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22/01/2017

Les produits recalés par l’UE menacent la santé des Kényans

Aide au développement

Les produits recalés par l’UE menacent la santé des Kényans

Les marchés locaux sont inondés de produits dangereux.

[Aleksandr Todorovic/ Shutterstock]

Les aliments kényans rejetés par l’Union européenne parce que dangereux pour la santé retrouvent le chemin des marchés locaux, où les contrôles sont rares. Un article d’EurActiv Allemagne.

Au Kenya, le plus grand exportateur de produits frais vers l’UE, la vente des produits recalés à cause de leur teneur trop élevée en pesticides ou de métaux lourds, sont renvoyés à l’expéditeur  entrainant une crise sanitaire dans le pays africain.

Les exportateurs kényans envoient surtout des fleurs, des fruits, des légumes et du poisson vers l’UE. Le Kenya a cependant été ajouté à la liste des pays qui ont vu une augmentation de 10 % de leurs doses résiduelles maximales (DRM), qui limitent la concentration des résidus de pesticides présents dans les aliments.

Ces plafonds légaux ont pour objectifs de limiter le plus possible l’exposition des citoyens aux pesticides. L’UE a déjà temporairement interdit à 11 sociétés d’exportations kényanes d’exporter leurs produits vers son territoire à cause de DRM trop élevés.

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Une tendance inquiétante, puisque les 15 000 agriculteurs qui vendent leurs produits sur les marchés internationaux et représentent 10 % des exploitants du pays sont de plus en plus réactifs et dépendants du marché européen. Ils ont ainsi intégré les pratiques prisées par l’UE, comme l’application limitée de pesticides, la gestion intégrée des parasitaires, notamment via les alternatives biologiques, et les calendriers de récoltes.

Une meilleure formation des agriculteurs et les visites d’institutions comme les Services d’inspection de la santé des plantes, les KEPHIS, qui dépendent du gouvernement, ont participé à la diminution des exportations recalées.

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« Nous avons travaillé sans relâche […] Nous sommes parvenus à réduire de plus de moitié le nombre de rejets, nos agriculteurs respectent les bonnes pratiques agricoles et les institutions comme les KEPHIS ont été renforcées, afin de surveiller les produits envoyés sur les marchés internationaux. Nous comptons nous assurer que tous nos exportateurs respectent strictement les normes de nos échanges commerciaux avec l’UE, un marché essentiel pour nous », a déclaré Casper Akumu, du ministère de l’Agriculture.

Margaret Mwireri, qui travaille pour un service gouvernemental pour le développement et la réglementation du sous-secteur horticole, partage cet avis. « L’interception et le renvoi des marchandises d’un seul exportateur suffisent à ternir l’image de tout un secteur et pénalisent des milliers d’exploitants. C’est pourquoi nous avons mis en place de grands chantiers de renforcement des capacités et même des technologies ad hoc, afin de prévenir le problème. Nous sommes ravis de voir que cela fonctionne et le marché européen a exprimé sa satisfaction vis-à-vis du rythme d’application de ces stratégies et d’obtention de résultats », indique-t-elle.

La conformité du pays au marché d’exportation a cependant déclenché une conséquence grave au niveau local. Aujourd’hui les groupes de pression et les soignants avertissent que le pays est menacé par une véritable bombe à retardement.

Il reste en effet une série de produits qui ne répondent pas aux critères et sont rejetés par l’UE. En s’associant avec des vendeurs sans scrupules, les exportateurs des produits recalés s’arrangent pour renvoyer leurs marchandises sur le marché local, où les vérifications sont rares.

Selon la COFEK, la fédération des consommateurs du Kenya, les fruits et légumes des marchés kenyans se retrouvent donc surchargés de métaux lourds et de pesticides dangereux.

Il est alarmant de noter que les Kényans, non informés, se nourrissent de ces produits. « Il s’agit des produits frais contaminés aux métaux les plus lourds, comme le plomb, et à d’autres agents cancérogènes. Cela explique l’augmentation des cas de cancer dans le pays », explique le docteur Muli Musau, un médecin qui mène des tests et études sur les habitudes des populations et leur contribution à l’avancée du cancer en Afrique orientale.

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Outre les produits retoqués, d’autres aliments sont imbibés de pesticides interdits dans les marchés d’exportation. C’est le cas par exemple du diméthoate, un des pesticides les plus toxiques. Il y a trois ans, le gouvernement a interdit son utilisation pour la culture de fruits et légumes.

Pourtant, seuls les exportateurs visant l’UE respectent cette interdiction. Il est toujours très facile de se procurer la substance dans les magasins, et les agriculteurs continuent de l’utiliser parce qu’elle est très peu chère.

« C’est une triste réalité. Si quelque chose a été interdit sur les marchés d’exportation pour des raisons de santé publique, il devrait également être prohibé ici », regrette Muli Musau.

Il est donc urgent que l’industrie, qui brasse près d’un milliard de dollars tous les ans, cesse de se réinventer uniquement aux yeux des importateurs étrangers, mais se penche sur une crise sanitaire nationale qui est en train d’échapper à tout contrôle.

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