En RDC, le conflit augmente l’insécurité alimentaire

Tshitita Godet, 18 ans, a perdu toute sa famille lors des massacres et a reçu des outils et des semences pour pouvoir recommencer à cultiver et se nourrir.

En République démocratique du Congo, 7,7 millions de personnes souffrent de la faim. Soit 30 % de plus que l’année dernière, selon la FAO.

Selon un rapport de l’organisation internationale luttant contre la faime, le nombre de personnes se trouvant en situation d’« urgence » et de « crise » en matière de sécurité alimentaire et ayant besoin d’aide humanitaire a augmenté de 1,8 million en RDC en un an, passant ainsi de 5,9 à 7,7 millions de personnes.

Cela signifie que plus d’une personne sur dix vivant dans des zones rurales souffrent d’une faim aigue.

Cette hausse s’explique par les violences accrues dans l’est et le centre du pays, notamment dans les provinces de Kasaï et de Tanganyika, où près de 1,4 million de personnes ont été forcées de fuir leur foyer depuis l’année dernière.

« Dans les régions déchirées par le conflit, les agriculteurs ont vu leur village et leur champ pillés. Ils n’ont rien pu cultiver depuis deux saisons. En plus du conflit faisant rage dans les communautés rurales, des légionnaires uniponctuées [une espèce de papillons s’attaquant majoritairement aux céréales et au maïs-grain] ont détruit les cultures sur plus d’un quart du territoire. La situation risque d’empirer si l’aide d’urgence n’arrive pas à temps », a déclaré Alexis Bonte, représentant de la FAO en RDC.

Situation alarmante au Kasaï

« Les agriculteurs déplacés, en majorité des femmes et des enfants, ont désespérément besoin d’aide alimentaire, mais aussi de moyens pour subsister, comme des outils et des semences afin de reprendre les activités agricoles. La plupart des femmes déplacées ont perdu leur mari. L’agriculture est pour elles un moyen de se remettre sur pied, et de faire face à l’avenir avec dignité et espoir », ajoute-t-il.

Or dans la province du Kasaï, les deux parties qui s’affrontent ne donnent pas accès à l’aide humanitaire internationale et la situation devient de plus en plus grave. Les familles se voient donc dans l’obligation de vendre tout ce qu’elles ont, ou de se contenter d’un repas par jour, souvent composée uniquement de feuilles et de féculents.

Cette région est secouée par des violences meurtrières depuis l’année dernière. En août 2016, le chef coutumier Kamwina Nsapu, de son vrai nom Jean-Pierre Mpandi, a été tué lors d’une opération de police. Non reconnu par l’État central comme successeur de son oncle décédé en 2012, le nouveau chef traditionnel voulait renverser le régime de Joseph Kabila.

Depuis cet assassinat, ses fidèles se sont regroupés en milice. Ainsi, femmes, enfants, mineurs affrontent les soldats de l’armée, s’en prennent aux symboles de l’État, aux écoles, aux églises, armés de bâtons, de machettes et de vieux fusils. Les massacres et les affrontements ont fait 4 000 morts et 1,4 million de personnes déplacées. L’ONU a par ailleurs dénombré 42 fosses communes, et essaye toujours de comprendre l’assassinat en mars dernier de ses deux experts venus enquêter sur les violences perpétrées.

L’UE a quant à elle sanctionné neuf hauts responsables du régime de Joseph Kabila en mai dernier, tous en lien direct avec la crise qui secoue les Kasaï. Ces personnalités politiques ont pour interdiction de pénétrer dans l’UE, ont leur avoirs gelés et n’ont pas le droit de recevoir des fonds venus de l’Union européenne.

Bruxelles estime que la crise a atteint une « ampleur exceptionnelle » et s’inquiète des rapports faisant état de l’usage disproportionné de la force par les services de l’Etat, et en particulier les forces de sécurité dans les Kasaï.

Les enfants, premières victimes du conflit

En RDC, la malnutrition chronique affecte 43 % des enfants de moins de cinq ans – soit plus de 7 millions d’enfants.

Dans le Kasaï, « plus le conflit dure, plus l’impact sur les enfants s’alourdit », alerte Yves Willemot, représentant de l’Unicef en RDC, cité par Le Monde. Selon l’UNICEF, 400 000 enfants sont en risque de malnutrition dans ces provinces, où l’aide humanitaire ne parvient pas.

« Mes parents ont été tués. Notre maison a été brulée. J’ai fui en laissant les animaux de mes parents et tout ce que j’avais derrière moi. Ma vie a changé. Avant je pouvais bien manger et bien m’habiller. Maintenant je n’ai plus rien », explique Tshitita Godet, 18 ans, qui a reçu des semences et des outils pour pouvoir recommencer à cultiver et se nourrir.

Les milices rebelles ont enrôlé de force des milliers d’enfants, des filles et des garçons de 5 à 25 ans qui sont formés à tuer. « Les Kamuina Nsapu, des jeunes et des enfants pour la plupart, meurent bel et bien sous les balles des forces de sécurité. Le baptême, c’est-à-dire la potion d’invincibilité, ne les protège pas. Et pourtant, ils continuent de remonter à l’assaut inlassablement », témoigne un web documentaire de RFI sur les violences au Kasaï.