Juncker critique la faible solidarité avec l’Afrique des États membres

À Luanda, les bidonvilles côtoient les gratte-ciels. [ Adriana Kerestesov/Shutterstock]

Lors de son discours sur l’état de l’Union, le président Juncker a rappelé les pays européens à l’ordre sur leur participation au fonds fiduciaire pour l’Afrique, qu’il juge trop faible.

« La solidarité ne peut pas être exclusivement intraeuropéenne », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, lors de son discours sur l’état de l’Union devant le Parlement européen à Strasbourg.

Lors de cet exercice annuel, le troisième auquel se livre le Luxembourgeois, Juncker a de nouveau décliné les priorités et les ambitions de l’UE pour l’année à venir.

Un agenda au sein duquel la question migratoire demeure prioritaire. Mais pour laquelle Juncker peine toujours à mobiliser les États membres, qui rechignent à financer les initiatives de la Commission.

« La migration restera sur notre radar » a confirmé le président Juncker. Sur le front législatif, le président de l’exécutif a annoncé le lancement d’une nouvelle proposition au mois de septembre, qui devrait apporter de nouvelles réponses à la question des retours de migrants en situation irrégulière, un des points faibles de la politique migratoire de l’UE selon le président, puisque seuls 36% sont renvoyés vers leur pays d’origine.

Le Parlement s’inquiète du financement du fonds spécial pour l'Afrique

Les contributions des États membres au fonds d’affectation spéciale de l’UE pour l’Afrique demeurent extrêmement faibles. Le fonds est ainsi principalement financé par l’aide au développement de l’UE, a dénoncé le Parlement européen.

« Avant la fin du mois, la Commission présentera une nouvelle série de propositions centrées sur les retours, la solidarité avec l’Afrique et l’ouverture de voies de migration légales », a affirmé Jean-Claude Juncker.

Solidarité avec l’Afrique  

Dans son discours, Jean-Claude Juncker a surtout insisté sur la question du financement de cette solidarité avec l’Afrique. Un enjeu que le président a directement lié à la crise migratoire. « Nous connaissons les risques d’une pénurie de financement: en 2015, de nombreux migrants ont voulu rejoindre l’Europe quand et parce que les fonds du Programme alimentaire mondial de l’ONU se sont épuisés », a-t-il déclaré.

De fait, une des principales réponses apportées ces deux dernières années par l’Europe aux causes profondes des migrations, le fonds fiduciaire pour l’Afrique, souffre de sous-financement chronique.

Lancé en 2015, ce fonds a progressivement été doté d’une enveloppe de 2,7 milliards d’euros destinée à répondre aux causes profondes de la crise migratoire dans les pays d’origine et de transit des migrants – principalement le Sahel, la région du lac Tchad, la Corne de l’Afrique et le nord du continent.

Mais la quasi-totalité de cet argent provient du budget européen, puisque les États membres ont été peu nombreux à sortir leur chéquier. « Mais, alors que le budget de l’UE a assumé le gros du financement, la contribution de tous nos États membres réunis ne s’élève qu’à 150 millions d’euros. » a dénoncé Jean-Claude Juncker.

Ce n’est pas la première fois que le président de la Commission tape du poing sur la table concernant le financement de cet instrument. Mais depuis son premier rappel à l’ordre, la situation financière de l’instrument n’a que peu évolué.

La migration et le développement dans le même sac ?

Si Juncker semble de plus en plus agacé par le manque de mobilisation financière de la part des capitales européennes, le fonds fiduciaire pour l’Afrique peine aussi à s’imposer sur ses objectifs.

En liant très directement la question du développement de l’Afrique à celle de la réduction de l’immigration vers l’Europe, la Commission a provoqué des critiques du côté de la société civile, mais aussi des représentants des pays africains et le Parlement européen.

« L’Europe est leader mondial dans l’aide au développement. Elle ne peut pas mettre ses accomplissements dans la lutte contre la pauvreté en péril en essayant de lier l’aide à ses objectifs de politique étrangère. L’approche du « renvoi d’ascenseur » risque d’éloigner l’ aide au développement des personnes qui en ont le plus besoin » a mis en garde Natalie Alonsa, directrice du plaidoyer chez Oxfam, à l’issue du discours sur l’état de l’Union.

Le financement du fonds pour l’Afrique patine

Le financement du fonds fiduciaire pour le continent africain est en panne. Une situation qui agace le Parlement européen et la Commission, qui demandent aux États membres de mettre la main au portefeuille pour respecter leurs engagements.

Dans un  rapport publié en septembre, l’ONG Global Health Advocates a analysé les projets du fonds fiduciaire lancés au Niger ainsi qu’au Sénégal par le fonds fiduciaire. Dans ces deux pays, l’aide au développement n’a pas été programmée de manière efficace et a été détournée au profit des l’agenda de l’UE en matière de migration,  affirme l’ONG dans dans une tribune.

« Faire preuve de plus de solidarité avec l’Afrique pour résoudre ce que l’UE perçoit comme un problème d’immigration en rassemblant plus de fonds via des mécanismes comme le fonds fiduciaire d’urgence s’est avéré inefficace. Nous appelons les États membres à ne pas renflouer le fonds, qui ne respecte pas les principes de transparence, de bonne gouvernance et d’efficacité de l’aide et qui dévie l’aide européenne de son véritable but qui est d’éradiquer la pauvreté », a affirmé Fanny Voitzwinkler, directrice du bureau de Bruxelles de Global Health Advocates.

L’immigration illégale est une forme d’esclavage, selon Mogherini

Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne, compare l’immigration illégale organisée par les mafias à une « nouvelle forme d’esclavage ». Un article d’Euroefe.