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26/09/2016

En Allemagne, les réfugiés préfèrent travailler au noir

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En Allemagne, les réfugiés préfèrent travailler au noir

Des réfugiés afghans dans un centre d'hébergement.

[dpa]

En Allemagne de nombreux réfugiés travaillent au noir, selon les recherches de la station de radio allemande NDR Info. Mauvaises conditions de travail et salaire inférieur à un euro font souvent partie du marché.

Le tableau dressé par les études de la station de radio sur l’intégration des réfugiés en Allemagne est sombre. Selon les indications des autorités locales, des services sociaux, des experts et des réfugiés, 8 % des immigrants travaillent pour un salaire de misère, en tant que plongeur en restauration, agent d’entretien ou tapissier, en-dehors du marché légal.

Les réfugiés obtiennent l’accès au marché parallèle par l’intermédiaire de visiteurs, voire d’employés, des centres d’hébergement de réfugiés, rapporte NDR Info. Un employé d’un centre de logement collectif en Basse-Saxe serait ainsi soupçonné d’avoir attiré des réfugiés dans des activités illégales, en tirant profit « de la situation de détresse des réfugiés pour s’enrichir financièrement ».

Moyennant une commission considérable, il aurait fourni non seulement des logements et des privilèges aux réfugiés, mais aussi des emplois sur le marché informel. « Monsieur X m’a proposé un emploi non-déclaré dans une discothèque de la Reeperbahn [Hambourg], c’est-à-dire du travail au noir », a confié l’un des habitants du centre à NDR Info. « En contrepartie, il a toutefois exigé 50 % de mon salaire. Ce n’était pas acceptable pour moi. »

Les associations et les assistants sociaux rapportent qu’à Hambourg et Berlin, les offres d’emploi au noir pour les réfugiés sont récurrentes.

300 000 nouveaux postes sur le marché informel

Le nombre exact de réfugiés travaillant au noir ne peut être déterminé. En février, l’institut de recherches appliquées pour l’économie de Thübingen (IAW) et l’université de Linz en Autriche ont publié une étude estimant le nombre de postes qui pourraient être créés dans l’économie parallèle en 2016 à 300 000. Sur environ 1,1 million de personnes venues trouver refuge en Allemagne en 2015, cela représente une part de 30 %.

L’étude explique que la cause principale de ce phénomène serait la lenteur de l’intégration des nouveaux citoyens pourtant motivés à travailler. « Les réfugiés sont condamnés à ne rien faire pendant de longs mois, il paraît donc logique qu’ils souhaitent sortir et acceptent le travail au noir », selon l’un des auteurs de l’étude, Friedrich Schneider, professeur à l’université de Linz.

Au cœur du problème se trouve la maîtrise de la langue. Bien que la plupart des réfugiés espèrent apprendre rapidement l’allemand, beaucoup trouvent la procédure trop longue, aussi bien les entreprises que les réfugiés. Les trente entreprises allemandes les plus cotées à la Bourse de Francfort n’ont, par exemple, employé que 54 réfugiés durablement, alors que la demande en main d’œuvre qualifiée continue d’augmenter. Le dirigeant de la chambre des métiers et de l’artisanat de Berlin, Ulrich Wiegand, a expliqué à EurActiv que le plus important pour les réfugiés était de pouvoir produire des qualifications adéquates pour obtenir un emploi. « Une formation complète est la voie pour y parvenir », indique-t-il.

>> Lire : Les collectivités locales, clés de l’intégration des réfugiés

Or, pour beaucoup, le temps de préparation, incluant non seulement l’apprentissage de l’allemand, mais aussi des lois et des particularités du marché du travail allemand, est trop long. C’est pourquoi ils se tournent vers des emplois non-déclaré et contribue à l’économie parallèle.

Pas assez d’efforts de la part des entreprises

L’institut berlinois pour la population et le développement a effectué un sondage sur les initiatives locales pour l’accès à l’emploi. Les résultats montrent que la motivation des réfugiés atteint un pic à leur arrivée dans le pays. Ensuite, plus la phase de préparation pendant laquelle les réfugiés ne gagnent pas d’argent est longue, plus la pression augmente, notamment pour rassembler de l’argent et aider d’autres membres de la famille ou rembourser des dettes. « De nombreux réfugiés préfèrent ainsi accepter un emploi précaire et mal payé pour lequel ils sont surqualifiés », résume le groupe de réflexion berlinois.

Il est évident que, même si les emplois non-déclarés représentent un accès rapide à l’argent, ils sont également un obstacle à l’intégration. Début août, une loi a été implémentée pour faciliter l’accès aux emplois légaux aux demandeurs d’asile. Reste à savoir si cette mesure contribuera à un changement sensible de la situation.

>> Lire : La crise des réfugiés met au défi les politiques d’intégrations de l’Europe

Il y a une semaine environ, la chancelière allemande Angela Merkel a demandé conseil et assistance auprès des entreprises pour intégrer plus rapidement les réfugiés à l’économie. « Tout conseil pratique pour être encore plus efficaces est le bienvenu », a-t-elle en effet affirmé. Cette position diplomatique n’est pas partagée par tous. Le chef de file du parti SPD, Thomas Oppermann, exigent des résultats concrets. « Il faut à présent que les mots soient mis en action », a-t-il déclaré. La dirigeante du CDU, Julia Klöckner, a été encore plus explicite en qualifiant les rares efforts des entreprises pour intégrer les réfugiés de « honteux ».