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11/12/2016

L’UE tente d’aider la Corne de l’Afrique à affronter El Niño

Aide au développement

L’UE tente d’aider la Corne de l’Afrique à affronter El Niño

La dernière grande sécheresse en 2009 a tué un grand nombre de bêtes en Éthiopie.

[Oxfam/Flickr]

L’UE va verser 122 millions d’euros supplémentaires pour éviter que la crise humanitaire  ne se transforme en famine généralisée. Certaines ONG critiquent le manque de vision de long terme de l’aide européenne.

La nouvelle aide européenne de 122 millions d’euros marque la gravité de la sécheresse entrainée par El Niño qui touche actuellement l’est de l’Afrique. Ce phénomène, qui se manifeste par une augmentation de la température à la surface de la mer, aggravée par le changement climatique, entraine inondations et sécheresse.

L’Éthiopie, et ses quelque 100 millions d’habitants, est le pays le plus touché. Plus de 10 % de sa population dépend de l’aide alimentaire pour survivre.

C’est la pire des sécheresses depuis 50 ans : elle est encore plus grave que la famine de 1984-85, qui aurait fait un million de morts.

>> Lire : L’UE soutient le peuple éthiopien aujourd’hui et demain

Les 122,5 millions d’euros promis par Christos Stylianides, commissaire européen en charge de l’aide humanitaire et de la gestion de crise, et Neven Mimica, commissaire à la coopération internationale et au développement, ont pour objectif de répondre aux besoins alimentaires les plus urgents de plus de 10 millions de personnes.

Malgré quatre mois de délai entre les promesses d’argent et la livraison de réserves alimentaires sur le terrain, l’UE espère soulager la pression sur la population avant l’été – qui est la saison des pluies en Éthiopie.

« Plus de 10 millions de personnes luttent pour se nourrir en Éthiopie, la situation humanitaire est très préoccupante », a estimé Christos Stylianides. « L’UE agit : les nouveaux fonds nous permettront de mieux aider les plus vulnérables en Éthiopie »

Pas suffisant

En soi, un paquet d’aide à 122 millions d’euros n’est pas suffisant, comme l’ont vite souligné les ONG et le gouvernement éthiopien, et l’Éthiopie n’est pas le seul pays de la Corne de l’Afrique (qui inclut aussi l’Érythrée, la Somalie et Djibouti) à souffrir.

De fait, c’est un montant qui vient s’ajouter au plan d’urgence El Niño, annoncé en décembre 2015 et d’une valeur de 79 millions d’euros pour la région de la Corne de l’Afrique, et dont 43 millions ont déjà été versés à l’Éthiopie.

L’Éthiopie est déjà le plus grand bénéficiaire de l’aide au développement européenne. Elle reçoit 200 millions d’euros d’aide humanitaire depuis 2011 et bénéficie d’un programme d’aide au développement de 745 millions d’euros pour la période 2014-2020.

>> Lire : En Éthiopie, une catastrophe humanitaire au ralenti

Le gouvernement d’Addis-Abeba soutient toutefois qu’il lui manque encore 650 millions de dollars pour atteindre les 1,4 milliard dont il a besoin pour répondre aux besoins les plus vitaux. « L’aide que nous recevons est jusqu’à présent trop faible et arrive souvent trop tard », a déclaré le Premier ministre Hailemariam Desalegn, le 17 mars.

Ce dernier a également affirmé que la crise des réfugiés en Méditerranée et dans le nord de l’Afrique avait éloigné l’attention des médias occidentaux de l’actuelle sècheresse dans l’est de l’Afrique qui affecte aussi des pays comme le Malawi et le Zimbabwe.

« L’Éthiopie ne devrait pas être négligée, malgré toutes les autres crises sévissant dans le monde », a ajouté Hailemariam Desalegn. « Mon pays mérite plus de soutien, car nous accueillons aussi 750 000 réfugiés des pays voisins qui ont aussi besoin d’aide alimentaire. »

C’est exactement le problème auquel la Commission est confrontée : en allouant des fonds à la Corne de l’Afrique, elle aide des pays relativement stable et sécuritaire comme l’Éthiopie, bien qu’autoritariste, mais aussi des États faillis, en guerre civile ou touchés par le terrorisme islamiste comme la Somalie, l’Érythrée ou le Soudan du Sud.

Le commissaire Mimica a profité de ce voyage pour se rendre au Soudan, où il a promis 100 millions d’euros, dans le cadre du fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, établi en 2015 pour s’attaquer « à l’instabilité et aux causes de la migration irrégulière et des déplacements forcés ».

Depuis le conflit au Darfour, il y a plus de 10 ans, le Soudan compte environ 3 millions de personnes déplacées à l’intérieur de ses frontières.

Critiques

Même si la plupart des ONG ont accueilli l’aide supplémentaire annoncée par l’UE pour faire face à El Niño, les commentaires ont été accompagnés d’avertissements, de réserves et, dans un cas, d’un grand scepticisme. Oxfam a par exemple souligné l’importance d’encourager une production agricole locale et à petite échelle une fois que la crise serait passée.

Hannah Saarinen, conseillère politique de l’UE pour l’investissement dans l’agriculture, a déclaré à EurActiv que la sécurité alimentaire était une priorité dans l’UE, mais que la question était de savoir comment transformer cela en politiques.

ONE, une ONG cofondée par Bono en 2007, a salué « des actions positives » de l’UE, mais a souligné l’importance de mettre l’accent sur la nutrition.

« Durant la sécheresse de 2011, la Commission européenne avait adopté une approche pionnière consistant à fusionner l’aide humanitaire et les programmes de développement à long terme, pour renforcer la résilience face à de tels chocs à l’avenir », a expliqué Tamira Gunzburg, directrice de ONE à Bruxelles. « Puisque des chocs comme El Niño menacent cette avancée, les donateurs doivent rester aux côtés de ces pays.  La Commission européenne devrait continuer d’investir dans des programmes visant à traiter et prévenir la malnutrition dans la Corne de l’Afrique et au-delà. Elle pourrait ainsi éviter la mort de près de la moitié des enfants de moins de 5 ans »

« L’aide européenne est beaucoup trop destinée à satisfaire les intérêts des entreprises européennes et pas ceux des pays qui ont désespérément besoin de notre aide », a pour sa part déclaré John Hilary, directeur de War on Want. « Le but de l’aide n’est pas de régler les symptômes à court terme, mais plutôt les problèmes structurels sur le long terme des pays d’Afrique orientale. »

« L’UE doit se concentrer sur le développement de capacités à long terme de l’Afrique, pour que le continent n’ait plus besoin d’aide à l’avenir. Tout le reste ne fait que perturber le problème », a-t-il ajouté.

La Commission fait aussi l’objet de critiques au sein même de ses institutions. Le mois dernier, le PPE, le plus grand parti du Parlement européen, a demandé à ce que les fonds européens ne soient pas alloués à des régimes autoritaires de la Corne de l’Afrique.

Davo Ivo Stier, porte-parole de la commission développement, a pris pour exemple les 200 millions d’euros promis à l’Érythrée sur les cinq prochaines années, alors que les populations fuient le pays et son régime oppressif.

« Il est important de s’assurer que l’argent de nos contribuables n’assiste pas les régimes autoritaires. Nous avons souvent répété que la gouvernance démocratique, la transparence et la protection des droits de l’Homme devaient être les conditions sine qua non.  Les programmes de développement doivent être plus transparents et les institutions européennes doivent mieux coopérer », a-t-il commenté.