EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

09/12/2016

La fermeture d’un camp de réfugiés au Kenya suscite l’indignation internationale

Aide au développement

La fermeture d’un camp de réfugiés au Kenya suscite l’indignation internationale

Le Kenya a annoncé la fermeture du plus grand camp de réfugiés du monde et la décision de rapatrier ses occupants dans leur pays d’origine. Une décision vivement condamnée par la communauté internationale. Un article d’EurActiv Allemagne.

L’immense camp de Daabad abrite quelque 350 000 réfugiés, dont les trois quarts sont des Somaliens fuyant des dizaines d’années de guerre civile dans leur pays d’origine. Le camp, vieux de 25 ans et basé à 130 km de la frontière entre le Kenya et la Somalie, est un lieu de refuge pour les Somaliens ayant fui la guerre civile de 1991 et la famine de 2011.

Le camp est désormais un terrain propice aux terroristes, selon le gouvernement kenyan, qui considère que des attentats majeurs sont planifiés dans le camp avant d’être exécutés dans des grandes villes. Le gouvernement reproche aussi au camp de faciliter la prolifération d’armes illégales dans le pays.

>> Lire : L’UE s’attaque au problème des armes en Afrique

« Nos services de renseignement nous ont révélé que certaines des plus grandes attaques terroristes avaient été programmées dans le camp de Dabaad. Les terroristes profitent du grand nombre de réfugiés pour passer inaperçus. Notre responsabilité première est de protéger la vie des Kenyans et c’est ce que nous ferons à n’importe quel prix », a déclaré Josep Nkaiserry, chef de cabinet du ministère de l’Intérieur et de la Coordination.

Le ministre a également ajouté que le camp était devenu un fardeau économique et environnemental, depuis que le nombre de réfugiés a dépassé le nombre de logements.

Fermeture annoncée en mai 2017

Le gouvernement kenyan avait déjà fait part de son intention de fermer le camp, mais a toujours reculé face à la pression internationale. Cette fois-ci pourtant, il semble avoir pris sa décision. Le gouvernement a mis de côté 10 millions de dollars pour le rapatriement et a annoncé que mai 2017 serait le dernier mois d’ouverture du camp.

Il a aussi fermé le département des Affaires liées aux réfugiés, chargé d’enregistrer tous les nouveaux arrivants dans le pays.

« C’est difficile, mais nous appelons la communauté internationale à nous aider pour effectuer ce processus de rapatriement en douceur. Prendre soin des réfugiés n’est pas de la seule responsabilité du Kenya, et les réfugiés kenyans sont pénalisés par la communauté internationale. Nous ne pouvons plus nous occuper d’eux. Nous faisons ce que nous pouvons. Nous appelons la communauté internationale à accepter le principe de partage du fardeau », a affirmé l’ambassadrice Amina Mohammed, la ministre kenyane des Affaires étrangères.

>> Lire : L’UE veut renvoyer 80 000 Afghans

Les organismes d’aide, l’opposition kenyane et la communauté internationale ont réagi avec fracas à la décision de fermer le camp, la qualifiant d’illégale et irréalisable.

Dans une déclaration commune, onze organisations humanitaires travaillant avec les réfugiés au Kenya exhortent le gouvernement à repenser la fermeture du camp, qui, selon elles, aurait des conséquences majeures, non seulement sur les réfugiés, mais aussi sur la paix et la stabilité dans la région.

Non-respect du rapatriement volontaire

« La décision de fermer le camp viole le principe général de rapatriement volontaire des réfugiés vivant au Kenya en sécurité et dans des conditions dignes. Par ailleurs, la directive effacera tous les progrès réalisés jusqu’à présent dans le processus de rapatriement », affirment-elles.

D’autres organismes pour les droits de l’homme comme Human Rights Watch et Amnesty International ont insisté sur le fait que cette fermeture violait l’accord passé avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés

« Le Kenya a une responsabilité internationale vis-à-vis des réfugiés, et les renvoyer revient à abdiquer cette responsabilité et mettra sans aucun doute beaucoup de vie en danger », a déclaré Muthoni Wanyeki, directrice d’Amnesty pour l’Afrique orientale, la Corne de l’Afrique et la région des Grands Lacs.

L’administration Obama a également demandé au gouvernement kényan de mettre le projet entre parenthèses. Si Washington défend l’idée d’un retour des réfugiés vers leur pays d’origine, ce retour doit s’organiser de manière volontaire et digne, à un moment où les conditions dans le pays d’origine le permettent.

En attendant, les réfugiés, comme Fartuun Haweeyo, 20 ans, sont otages de la situation. Fartuun est née dans le camp de Dadaab et n’a pas d’autre pays que le Kenya. Ses parents ont fui le conflit et lui ont toujours expliqué que le Kenya était son pays.

« Je suis complètement perdue. J’ai grandi chez moi au Kenya. J’ai été à l’école ici et j’ai de grandes ambitions pour la suite de ma carrière. Je voudrais même aller à l’université et obtenir un bon emploi. Je ne sais rien de la Somalie. Je ne sais pas où je suis censée aller », a-t-elle confié à EurActiv par téléphone.

Si le Kenya met ses projets à exécution, il rejoindra la liste des pays, dont la plupart européens, qui remettent en question le principe de non-refoulement, inscrit dans le droit international, qui interdit aux États de renvoyer des réfugiés vers des pays où la situation n’a pas été stabilisée.