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28/07/2016

L’aide au développement française peine à se faire transparente

Aide au développement

L’aide au développement française peine à se faire transparente

Forrás: IFAD, Rural Poverty Portal

À un an de l’échéance de fin 2015 pour la mise en œuvre de l’initiative en faveur de la transparence de l’aide, le Quai d’Orsay a fait des efforts. Mais les autres bailleurs de fonds, comme Bercy ou l’AFD, sont vraiment à la traîne.

C’est un nouveau revers pour la politique de développement de la France. Dans son édition 2014, le groupe de défense de la transparence PublishWhatYouFund  classe une nouvelle fois les institutions Française chargée de l’aide publique au développement en queue de peloton

L’Indice de transparence de l’aide évalue la transparence des 68 plus grandes institutions et agences d’aide, dont celles de la plupart des pays européens, des Etats-Unis mais aussi d’organisations multilatérales telles la Banque Mondiale ou de fondations comme la Fondation Gates (qui est partenaire d’EurActiv).

Concrètement, le classement effectué par PublishWhatYouFund  est basé sur la norme de l’Indice de transparence de l’aide  (IITA). Grâce à cette norme, les flux financiers, les budgets, les résultats, les lieux et les calendriers des projets sont publiés dans une base de données en ligne qui surveille la manière dont l’aide est dépensée, fournissant ainsi des informations précieuse aux pays en développement. 

Mais pour l’heure, le bilan reste mitigé. « Près du tiers des organisations comprises dans l’ITA de 2014 (22 sur 68) occupent la catégorie « très médiocre » souligne PublishWhatYouFund.

Le programme des Nations –Unies pour le développement arrive en tête du classement, tandis que la Chine occupe, comme en 2013 la dernière place.

Le ministère des Affaires étrangères, bon élève français

Et la France n’apparait pas en bonne position. Le ministère français des Affaires étrangères apparaît en 2014 comme le bon élève de la classe. Alors qu’il occupait la 52ème place en 2013, le Quai d’Orsay s’est hissé cette année au 28ème rang des bailleurs de fonds les plus transparents.

Pour les deux autres entités françaises, les résultats sont plus mitigés puisque l’Agence française de Développement (AFD) et le Ministère de l’Économie et des Finances (MINEFI) se classent respectivement 44ème et 58ème sur 68.

Une contreperformance pour l’Agence française de développement notamment, qui était la plus transparence des trois instances françaises évaluées en 2013.

Niveau d’ambition critique

Le niveau d’ambition des trois instances française est également pointé du doigt. L’organisation évalue en effet non seulement les progrès accomplis, mais aussi l’ambition de la grille d’implantation des standards communs de la transparence.

Dans cette catégorie, l’AFD est la seule dont les ambitions en matière de transparences sont qualifiées de « modérément ambitieuse ». Pour les ministères des Finances et des Affaires étrangères,  les ambitions sont jugées inexistantes.

« Alors que la transparence est une condition de l’efficacité de l’aide, cette mauvaise volonté nous inquiète. Ce défaut de volonté politique intervient alors que le gouvernement vient de rendre public ses arbitrages pour le budget 2015 annonçant une baisse supplémentaire de 3% des crédits alloués à l’Aide publique au Développement » a regretté Christian Reboul, d’Oxfam France et administrateur de la plateforme d’ONG françaises, Coordination SUD.

Accélérer le mouvement

Les avancées en matière de transparence de l’aide devraient théoriquement s’accélérer, puisque les bailleurs de fonds se sont engagés à mettre en place le standard international d’ici fin 2015.  Mais la mise en œuvre reste pour l’heure « lente et inégale » selon l’organisation.

« Beaucoup de progrès ont été accomplis au niveau politique depuis les prémices de la transparence de l’aide, notamment l’engagement de publier des informations sur l’aide au standard international IITA d’ici la fin de l’année 2015. Mais à un an de l’échéance, rien ne bouge. Le classement révèle que malgré les promesses internationales et les beaux discours, un grand nombre d’organisations ne publient toujours pas leurs données » a regretté  Rachel Rank de PublishWhatYouFund.

>>Lire : De plus en plus d’adhérents à l’initiative pour la transparence de l’aide au développement

Axe fort de la politique française

Les progrès français coïncident avec une véritable volonté politique. Selon Annick Girardin, la transparence de l’aide est un axe fort de la politique française d’aide au développement.

À l’occasion d’une audition à l’Assemblée nationale le 8 octobre, la secrétaire d’État a tenu à rappeler les progrès effectués au cours de l’année. « Nous avons lancé un site sur la transparence de l’aide au Mali qui regroupe les données sur les projets financés dans le pays par l’aide française. Cela permet de suivre l’évolution des projets sur le terrain » a expliqué la secrétaire d’État.

Le modèle du site français sur l’aide au développement au Mali a été dupliqué en 2014 à d’autres pays prioritaires : le Burkina Faso, le Niger et la Mauritanie.

À terme, l’a France ambitionne d’étendre cette initiative en faveur de la transparence à l’ensemble des 16 pays pauvres prioritaires auxquels elle consacre son aide. Un objectif jugé « partiel » par l’organisation, qui regrette que le pays limite ses objectifs à ces pays prioritaires.

>>Lire : La France, mauvaise élève en transparence de l’aide au développement

Réactions

« La France est loin d’être exemplaire en matière de transparence de l’aide. Les ministères et administrations concernées (Trésor, Agence Française de Développement) s’opposent à rendre effectif l’engagement présidentiel du G8 de juin 2013 de publier au standard international l’ensemble des données de l’aide française et de développer ainsi une véritable politique de transparence », a déclaré Christian Reboul, d’Oxfam France et administrateur de la plateforme d’ONG françaises, Coordination SUD.

« La transparence est au cœur de notre mission », explique Helen Clark, Administrateur du PNUD. « Nous nous félicitons de voir que nos efforts en matière de transparence sont reconnus. Le PNUD est déterminé à travailler d’une manière ouverte qui stimule l’innovation afin de garantir la meilleure utilisation possible des fonds qui lui sont confiés et d’accélérer la création d’un avenir durable pour tous. »

Contexte

L'Initiative internationale pour la transparence de l'aide (IITA) est utilisée par les pays donateurs, les gouvernements des pays en développement et les organisations non gouvernementales afin de publier des renseignements détaillés et accessibles à tous sur l'aide au développement international.

Aujourd’hui, la majorité des principaux bailleurs de fonds internationaux (Banque mondiale, Commission européenne, Royaume-Uni, etc.) utilisent ce format. 

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