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09/12/2016

L’UE décuple son aide à l’Afrique pour lutter contre l’immigration

Aide au développement

L’UE décuple son aide à l’Afrique pour lutter contre l’immigration

Gregor Fischer/dpa

L’UE a prévu un budget colossal pour un nouveau partenariat avec les pays africains, qui prévoit de notamment de retenir les demandeurs d’asile bien avant leur arrivée aux frontières européennes. Un article d’Euractiv Allemagne.

Avec l’effervescence autour du Brexit, la nouvelle est presque passée inaperçue. Pourtant, la déclaration des dirigeants de l’Union européenne est éloquente. « Dans l’espace méditerranéen, le flux des migrants, dont la majorité sont des migrants économiques, n’a pas diminué cette année », ont-ils expliqué dans la nuit du 29 juin. La vice-présidente de la Commission européenne, Federica Mogherini, a donc été priée de préparer « le renvoi des migrants en situation irrégulière avant la fin de l’année ».

La position des partisans d’un retour forcé des immigrants n’est pas nouvelle. Depuis la débâcle de la route des Balkans, elle est au centre des discussions politiques à Bruxelles. Cette fois-ci, en revanche, les paroles seront suivies d’actions.

Une nouvelle ère pour les réfugiés

Des « pactes migratoires » en cours d’élaboration avec certains États africains prévoient notamment de jugluer le mouvement migratoire des réfugiés directement sur le continent africain. Des pays tels que le Nigéria, le Soudan ou le Mali devront à l’avenir adopter le rôle de gardiens des frontières européennes, protégeant l’espace Schengen de voyageurs indésirables.

En échange, l’UE promet de mettre en place des programmes d’investissement et une aide au développement d’une ampleure sans précédent: le bloc est prêt à dépenser 62 milliards d’euros pour convaincre les gouvernements africains de se conformer aux pactes.

>> Lire : L’Europe mise sur un « plan Juncker » en Afrique face à la crise migratoire

L’idée serait d‘élargir la sécurisation des frontières pour éviter la masse colossale de décès dans la mer Méditerranée et empêcher les arrivées incontrôlées en Europe. Ce sont les pays africains qui se chargeraient de cette tâche. Jusqu’à présent, la stratégie européenne pour gérer la crise des réfugiés n’a pas été concluante. Elle ne propose en effet pas de solutions durables et se caractérise plutôt par les actions individuelles des États, l’absence d’objectif commun et une forte paralysie de l’UE.

L’accord UE-Turquie également ressemble plus à un acte désespéré, mis en œuvre uniquement grâce à la pression insistante de la chancelière allemande, Angela Merkel, plutôt que l’exemple brillant que la Commission veut présenter.

>> Lire : L’accord UE-Turquie toujours dans les limbes à Lesbos, les réfugiés aussi

Les quotas de reconduite augmentent

Si l’UE évoque des stratégies pour améliorer la situation dans les zones de conflit, elle fait comprendre sans le moindre doute que la destination des réfugiés ne doit plus être l’Europe. L’objectif de l’UE devrait à présent être une augmentation des quotas de reconduite et de reprise en charge aux frontières.

Ainsi, les migrants et les réfugiés « devraient avoir les moyens de rester à proximité de leur pays et éviter les routes dangereuses ». La solution serait une coopération plus étroite avec les pays d’origine et de transit.

Pour pallier « l’écart entre les attentes et les résultats » qui pourrait exister, étant donné les expériences passées de l’UE avec les pays africains, le bloc veut mettre en place un système de récompenses. Les pays qui acceptent de récupérer les migrants reconduits aux frontières et d’accueillir les réfugiés obtiendront donc une aide au développement généreuse, tandis que ceux qui ne coopèrent pas en ressentiront les conséquences dans tous les domaines, soit l’éducation, l’énergie, le changement climatique et l’agriculture.

 Des conséquences humanitaires importantes

Alors que la Commission a refusé de se prononcer avant l’annonce officielle, les organisations de défense des droits de l’Homme critiquent sévèrement le projet. « En tant qu’Européens, nous ne pouvons pas simplement fermer les yeux face à la détresse des réfugiés. Nous devons les aider », s’est indigné Günter Burkhardt, défenseur du droit d’asile. « À présent, nous cherchons à racheter notre liberté et de charger d’autres États du problème, en se conformant à l’adage ‘loin des yeux, loin du cœur’, que les autres se débattent avec le problème, tant que nous n’ayons pas à le faire. »

Médecins sans frontières a également souligné que cette décision « ignorait totalement les lourdes conséquences humanitaires de cet accord, notamment en Grèce ».

>> Lire : Accord UE-Turquie, nouveau travail d’Hercule pour la Grèce

Il est cependant peu probable que l’UE change d’avis. La coopération contre la migration est le nouveau projet-phare de la politique migratoire européenne. Elle bénéficie d’une préparation minutieuse, de soutiens politiques importants et d’un budget énorme, dont certaines organisations d’aide aux réfugiés ne peuvent que rêver.

 

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