium en Afghanistan.  Face aux facettes multiples de ce problème, quelle stratégie adopter ?

Les auteurs du rapport d’Adelphi identifient plusieurs domaines d’actions pour réduire le risque terroriste. Tout d’abord, il faudrait assurer la protection du climat, le soutien du développement et le renforcement des gouvernements dans les pays vulnérables. Le soutien à l’État de droit et aux institutions locales permet par ailleurs de renforcer les gouvernements, pour qu’ils puissent s’opposer aux groupes terroristes.

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Pour les militaires, le réchauffement est désormais synonyme de nouvelles missions. Les gouvernements sont donc priés d’augmenter les crédits. Un article de notre partenaire le Journal de l’Environnement.

Ensuite, ils jugent nécessaire l’adoption d’une approche holistique de la lutte contre le réchauffement planétaire, du développement et des stratégies de contre-terrorisme et de maintien de la paix, afin de fournir une réponse cohérente et de ne pas aggraver un aspect du problème en tentent d’en résoudre un autre.

Deux derniers secteurs sont à consolider : l’agriculture et les villes. De fait, l’investissement dans l’adaptation du secteur agricole au changement climatique permettrait de voir moins de personnes perdre leurs moyens de subsistance et devenir ainsi des proies faciles. Et enfin, la communauté internationale doit mettre en place des mesures pour renforcer les villes, afin de les rendre plus résilientes et adaptables face au changement climatique, à l’augmentation de la population et aux conflits.

Villes et régions contre le changement climatique

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