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25/09/2016

La transparence des élections en question au Congo-Brazzaville

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La transparence des élections en question au Congo-Brazzaville

Denis Sassou Nguesso vote à Brazzaville, Congo, lors du référendum d'octobre 2015, 20. [REUTERS/Roch Baku]

[Reuters]

Le gouvernement congolais a coupé Internet, le téléphone et la radio RFI pour 48 heures. La transparence du processus électoral est mise en question par l’opposition et la France.

Alors que les résultats partiels des élections au Congo-Brazzaville donne le président sortant gagnant avec 67 % des voix, les observateurs s’interrogent sur l’élection. Un blackout sur Internet et les communications téléphoniques a été déclenché à 1 heure du matin le 20 mars, jour des élections présidentielle, par Raymond Mboulou, le ministre de l’Intérieur. Il a exigé que les entreprises de télécommunications coupent tous les services internet et téléphoniques pour « des raisons de sûreté et de sécurité nationale ».

La station de radio francophone RFI, de plus en plus critique vis-à-vis du président sortant Denis Sassou Nguesso, a également vu sa diffusion interrompue. Le silence des ondes radio et des forums internet s’est étendu aux rues de la capitale, Brazzaville, quasiment désertes.

Ce blackout a été ordonné dans l’espoir d’empêcher les groupes d’opposition d’utiliser les réseaux sociaux, comme WhatsApp et Facebook, d’organiser des manifestations après les élections. Cette mesure ne devrait cependant pas rassurer les observateurs internationaux et les partisans de l’opposition sur le caractère libre et juste des élections.

L’Union européenne n’a pas envoyé de mission d’observation, déclarant cependant en février que la situation politique dans l’ancienne colonie française « ne semblait pas [garantir] une élection présidentielle démocratique transparente et inclusive ».

Le 7 mars, le Parti socialiste français avait demandé aux organisations internationales concernées, particulièrement à l’Union africaine, à l’Union européenne et aux Nations Unies, « d’user de leur influence pour obtenir le report de l’élection présidentielle », dénonçant le « climat délétère » de la campagne et l’imposition d’« un État d’urgence qui semble objectivement peu justifié ».

« Après avoir modifié la Constitution en 2015 pour autoriser sa réélection, il semble aujourd’hui considérer le simple exercice de droits démocratiques élémentaires comme des menaces à la sûreté de l’État congolais », avait estimé Maurice Braud, secrétaire national à l’international, à l’immigration et au co-développement au PS.

>> Lire : La communauté internationale inquiète des élections au Congo-Brazzaville

« Progrès démocratique »

L’Union africaine et l’organisation de la francophonie, qui compte 57 États membres, ont quant à elles envoyé des observateurs sur le terrain. Dileita Mohamed Dileita, l’ancien Premier ministre de Djibouti, qui dirigeait la mission de l’Union africaine, a toutefois félicité le pays de l’organisation de la campagne.

La victoire écrasante de Denis Sassou Nguesso est considérée comme une formalité, mais les résultats des élections ne seront rendus publics que le soir du 22 mars. Le jour des élections, le président sortant, qui a modifié la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat, a déclaré que ces élections représentaient « un progrès énorme pour la démocratie au Congo ».

Le taux de participation devrait être plus élevé que lors des élections de 2002 et 2009, toutes deux remportées par Denis Sassou Nguesso et boycottées par les partis d’opposition.

Les partisans de l’opposition semblent décidés à descendre dans la rue si le président sortant est réélu. Ils se sont déjà plaints d’achats de vote, d’intimidations et d’un manque d’accès aux informations pendant la campagne. Des accusations rejetées par Henri Bouka, président de la commission électorale du pays, qui a assuré à EurActiv que les élections avaient été libres.

Guy Brice Parfait Collela et Jean-Michel Mokoko, les principales personnalités de l’opposition, ont appelé au calme, condamnant par avance toute violence qui éclaterait après les élections. Le 18 mars, les deux candidats se sont engagés, avec trois autres, à soutenir le candidat d’opposition qui récolterait le plus de voix en cas de deuxième tour, un cas de figure pourtant improbable.

La veille du scrutin, Jean-Michel Mokoko a été convoqué par la police. Un mois auparavant, une vidéo l’accusant d’être impliqué dans une tentative de coup d’État avait fait son apparition sur internet. Le candidat assure que cette vidéo est un faux.

« Je peux dire que tous les candidats ont pu faire ce qu’ils voulaient durant la campagne », a-t-il expliqué à EurActiv, y compris dénoncer à tort leurs adversaires.

>> Lire : L’opposition dénonce le déroulé des élections au Congo-Brazzaville

Les électeurs de Denis Sassou Nguesso affirment quant à eux que le président a apporté paix et stabilité au pays, après une brève guerre civile dans les années 1990. « Ici, nous sommes en paix, les rues sont sûres », indique Laurette Angouono, fonctionnaire. « Ce n’a jamais été le cas du temps de Lissouba [l’ancien président]. »

« Nous n’avons pas besoin d’un soldat à la tête du pays aujourd’hui », assure quant à lui Abou Courre, charpentier. « Je prie pour qu’il n’y ait pas de violence. »